Chatterbaits… trêve de bavardage !

Par Numa Marengo

Les chatterbaits sont des leurres désormais connus. Connus depuis en fait plus de vingt ans, mais il fallut en fait très longtemps avant qu’ils ne deviennent à la mode. Moi-même n’ai-je jamais fait montre d’un fol enthousiasme pour eux, mais force est de constater que ça marche !


Une marque déposé

Le principe est désormais simple et connu : une palette fixée à l’avant d’une jighead, généralement un rubber jig, et c’est parti. Bête comme chou, trop bête peut-être pour interpeller les foules… ou plutôt trop breveté pour qu’on en parle au foule. Si « chatter » en anglais veut dire bavardage, on peut dire que les marques n’en ont pas toujours fait des gorges chaudes… Tout d’abord, le nom — chatterbait — est déposé par Z-Man, il faut donc contourner l’appellation. Mais cette difficulté là est facile à contourner. On notera simplement que Z-Man a inventé un nouveau nom commun, comme Mobylette ou Frigidaire.


Plus délicat est le brevet Z-Man sur l’articulation entre la tête et la palette, et qui explique que durant des années les marques ont proposé de mauvais chatterbaits et en ont finalement assez peu fait la promotion. Je n’ai pas vérifié mais la rumeur veut que ce brevet serait tombé dans le domaine public, ce qui signifie que des chatterbaits, vous allez en voir de plus en plus… mais le nom étant toujours propriété de Z-Man, ils s’appelleront Chacha, Crazy Blade ou que sais-je encore.



Bavard mais bait ?

Sur un chatterbait, les vibrations conjuguées d’une palette et d’un trailer décuplent l’attractivité du leurre. Imaginez votre leurre non seulement battant largement de la caudale, mais secouant de surcroît la tête comme un damné en brassant tellement, mais tellement d’eau… Ceci dit, il existe une autre raison plus subtile : lorsque vous animez un crankbait par exemple, et que vous marquez une pause, celui-ci met encore une seconde ou deux à ralentir puis s’arrêter, puis remonte plus ou moins vite selon sa densité. Avec un chatterbait, du fait que la palette n’est pas solidaire de la tête, aussitôt que le pêcheur n’exerce plus la traction de la récupération, au moment même en fait où la manivelle cesse de tourner, le leurre plonge comme une pierre vers le fond ! Or, tous les bons pêcheurs savent que le meilleur moyen de décider un poisson suiveur, c’est de ne pas lui laisser le temps de réfléchir. La proie file vers le fond en changeant de direction, c’est le moment d’attaquer !

Le montage Texan du chatter permet d’aller chercher les bass sous les obstacles.

Le montage Texan du chatter permet d’aller chercher les bass sous les obstacles.


Il faut ensuite ajouter à cela un intérêt beaucoup plus décisif et visible : la « castabilité ». Un mot de jargon, un anglicisme là encore, qu’on utilise principalement parce que, comme « shallow », il n’a pas d’équivalent suffisamment joli en France, la « lançabilité » n’étant pas très plaisante à l’oreille. Dans cas-là, mieux vaut en effet épargner la langue française avec un mot anglais que de vouloir à tout prix parler frenchy en écorchant notre belle langue. Voyez-vous où je veux en venir ?


Vous l’avez déjà compris : la castabilité est la capacité d’un leurre à se lancer loin. Imaginez maintenant que vous décidiez d’aller pêcher le brochet. Coup de chance pour vous, il fait un vent à décorner les bœufs ! Vous vous dirigez donc vers la berge battue par le vent, sortez un spinnerbait, puis le lancez de toutes forces… à vos pieds, dans une magistrale perruque. Décevant. Il vous arrivera sans doute la même chose avec un poisson-nageur, et avec un shad plombé vous tomberez sans doute plus au large… mais pour ensuite ratisser le fond, surtout dans les derniers mètres de récupération. Moche, tout ça…

Parce qu’il émet de fortes vibrations, le chatterbait est plus facile à localiser pour un prédateur en chasse.
Parce qu’il émet de fortes vibrations, le chatterbait est plus facile à localiser pour un prédateur en chasse.


Simple comme Chacha

Mais dès lors que vous installerez un chatterbait sur votre tête plombée, la magie opère… Comme la palette n’est pas solidaire du leurre, que le montage est articulé et même désarticulé on peut dire, au lancer la tête plombée, la palette et le corps de ligne vont s’aligner pour fendre le vent et percer la surface à une distance remarquable. Et dès le premier tour de manivelle, la palette décollera le leurre pour le faire évoluer au-dessus du fond. Et comme nous parlons d’hameçons simples, peu de risque de s’accrocher au fond. (Oui, car les chatterbaits permettent de pêcher avec un seul hameçon simple sans décrocher beaucoup de poissons. Pensez-y…)


Vous pouvez de surcroît régler la hauteur d’évolution de votre leurre, en jouant sur le poids de la tête plombée. Vous pourrez ainsi obtenir un meilleur ratio distance/profondeur pour votre partie de pêche ! Encore une fois, comme la palette va s’aligner avec le reste du montage pendant le lancer, la taille de celle-ci n’agira pas comme un parachute de freinage, ce qui est malheureusement le cas avec un spinnerbait. Mais votre rayon d’action ne se limite pas au grammage de votre tête plombée.

Les perches aussi peuvent devenir frénétiques sur ce type de leurre.
Les perches aussi peuvent devenir frénétiques sur ce type de leurre.


Une question d’équilibre


Plus techniquement, et là c’est une question de présentation (donc moins visible mais au moins aussi importante), la pêche avec des shads sur tête plombée, shads à palette, à queue finesse ou paddle qu’importe, impliquent toutes que le leurre évolue incliné vers l’avant, la tête emportée vers le bas par le poids de la plombée. Avec l’équilibrage des forces apportées par la palette (la queue et la palette se compensent mutuellement), les chatterbaits arborent la silhouette beaucoup plus naturelle d’un poisson nageant parfaitement horizontalement. C’est peut-être un détail, mais la pêche est faite de détails de ce genre…


Juste pour voir


Je vous ai dit en début d’article que je ne suis pas un grand fan de chatterbaits. Vous vous demandez alors quand je les utilise ? A vrai dire, j’ai tendance à les essayer quand je ne trouve pas le pattern, pas tout à fait en désespoir de cause mais disons « pour voir ». Il arrive en effet qu’ils transforment une pêche désastreuse en carton, ou qu’ils sauvent tout simplement du carton. Les vibrations surpuissantes qu’ils émettent suffisent parfois à rendre fous les poissons. J’ajoute encore que quand l’eau est turbide, ils appellent de très loin et aident le prédateur à régler son attaque.


Plus de rendement


Reste que les conditions venteuses sont excellentes pour les chatterbaits. En effet, quand l’eau est brassée, qu’il y a des vagues, cela créée de bonnes conditions d’oxygénation pour les poissons qui se mettent en chasse, mais le bruit assourdissant rend difficile la localisation des proies. Les chatterbaits, en poussant beaucoup d’eau se signalent vraiment de très loin. Quand on opère à deux sur des poissons déchainés la différence est flagrante du seul fait qu’ils émettent plus de vibrations, les chatterbaits rapportent deux, trois voire quatre fois plus de poissons que n’importe quel shadtail.



Par ailleurs, si vous pêchez au live ou si vous aimez vous amuser sur les silures, sachez que c’est un leurre qui leur plait beaucoup. Avec un livescope, une bonne approche consiste alors à passer au-dessus de la tête du poisson, puis de profiter de la densité du leurre pour le laisser tomber pile entre les moustaches. Aspiration garantie !

Le nœud agrafe est un bon moyen simple de monter un chatterbait.
Le nœud agrafe est un bon moyen simple de monter un chatterbait.


Enfin les chatterbaits sont plus efficaces et plus agréables quand ils sont utilisés avec des cannes en fibre de verre ou en composite. Aussi, si vous sentez que vous commencez à tomber amoureux de ce genre de bavardage avec les poissons, n’hésitez pas à investir (St-Croix propose de superbes cannes en fibre !), vous entrerez alors dans un nouveau monde de plaisir !

Voici comment s’attache un chatterbait. Attention à l’attacher dans le bon sens !
Voici comment s’attache un chatterbait. Attention à l’attacher dans le bon sens !


Les meilleurs chatters : le choix d’Emma Alain

Voici quelques critères, qui selon moi, sont à prendre en compte pour choisir un bon chatterbait :

  • un anneau brisé en guise d’accroche
  • une jupe ligaturée
  • un hameçon résistant
  • un ergot anti-glisse pour ajouter un leurre souple


Le Cajun et le Cover Bladed Jig de chez Sakura

Tout comme le spinnerbait Cajun, le chatterbait Cajun est un vrai succès. Robuste, disponible en plusieurs grammages (10,5 g, 14 g, 17 g et 21 g) et 25 coloris, ce chatterbait s’adresse à tous les carnassiers, idéal pour le powerfishing.

Le Cover Bladed Jig, doté d’une plus petite palette et d’un système anti-herbe en titane, vous sera utile pour les zones encombrées dans les obstacles. Le Cover et le Cajun sont donc très complémentaires.

Cajun
Cover Bladed Jig


Le Beast Bladed Jig de chez Abu Garcia


Optimisé pour la pêche des gros brochets, il bénéficie d’une tête en époxy avec rattle, articulée et accompagnée d’un leurre souple en trailer. D’une longueur de 25 cm pour 50 g, il fait partie des plus gros chatterbaits du marché. Sa profondeur de nage se situe entre 0,50 m et 2 m de profondeur, voire plus en ajoutant un lest sous la tête grâce à son œillet prévu à cet effet. Gros carnassiers obligent, il est dépourvu d’agrafes et bénéficie d’un anneau soudé ultra robuste.

Beast Bladed Jig


Le Z-Man Original, le chatterbait à avoir


C’est le chatterbait d’origine, par les inventeurs du nom. Sa jupe n’est pas ligaturée, mais robuste et amovible. Son hameçon à large ouverture permet l’ajout d’un leurre souple en trailer. La tête plombée en forme de goutte d’eau est parfaite pour gratter le fond à la recherche de black-bass et de perches.

Z-Man Original


Le Micro Bladed Jig de la gamme Prorex signée Daiwa


Les petits chatterbaits sont assez rares. Pourtant, ce sont de véritables bonbons à perches. Ce modèle de chez Daiwa en est la preuve : 8 g avec un hameçon de 1/0. En ajoutant une craw, un grub ou un shad (d’une longueur maximum de 7 cm), vous ralentissez la descente du leurre, pour les zones peu profondes. Rien ne vous empêche de troquer l’agrafe, un peu faible, contre un anneau brisé.

Micro Bladed Jig de la gamme Prorex


Le Jack Hammer Stealth de la marque Evergreen


Tous les chatterbaits sont équipés d’une palette métallique… ou presque ! Le Jack Hammer Stealth, lui, est équipé d’une palette en plastique. C’est ainsi qu’il se distingue par des vibrations moins puissantes et des flashs lumineux plus discrets. C’est LE chatterbait des milieux à forte pression de pêche. En linéaire, il a la faculté de garder une profondeur de nage constante. Idéal pour sortir son épingle du jeu.

Jack Hammer Stealth

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