Le début de saison, jusqu’à l’arrivée de l’été, est propice à l’exploration des bordures et des hauts fonds encombrés. Nos carnassiers, brochet en tête, y trouvent des zones de repos et d’alimentation. Les débusquer dans leur refuge demande un peu d’observation, d’adaptation pratique et d’opiniâtreté. Mais le jeu en vaut la chandelle !
L’évolution de la pêche des carnassiers, au cours de ces deux dernières décennies, avec son lot de technologie embarquée et de moteurs vombrissants, nous a peut être fait perdre le simple plaisir de déambuler en wading ou d’évoluer en float-tube. Toujours plus vite, plus loin, plus onéreux, plus profond, plus gros (…) avec pour finalité la « consécration » des réseaux sociaux, telle est la marque de fabrique de notre époque. Pourquoi ne pas s’offrir une pause, face cette sophistication de notre passion parfois outrancière, à fortiori quand la saison nous y invite. Retrouver des sensations visuelles et olfactives, être animé par le mystère de l’onde, le sens de l’eau en éveil. Bref se fondre dans ce milieu naturel qui nous accueille avec, pour simple bagage, un matériel minimaliste : une canne et une sélection de leurres qui répond à la stratégie du moment, une épuisette et une paire de polarisantes en prime. C’est un point de vue que d’aucuns trouveront rétrograde voire partisan, même si aucune approche ne se doit d’être dogmatique. Le « slow fishing » se décline dans une relation intime avec la nature, source de bien être. Tout ne réside t-il pas dans l’art et la manière?
Plus chaud plus tôt
Si l’adage « être au bon endroit au bon moment » n’est pas moins une lapalissade, c’est bien au cours des mois de mai et juin, qu’il faut s’intéresser à la pêche des bordures, là où le gîte et le couvert sont offerts à nos chers carnassiers. Le sacro saint principe « dépense énergétique-apport calorique » les pousse dans de faibles profondeurs, métabolisme oblige. La fin du printemps est synonyme d’un pic d’activité alimentaire post fraie, principalement chez le brochet et la perche qui, à cette période, trouvent dans la végétation naissante, les racines et les branches, une zone de confort bien méritée. Plus tard, en juin, viendra le tour du sandre puis du celui du black-bass. Il est vrai qu’avec le changement climatique et son corolaire, l’élévation de la température des couches d’eau de plus en plus tôt – dépassant les barre fatidique des 12 degrés souvent dès le mois de mars en étang et rivières lentes – nos repères calendaires sont quelque peu bousculés. En aparté, nous sommes nombreux à observer une période de reproduction de plus en plus précoce. A l’ouverture 2025, par exemple, dans l’ouest de la France, nous capturions des brochets dont certains recrachaient certes leur progéniture (qui aime bien châtie bien!) mais aussi des alevins de sandres qui s’étaient reproduits avec un bon mois d’avance. De fait les « charbonniers » recouvrent leur livrée argentée prématurément ce qui appelle toutefois à la plus grande vigilance. Même observation pour les bass qui surveillent leur nid parfois dès la mi-avril. Idem du côté des gardons et rotengles qui batifolent bruyamment dans les herbiers.
Sous les frondaisons

Le float-tube permet d’approcher les frondaisons sans bruit.
L’activité bat ainsi son plein sur les bordures et leur périphérie jusqu’au premières chaleurs estivales. Il est par conséquent opportun de nous y intéresser en adaptant nos moyens de prospection. Le bateau est un formidable outil de mobilité mais il n’est peut-être pas le mieux adapté pour se fondre, avec la plus grande discrétion, dans un environnement encombré. A fortiori, lors des journées venteuses où le maintenir stable, avec la précision nécessaire, peut être synonyme de désillusion. Simplicité d’approche égal efficacité. Préférons-lui un float-tube qui permet de se glisser silencieusement dans le « cover ». Selon la typologie des berges rencontrées, la profondeur moyenne oscillera entre 50 cm et 1 mètre, une hauteur d’eau suffisante pour qu’un beau brochet puisse se tenir à l’affût. Une pente douce et ombragée, ponctuée de saules ou de tiges de potamots naissants s’avère être un profil de poste à ne pas négliger . Si son substrat n’est pas trop meuble, une approche en wading peut être tout aussi pertinente. Outre la lecture attentive de l’architecture des berges, la présence de poisson fourrage est un indice déterminant. Les bancs de perchettes qui affolent les alevins participent de la chaîne alimentaire qui se met en branle. Là encore l’observation et l’analyse sont de mises en fonction des cas de figures rencontrés au gré de ce qui s’apparente à une balade canne en main.
Le temps des écrevisses

La mue des écrevisses en fait un aliment de choix pour les carnassiers.
On ne les devine pas toujours, mais la présence des écrevisses est un atout indéniable. A cette période de l’année, elles sortent de leur galerie hivernale. Période de mue oblige, leurs carapaces molles les rendent particulièrement vulnérables. Ce sont des mets dont raffolent brochet et perches mais pas que… Elles seront bien, entendu au menu des sandres et des bass passés la fraie. On entre là dans le vif du sujet avec la technique du rubber jig et ses déclinaisons redoutablement efficaces, qui plus est ludiques. Quoi de plus simple que ce leurre 4×4 : une tête plombée et une jupe en silicone, un armement simple tourné vers le haut équipé d’une brosse anti-herbe et d’un trailer. Longtemps incompris, nombreux sont les pêcheurs qui, aujourd’hui, ne jurent que par ce leurre lorsqu’il faut aller déloger les brochets au plus près de la bordure encombrée. A ce petit jeu, le top est de pouvoir présenter ce leurre dans des eaux claires. Après un lancer précis sous les branches, le jig descend jusqu’à toucher le fond lorsqu’il n’est pas intercepté avant, ce qui se produit dans 80 % des cas. Surprendre un brochet embusqué et le voir bondir à la vitesse de l’éclair, requiert une bonne dose de sang froid au risque de ferrer à contre-temps. A contrario, Il arrive que notre leurre suscite la curiosité du prédateur qui reste le bec collé dessus. Une légère animation suffit souvent pour qu’il l’aspire. Il convient sinon de ramener son jig en linéaire avant d’amorcer le lancer suivant sans perdre en vigilance car il arrive que le leurre soit intercepté lors des derniers mètre de récupération. Cette dimension de la pêche à vue est évidemment des plus excitantes. Lorsque la turbidité de l’eau ne l’autorise pas, il convient alors de peigner chaque poste en maintenant la bannière suffisamment tendue, sans trop brider le leurre, lors de sa descente. Au moindre toc ou déplacement de la tresse, il faut envoyer un ferrage. Le choix du coloris comme du « trailer » ont leur importance bien évidemment selon la lumière ambiante, la couleur de l’eau et l’humeur plus ou moins agressive de l’intéressé. Si le coloris blanc fait office de passe-partout, une dominante naturelle est une valeur sûre à fortiori lorsque la visibilité est bonne. A contrario des teintes flashy (jaune /vert/ orang chartreuse) doivent impérativement figurer dans votre sélection car elles ont le don de réveiller nos carnassiers lorsqu’ils se montrent apathiques. Il est intéressant aussi de jouer sur les contrastes de couleurs en jouant sur la combinaisons tête du jig, jupe et trailer. La forme et la densité de ce dernier ont leur importance car elle influera directement sur le comportement du jig à la descente, plus ou moins rapide ou planant. Autant de détails qui, certains jours, font basculer la réussite dans votre épuisette.

Une belle perche qu’il a fallu chercher au ras de la bordure.

Une bon assortiment de rubber-jigs comprendra des teintes variées.
Discrétion et présentation

Une approche discrète a payé ! Un ensemble lourd est préférable pour extraire les poissons des obstacles.
Le float-tube est l’outil idéal pour prospecter les berges et zones peu profondes en toute discrétion. Commencez par vous place à une dizaine de mètres à la perpendiculaire des frondaisons. Le jeu consiste à envoyer son leurre au plus profond de la zone d’ombre jusqu’à aller taper la bordure. La maîtrise du skipping est un plus. Rien n’empêche non plus de glisser en douceur dans les branchages lorsque la profondeur est suffisante. Cette technique du jig est vraiment optimale après la période de la reproduction, lorsque les grosses femelles s’attardent sur la zone de leurs ébats. Les surprises sont parfois de taille.
Le pêcheur en wading prospectera, par définition, du plus profond vers le moins profond, à l’aide de lancer courts et précis avant d’allonger progressivement, en prenant s’attarder dans la moindre trouée. Un vrai jeu du chat et de la souris! Vous progresserez jusqu’à pouvoir vous donner du champs en vous plaçant parallèlement à la berge, si la profondeur le permet. En se décalant ainsi vous pourrez exploiter différents angles de présentation. Comme évoqué, dans la majorité des cas les carnassiers se tiennent généralement très près de la rive, sous les branches. L’attaque est soit motivée par un réflexe d’alimentation ou de territorialité. Au moindre toc, arrêt, sensation d’aspiration ou déplacement de la tresse, inutile de tergiverser. Le ferrage latéral doit être appuyé et l’extraction en milieu encombré tout aussi ferme. Une canne de type Médium Heavy ou Heavy, une tresse en 20 centièmes et un leader en 80 centièmes permettent de reste maître de la manoeuvre en jouant sur l’effet de surprise notamment face à un beau spécimen qu’il est préférable de travailler, si possible, à découvert.

Du bord, les lancers sont parfois techniques.
Variez le menu
Nous l’avons tous vécu, il y a des jours où les brochets sont de nature curieuse mais pas franchement agressive. Ils se contentent de suivre le leurre sur une distance plus ou moins longue, voire à s’en détourner quasi dans nos pieds en guise de camouflet. Il n’est pas toujours facile de trouver la parade à ce comportement. Changement de taille, coloris, de grammage, rien n’y fait. Jouer une certaine complémentarité en présentant un chatterbait peut être s’avérer efficace d’autant que ce leurre tout -terrain peut facilement recevoir une imitation d’écrevisse en guise de trailer.
Quand rien n’y fait, Cyril Martinez, de Florida Fishing, qui est un maître dans cette technique (entre autres…), n’hésite pas nous plus à remplacer le trailer par une palette. Un détail qui peut changer la donne.
Il existe, par ailleurs, dans le commerce des modèles prêt à l’emploi (PHENIX Vibrator Blade Jig par exemple) ou des kits de palettes interchangeables (SCRATCH TACKLE) faciles à installer sur la courbure de l’hameçon . Certaines marques – par exemple l’OVER JIG de chez Gunki ou le UOZE SWIMMER chez Megabass, – proposent une palette montée en dérivation sous un rubber Jig. L’intérêt de ce concept, outre de conférer, une gamme vibratoire différente doublée d’effets lumineux, est d’augmenter l’attractivité en animation linéaire de ce type leurre tout en conservant son côté 4×4. Les belles perches n’y sont pas insensibles, loin de là. Quant aux sandres et bass, ils ne sont pas en reste à l’approche de l’été.
C’est bien là tout l’intérêt de cette technique du rubber jig qui colle parfaitement à ces pêches de bordure , en milieux encombrés, même si d’autres approches et montages sont envisageables. Mais déjà les herbiers et les nénuphars ont colonisé les hauts fonds, invitant aux techniques de surface que nous vous présenterons pour la période estivale.

Les chatterbait seront une arme de choix pour déclencher des touches d’agressivité.

Une belle perche se laisse volontiers tenter par le chatter.
par David Gauduchon