EAU DE NEIGE : NE SUCCOMBEZ PAS À LA LÉGENDE !

Ah, la fonte des neiges ! Ce moment est si redouté des pêcheurs que la plupart n’insistent même pas, découragés à la seule vue de cette eau haute et froide. Si vous aussi craignez ce phénomène, Alphonse Arias devrait vous faire changer d’avis…

Les études des scientifiques en ichtyologie démontrent que la croissance des truites se fait essentiellement au printemps, donc quand la neige fond. Et pour cela, il faut bien que les truites mangent ! N’attendez donc pas l’été pour aller à la pêche…

L’eau de neige est assez souvent au menu des pêcheurs de truites, parfois jusqu’en juin/juillet selon l’altitude des sommets. L’eau de neige qui peut couler de l’ouverture jusqu’au cœur de l’été est encore pour beaucoup synonyme de bredouilles. Elle a souvent un impact psychologique négatif et bon dos pour expliquer les échecs. Je vous propose de tordre le cou à cette légende. Mes constatations sont émaillées de plus de soixante années de pratiques assidues et rejoignent les résultats des études scientifiques.

  • L’eau de neige qui arrive brusquement et massivement.

Un temps chaud, une pluie forte, un vent d’autan peuvent provoquer des crues en faisant fondre la neige, surtout si elle est basse. Peu de pêcheurs sont optimistes quand ces conditions se présentent. La légende aidant, ils n’ont pas le moral et laissent les cannes au repos. Généralement, il conviendra d’aller vers l’amont et de rechercher une eau moins trouble qu’en aval. Pensez aux tributaires qui d’ordinaire se salissent moins.

Devant cette crue soudaine, les truites se mettent à l’abri dans les bordures, là où les courants sont freinés par les obstacles divers. Elles sont groupées, donc moins éparpillées. Evidemment, l’eau a changé, elle est nouvelle certes, mais l’échange thermique eau/air peut se faire en faveur de l’eau si la température ambiante est chaude. 

Vous devez insister sur l’eau peu profonde des bordures et sur les coups marqués. Vous pouvez avoir des touches plus franches que la veille où l’eau de neige ne coulait pas ou peu. La quantité de nourriture drainée par la montée des eaux appâte naturellement les truites qui, en peu de temps, auront terminé leur repas. Dans ce cas de figure, vous aurez une petite demi-heure pour faire pêche. Ayez des bas de ligne tout prêts afin de ne pas perdre de temps…

Cependant, vous pouvez rencontrer aussi des truites actives mais dont les touches seront plus espacées. Dans ce cas-là, les pêches seront les plus belles ! 

Par fortes eaux de neige, vous pratiquerez certes une pêche moins fine et vous pêcherez moins bien que dans une eau claire. Mais vous pêcherez ! Vous serez mieux qu’au cœur d’une dite civilisation ayant perdu son âme et en mal de profits. Ne dédaignez pas cette pêche pour ne pratiquer que celle en période d’étiage et d’eau claire. Votre saison truite serait tronquée. Cette pêche vous apportera de grandes satisfactions, ne serait-ce que d’avoir eu des résultats là ou d’autres n’ont pas osé essayer. Un bon pêcheur s’adapte à toutes les conditions et à tous les cours d’eau !

    –    L’eau de neige qui coule depuis plusieurs jours.

En début de saison, les températures se radoucissent souvent et le printemps semble s’installer. Bien plus qu’il y a quelques décennies, les belles journées sont là. En altitude la neige s’est ramollie et elle fond. Les débits des cours d’eau grossissent et prennent une couleur vert bouteille, gris ou marron souvent clair.                            

Ne redoutez pas cette eau de neige car la truite, au bout de quelques jours, s’habitue à de nouvelles températures d’eau et à de nouveaux postes de chasse.

Cependant, elle préfèrera souvent, pour se mettre en activité, les moments où s’écoulera l’eau de la nuit, car la neige ne fondra pas ou en tous cas moins, les nuits étant plus fraîches que les journées. Sauf en cas de vent d’autan en montagne. Cette eau de la nuit fait baisser peu ou prou les niveaux des cours d’eau. Parfois, il faut être très observateur pour s’en apercevoir…

Choisissez le parcours en fonction de son éloignement avec les sommets enneigés et l’heure à laquelle vous commencez à pêcher. Personnellement, je choisis un parcours situé à une trentaine de kilomètres de la neige la plus basse et j’arrive fin de matinée. Si la nuit a été bien froide, vous avez plusieurs heures pendant lesquelles l’eau sera favorable. De plus, vous pêcherez pendant les heures les plus chaudes de la journée et l’échange thermique air/eau se fera en faveur de l’eau.

Surtout en début de saison on obtient de bons résultats. Beaucoup de pêcheurs, notamment au toc, sont à la pause casse-croûte. Privilégiez les bordures peu profondes, bien exposées au soleil et à l’abri du vent.

Rien n’étant absolu, si le parcours que vous pêchez est fermé – je veux dire que les truites ont la gueule cousue – allez plus en aval ou plus en amont. N’hésitez pas à changer de cours d’eau le cas échéant. Osez un affluent ou un sous-affluent coulant dans un versant exposé différemment et prenant sa source à une altitude différente. Soyez persuadé que les bons secteurs ou les bons cours d’eau existent probablement.   

        –    L’eau de neige qui arrive progressivement en cours de journée.

Au printemps, certaines nuits peuvent être très froides. Par contre, le soleil arrive tant bien que mal à réchauffer un peu l’atmosphère en milieu de journée. C’est alors que la neige fond, peu ou prou et teinte légèrement les cours d’eau.  Parfois même on ne se rend pas compte que l’eau est légèrement teintée, sauf dans les endroits profonds. On assiste, il est vrai à une paralysie quasi-totale du Milieu aquatique.

Cette eau de neige est franchement mauvaise car les truites ont profité des heures précédant son arrivée pour s’alimenter. Cette eau de neige s’installe progressivement dans la rivière ou le ruisseau alors que les truites ont profité de l’eau précédente qui provenait essentiellement des eaux de sources. Elle va perturber les résultats. Il faudra un coup de ligne de maître et faire arriver l’appât devant la gueule de notre mouchetée. 

Allez la provoquer chez elle aux abords de son habitat ! Les enrochements, les coups marqués, les souches et les bordures sont alors les meilleurs postes. Présentez l’appât jusqu’à trois fois et maintenez-le plusieurs secondes. Prospectez également les plages molles et lisses ou très légèrement moutonnées. Privilégiez les postes ensoleillés et oubliez la légende disant que les truites sont lucifuges ! Pêchez différentes profondeurs avec une plombée plutôt lourde et en coupant le courant. Laissez votre appât se caler au fond, puis tirez pour le laisser repartir. Insistez. Ainsi vous déciderez certaines truites. Préférez le ver à tout autre appât.  

L’idéal est de bien calculer le secteur de pêche pour être opérationnel avant que cette eau de neige n’arrive… 

  • Une approche facilitée.

Pêcher une eau basse et claire est plus difficile que pêcher une eau forte ou très forte surtout si cette dernière est teintée ou trouble. En période de crue, faible, modérée ou forte, ruisseaux et rivières se colorent plus ou moins selon les sites dans lesquels ils coulent. Tous les pêcheurs de truites sauvages ou rustiques savent que pour réussir leurs parties de pêche, l’approche est capitale. Surtout dans les petits et moyens cours d’eau, par fines eaux limpides, la moindre fausse note est éliminatoire. Une eau teintée, même si la cause en est la neige qui fond, apporte donc l’intérêt de rendre plus facile l’approche et le gestuel de l’action de pêche puisque la truite aura plus de difficultés pour déceler la présence du pêcheur ! De plus, l’eau teintée fait souvent bouger les poissons. Ici, l’eau de neige devient donc une alliée de poids. Dans des villages de montagne ou de piémont, certains pêcheurs ne pratiquent qu’en pareilles circonstances. Tant que l’eau est basse et claire, les cannes restent au repos.

  • La concentration des truites

Lorsque la fonte de la neige provoque une crue, les truites, par réflexe, vont se mettre à l’abri des flots impétueux. Elles vont donc se rassembler dans les bordures et derrière les obstacles qui arrêtent ou freinent les courants. La montée du débit aura le mérite de transformer les secteurs dits « bâtards » – les zones où les truites sont dispersées et peuvent se trouver un peu partout – en secteurs où les truites seront concentrées sur des zones plus restreintes. 

Les parcours où les rivières s’élargissent, les débits réservés habituellement bas, tous les rus et les ruisseaux sont intéressants à pêcher en périodes d’eaux plus fortes. En effet, tous ces endroits sont difficiles à pêcher en période normale. Il faut donc les rechercher en la circonstance ! 

Incontestablement, la pêche au toc est la mieux adaptée et la plus efficace.

Elle permet de chercher les truites en activité et au repos dans leurs postes de chasse ou dans leur habitat. La vitesse de dérive de l’appât peut se modifier facilement grâce aux différentes possibilités permises par toute la gamme des plombées.

Elle sera plutôt relativement lourde et assez près de l’hameçon pour la prospection des eaux plutôt rapides : entre 4 et 6 plombs du n° 6, le premier à 6 cm de l’hameçon, les autres entre 12 et 15 cm, espacés de 1 cm.

Pour les eaux assez calmes, 3 plombs du n° 6 peuvent suffire. Même espacement que pour les eaux plus rapides.

J’utilise des bas de ligne transparents ou légèrement verdâtres de diamètre 0,12, d’une longueur de 30 cm environ et reliés au fil fluo du moulinet en 0,14 ou 0,16.  

Par eaux de neige, les truites sont souvent collées au fond. L’appât doit donc dériver, de préférence, près du lit du cours d’eau.

Le roi des appâts est le ver. En effet, il est le plus prisé des truites par eaux froides et plutôt fortes. De plus, lors des eaux qui montent, peu ou prou, les vers des berges sont emportés par les flots, appâtant naturellement les truites… Ces dernières savent que ces conditions sont annonciatrices de nourriture et de changement de menu !

Ne faites pas une fixation sur le ver de berge. Les autres races prennent des truites et l’on peut se les procurer plus facilement dans un compost de feuilles ou de déchets de légumes, si vous avez la chance d’avoir un jardin potager. Ou de connaître quelqu’un qui en possède un près de chez vous. J’ai un faible pour les vers entre 3 et 5 cm de long, ceux qui sont durs et qui roulent entre le pouce et l’index. Ils sont les plus faciles à enfiler à l’hameçon. Ce confort n’est pas négligeable. J’utilise de préférence un n° 12 bronzé, droit et à tige longue, plus pratique pour mettre cet appât à l’hameçon. Le ver doit être assez droit sans trahir le forme de l’hameçon et peu importe la vue de la pointe… 

Le début de la saison truite, notamment mars et avril, peut comporter des moments difficiles où les truites mordent peu ou pas du tout. On peut accuser l’eau froide et/ou l’eau de neige… 

Mais alors, en juillet et août, lorsque les sommets sont dépourvus de neige, pourquoi les truites ne peuvent-elles pas mordre ? N’est-ce pas le charme de la pêche des truites sauvages ou rustiques ? Nous aurons l’occasion d’aborder ces cas de figure dans les numéros à venir. En attendant, je vous souhaite plein de moments de bonheur, les pieds dans l’eau ou sur quelque rivage enchanteur, la tête près des étoiles…

Remonter