Avec l’été qui arrive, les brochets sont parfois focalisés sur un aliment pas comme les autres… la grenouille. D’où l’importance d’avoir des leurres frogs dans sa boîte et de savoir comment les utiliser. Arnaud Brière nous explique…
Une des malices du métier de guide est de mélanger les grands moments de solitude (quand un client vous montre comment attraper les poissons) et les échanges d’informations passionnants. Cela m’est arrivé il y a quelques années avec un pêcheur venu découvrir nos lacs irlandais. C’est sous le soleil que nous avions démarré la journée, sur un réseau de petits lacs difficiles d’accès dont la région a le secret. J’avais confiance en ma connaissance du site, tout sûr de moi d’avoir la solution en cas de pêche plus difficile que prévue : quelques leurres bien sentis et la possession d’une bobine de fluorocarbonne en 32 afin de pouvoir passer en cranking sur de petits leurres souples précédés d’une longue tête de ligne, là où tout le monde lance des leurres durs en tresse 28/100… Solution de facilité oblige. Seulement voilà, ce jour-là, les rares touches sont « inferrables ». Les manqués se multiplient et les poissons dédaignent nos leurres toute la matinée jusqu’à ce que mon client sorte une petite grenouille en plastique de sa propre boite et la propulse en bordure, d’où il décolle, dans un V magnifique, et ferre dans un beau remous, un poisson de 75. Le premier d’une belle série qui m’a laissé songeur. N’ayant pas d’autres frogs avec moi, j’ai passé différents leurres de surface à ma disposition, en déclenchant la curiosité des brochets mais peu de touches. C’était grenouille, et rien d’autre. Malheur à celui qui n’en avait pas.
La démo était faite, les brochets était focalisés sur les (cuisses de ?) grenouilles. Il n’en fallait pas moins pour que je crée un compartiment « frog » dans mes boites.
Les différentes frogs
Il existe aujourd’hui plusieurs grandes familles de frogs, chacune répondant à des situations bien précises. Clairement destinées aux bass américains au départ (dans les marais encombrés du Sud) les frogs avaient une vocation de leurre de surface. Mais elles ont trouvé un autre client dans nos eaux avec le brochet et les familles de frogs se sont agrandies à des modèles plus coulants tirant parfois franchement sur le « big bait ». Surface ou sub surface, les grenouilles sont maintenant prêtes à affronter des situations qui dépassent largement un tapis végétal !
Modèles creux

Cette Finesse frog d’Imakatsu contient des cavités d’air qui la font flotter.
Les modèles creux, souvent appelés « hollow body frogs » sont les plus polyvalents. Ils excellent sur les herbiers de surface et permettent des animations lentes avec de longues pauses. Leur flottabilité importante autorise un travail très précis dans les trouées ou les zones dégagées au milieu des végétaux.
Modèles pleins


Selon les modèles, les frogs pleines peuvent avoir des pattes en twist (ici Jaeger Mego) ou des pattes en paddle (ici Spro Flappin Frog). Des vibrations pour tous les goûts !
Les modèles pleins (Reins, Yum, Sizmic), plus compacts, offrent généralement une meilleure distance de lancer et une animation plus nerveuse. Ils sont souvent utilisés pour rechercher des réactions rapides sur de grandes zones. Ces modèles peuvent être déjà armés (K-Bait par exemple) ou se montent avec un hameçon texan (plombé ou non).
Les soft bodys

Les frogs dures (ici Spro Bronzeye Frog Junior) s’accommodent bien de longues pauses lors des animations.
Il y a enfin la catégorie des « dures », souvent plus réalistes, creuses et déjà armées. La coque est en gomme plus ou moins rigide (soft body) et les pattes sont mobiles (Daïwa Prorex) ou représentées par des filaments (Ioda baby Frog). En fait, il en existe une multitude. Certaines possèdent une action de nage induite par les pattes (Deps Basirisky) ou agissent comme un popper (River2sea). A vous de trouver votre/vos modèles.
Dans tous les cas, les « soft bodys » se ramènent en stop and go. Il ne faut pas hésiter à alterner les phases d’accélération avec des pauses vraiment longues. Une frog posée sur l’eau « vit » naturellement, même à l’arrêt. Vous serez surpris de constater qu’elle peut être attaquée après 20 secondes d’immobilité…
Powerfishing et nénuphars
Techniquement, une frog repose sur un principe simple : permettre au leurre de passer là où les autres montages deviennent inefficaces. Son armement texan limite fortement les risques d’accrochage. Le corps souple, souvent creux, se comprime lors de l’attaque afin de dégager les pointes des hameçons au moment du ferrage. Cette conception permet de traverser des tapis végétaux extrêmement denses tout en conservant un bon potentiel de ferrage. Les frogs déjà montées qui brassent davantage permettent quant à elle de passer juste au-dessus des herbiers et de pratiquer un power fishing de surface. Comme évoqué plus haut certains modèles peuvent être vraiment gros. Ils rentrent alors franchement dans la catégorie des big baits et proposent des signaux vibratoires et visuels très importants. Je pense aux Kfrogs (K-Bait) par exemple ou aux Bull Frogs (Gunki).
Je me suis d’ailleurs demandé si ces créatures avaient leur place dans cet article tant elles s’éloignent de l’ADN initial des frogs de surface. Après réflexion, j’ai décidé que oui. Une frog, c’est une frog quel que soit son choix de vie !

Matériel adapté !
Le choix du matériel joue un rôle essentiel dans cette approche qui se pratique dans des milieux très encombrés. Contrairement à certaines pêches de surface plus fines, la frog nécessite un ensemble puissant. Les cannes utilisées mesurent généralement entre 7 et 7’4 pieds avec une action fast à extra-fast et une puissance souvent comprise entre MH et XH selon la densité du cover. L’objectif n’est pas seulement de ferrer correctement mais surtout de contrôler immédiatement le poisson pour éviter qu’il ne s’enfonce dans les herbiers. Une canne trop souple réduit fortement l’efficacité du ferrage et complique l’extraction des poissons.
Le moulinet casting reste largement dominant dans cette approche. Son contrôle du lancer, sa puissance et sa rapidité de récupération apportent un vrai confort de pêche. Les ratios rapides sont particulièrement appropriés afin de récupérer rapidement la bannière lors des attaques à longue distance ou de repositionner rapidement le leurre après une animation lente. Concernant le corps de ligne, la tresse s’impose quasiment sans alternative. Je vous conseille des diamètres importants, nettement au-dessus de 20/100ème. Au-delà de la résistance pure, la tresse vous offrira surtout une transmission directe du ferrage et permettra de couper une partie de la végétation pendant le combat.
Dans le cas de grosses frogs de subsurface, on utilise bien sûr un ensemble casting à l’avenant adapté aux poids des leurres utilisés.

Ferrer au bon moment
Je viens d’évoquer le ferrage et c’est sûrement un des points clefs de cette pêche. Lorsqu’un poisson attaque en surface, le réflexe naturel consiste à ferrer immédiatement au moment de l’explosion. Pourtant, cette réaction entraîne énormément de ratés. Et c’est peut-être encore plus vrai sur une frog montée en texan que sur un stick armé de deux triples ! Il est essentiel de laisser au poisson le temps de refermer la gueule sur le leurre avant de ferrer franchement. Il faut attendre le choc dans la canne avant d’envoyer un ferrage très appuyé. Cette temporisation, parfois très courte, change radicalement le taux de réussite. Ce n’est pas facile au début et je me laisse encore avoir…
Bas de ligne or not bas de ligne ?
J’ai souvent entendu dire ou lu que les pêcheurs de black-bass choisissent de monter la frog en direct sur la tresse afin de limiter les nœuds et de mieux passer dans le cover. C’est le plus simple mais avec le brochet, vous augmentez grandement les risques de coupe. C’est un choix cornélien. Personnellement, j’utilise un bout de hard mono pour éviter la coupe en soignant mon nœud de raccord. Et tant pis pour les quelques herbiers que je ramasse inévitablement.
En évitant les grosses agrafes, vous limiterez également le ramassage des herbiers de surface, qui à la longue est hautement improductif et agaçant…
L’animation, selon les conditions
L’animation représente également un élément clé. Contrairement à certaines idées reçues, la frog ne se résume pas à une récupération linéaire sur les herbiers. Les possibilités sont nombreuses et doivent être adaptées au comportement des poissons. L’animation la plus classique reste le « walking the dog » en surface. Grâce à de petits twitchs réguliers, la frog se déplace en zigzag serré tout en restant longtemps dans la zone d’attaque. Cette présentation est particulièrement efficace dans les trouées ou sur les bordures d’herbiers.

Sur les tapis végétaux très compacts, les animations deviennent souvent plus simples et plus agressives. Une récupération régulière avec quelques accélérations suffit souvent à déclencher des attaques réflexes. Dans ces situations, la frog agit davantage comme un intrus traversant le territoire du prédateur. À l’inverse, lorsque les poissons sont plus méfiants ou peu actifs, les pauses prolongées deviennent extrêmement importantes. Une frog immobile pendant plusieurs secondes dans une trouée peut provoquer des attaques très tardives.
Enfin certains modèles dont nous parlions plus haut, permettent de passer juste sous la surface, au sommet d’un tapis d’herbiers immergés. C’est alors la vitesse de récupération qui fera la différence. Opportunité alimentaire facile à attraper ou touche reflexe.
Les spots à frog
Les meilleurs secteurs ne sont pas forcément les herbiers les plus denses. Les cassures dans la végétation, les bordures irrégulières, les trouées naturelles, les changements de densité ou les couloirs créés par le vent constituent souvent des zones prioritaires. Les poissons utilisent ces structures pour se déplacer et tendre leurs embuscades. Mieux vaut essayer d’identifier ces zones et les exploiter précisément que de lancer partout au hasard !
Señor météo
Les conditions météorologiques jouent également un rôle important. Les journées couvertes, les périodes lourdes avant un orage ou les faibles luminosités du matin et du soir sont souvent favorables à l’activité de surface. Cependant, contrairement à certaines idées reçues, la frog peut aussi déclencher des touches en plein soleil, notamment lorsque les poissons restent cachés profondément sous les tapis végétaux pour profiter de l’ombre et de la fraîcheur.
Une pêche en constante évolution
L’évolution récente des frogs montre également une spécialisation croissante des modèles. Certains sont conçus pour maximiser la glisse sur les tapis denses, d’autres privilégient la discrétion sonore ou la capacité à s’animer facilement. Certaines enfin sont devenues de véritables big baits pour offrir des vibrations et des bouchées nettement orientées spécimens.
Dans l’univers moderne de la pêche sportive du brochet, certaines techniques ont profondément changé la manière d’aborder les postes difficiles. La pêche aux frogs fait clairement partie de celles qui ont révolutionné les approches de surface. Longtemps considérées comme des zones presque impêchables, les bordures saturées d’herbiers, les tapis de lentilles et les champs de nénuphars sont aujourd’hui devenus des terrains de jeu supplémentaires pour les pêcheurs de brochets. Grâce aux frogs, ces secteurs autrefois évités peuvent désormais être prospectés efficacement ! Alors profitons-en !

Texte et photos : Arnaud Brière