L’univers de la pêche en bateau fascine de nombreux pêcheurs et l’achat d’une embarcation est une étape marquante pour tout passionné. Après des années passées du bord ou en float-tube, cette acquisition ouvre de nouvelles perspectives : accès à des zones inexploitées, mobilité accrue et confort de pêche.
Mais face à la diversité des options, on peut vite se perdre et faire de mauvais choix. Ayant eu la chance d’acquérir de nombreuses coques aux profils différents, je vais m’appuyer sur mon expérience personnelle pour vous guider vers l’achat du bateau de vos rêves.
Définir ses besoins avant tout
Avant même de comparer les modèles ou de consulter des annonces, il est essentiel d’en clarifier son usage. Un bateau de pêche n’est pas un achat impulsif mais doit faire l’objet d’une réflexion approfondie ; voici les principales questions à se poser :
- Type de pêche pratiqué : Si l’on est adepte des pêches de bordure en Powerfishing, un pont haut avec du rangement de type Bassboat est à privilégier. Pour un pêcheur en verticale ou pratiquant le Sharpshooting en grand milieu, un format type Walleye boat (forme en V profond) sera d’autant plus maniable et sécurisant.
Enfin, si l’on veut combiner la pêche et le loisir nautique (balade en famille, ski nautique…), une coque en fibre spacieuse et disposant de francs bords conséquents fera le bonheur des occupants à bord.
- Milieux fréquentés : Pour choisir le bon format de coque, il faut définir le type de milieux dans lequel vous serez amenés à naviguer. Pour une utilisation en rivière, le tirant d’eau est un élément crucial, c’est pourquoi des formats types Jonboat ou autres coques à fond plat permettent de passer les zones les moins profondes.
En plans d’eau fermés, une barque rotomoulée est suffisante sous réserve qu’elle soit suffisamment stable. Privilégiez dans ce cas un modèle de minimum 3m50. Pour les grands lacs et zones ventées, la forme et la longueur de la coque seront les principaux éléments à prendre en compte. Certains bassboats (minimum 18 pieds) peuvent convenir, mais c’est les Walleye Boats qui seront les plus à l’aise dans ces milieux. Bien faire attention aux épaisseurs de coques (notamment sur l’aluminium), car la pression exercée par les vagues peut déformer des bateaux trop légers en construction.
- Nombre de pêcheurs à bord : Que vous pêchiez en solo, duo ou trio, cela impacte directement la taille et l’aménagement du bateau.

Bass boat ou Walleye Boat : le Dilemme
Dans un précédent article, nous avions évoqués les principales différences entre ces deux types de coques spécialisées pour la pêche. Sans refaire tout le descriptif, nous pourrons en retenir ces principaux points :
Le Bass boat est inspiré des compétitions américaines et propose des plateformes surélevées larges et stables. Idéal pour une pêche dynamique en surplombant l’eau, il dispose de nombreux rangements et accepte une motorisation puissante… le tout avec un look ravageur. Pour autant, il s’adresse aux passionnés qui disposent d’un véhicule adapté pour le transporter et reste dans une tranche budgétaire élevée.
Le format Walleye – que l’on peut assimiler à une barque dans sa petite taille, est plus polyvalent pour une utilisation mixte pêche et promenade. Sa structure généralement en V lui confère une stabilité moindre qui est compensée par des francs bords intérieurs rassurants les passagers. Souvent plus légère, la coque est généralement vendue à nu, vous permettant de l’aménager selon vos envies et votre budget.
Deux philosophies différentes, qu’il faut bien étudier en amont pour trouver le format le plus adapté à votre manière de pêcher.
Les matériaux : Fibre, aluminium ou rotomoulé
Le choix du matériau impacte directement la durabilité, le poids et les performances de votre bateau. Jusqu’alors, la majorité des barques de pêche étaient en rotomoulé, puis en fibre avec l’arrivée des Bass boats. Mais depuis une décennie, c’est l’aluminium qui rencontre un franc succès auprès des pêcheurs français.
Qu’il soit soudé ou riveté, l’aluminium présente de nombreux avantages pour un bateau de pêche. Léger, robuste et quasi insensible aux chocs, c’est le matériau idéal pour une petite coque (de 3m50 à 5m) car sa faible épaisseur lui confère un volume intérieur optimal. Très facilement aménageable, c’est le profil de coque idéal pour un bricoleur. Veillez toutefois à l’épaisseur de l’aluminium, qui se doit suffisante dans le cas d’une embarcation soudée. Le rivet quant à lui pourra travailler plus aisément sur des coques fines pour compenser l’effet de torsion de la structure dans les vagues. Enfin, une coque épaisse (2 à 4mm) sera moins bruyante face au clapot et garantit une solidité accrue.

Les barques rotomoulées sont quant à elle réputées pour leur simplicité de transport et leur robustesse. Relativement stables par rapport à leur taille, c’est un compromis idéal pour débuter. Les plus connues d’entre-elles – Armor 400, Fun Yak ou autres Cap 400, font de nombreux adeptes qui ne jurent que par ce type de coque. Restant dans un budget limité, c’est le format parfait pour les pêches en eau close ou en lac de barrage. Très résistante face aux chocs, elle ne nécessite pas de mise à l’eau adaptée car ses roulettes arrière permettent un débarquement au sol aisé. Néanmoins, elle est moins à l’aise en grands milieux car la place intérieure est réduite (double coque) et le tableau arrière se limite à de plus faibles motorisations.
Enfin, les bateaux en Fibre de verre s’adressent aux plus grands milieux et présentent de nombreux avantages. De part sa construction, la fibre offre de meilleures performances de glisse sur l’eau et le tableau arrière peut être aisément renforcé pour accepter de grosses motorisations. Beaucoup de bricoleurs apprécient rénover d’anciennes coques de ski nautique (type glastron, fletcher…) et le rendu final peut s’apparenter aux plus beaux des bass boats. Les finitions et les virures de la coque la rend plus agréable à naviguer et relativement stable en fonction de sa largeur. Toutefois, la matière est plus sensible aux impacts et surtout plus lourde. C’est alors que rentre en compte la contrainte du poids, qu’il va falloir maîtriser en fonction du véhicule tracteur et des mises à l’eau habituellement utilisées.
Equipement et motorisation
Une fois le type de coque définit, il va falloir la configurer pour qu’elle soit optimale pour votre pratique. Si vous ne disposez pas du permis fluvial, ce sera maximum 6cv. Au-delà – et si le budget le permet, je vous conseille de motoriser votre coque selon la limite maximale du constructeur. Ne l’oublions pas, un moteur s’use nettement moins à 2500 tours déjaugé qu’à plein régime en permanence. Si vous naviguez beaucoup, c’est vers la plus grosse cylindrée qu’il faut s’orienter afin d’en limiter l’usure (un v6 sur autoroute sera toujours plus économique qu’un 1.2L à plein régime).
Côté électronique, la part du budget global d’un projet bateau a clairement basculé ces dernières années. Jusqu’alors, on croisait régulièrement de gros bass boats de plus de 5m et + de 100cv, mais aujourd’hui la majorité des passionnés sont équipés de coques aluminium de 4m à 4m50 de 30 à 50cv. Le prix exorbitant des carburants nous impacte, mais ce sont les évolutions technologiques qui ont amenés les pêcheurs à réduire le budget bateau au profit de la configuration électronique. Moteur avant performant et silencieux, écrans de plus en plus grands, sondes Livescope… tout autant d’accessoires coûteux qui permettent aux pratiquants de gagner en confort et en efficacité de pêche.
Car contrairement à ce que l’on peut entendre, ce n’est pas la taille du bateau qui vous fera prendre plus de poissons, mais l’électronique peut vous rendre plus efficace dans la traque de votre poisson préféré.

Les erreurs à éviter
L’achat d’un bateau de pêche représente un investissement conséquent pour tout passionné. Il faut donc essayer plusieurs formats et réfléchir aux contraintes qu’un gros bateau peut imposer. Tout d’abord, il faudra adapter la remorque au poids global de l’ensemble. Rappelons qu’au dessus de 750 kg de PTAC (Poids Total Autorisé en Charge, donc environ 500kg en déduisant la remorque), elle doit être freinée, impliquant des frais d’entretiens supplémentaires. Un double essieu pour plus de confort ? C’est 2 fois plus de pneus, 4 étriers de freins à changer… Bref, tous ces coûts cachés doivent être étudiés afin que cet outil reste un plaisir et non une manne financière.
Sur le plan sécurité, n’oubliez pas qu’il faut adapter le véhicule tracteur au PTAC de la remorque. Imaginons que vous disposiez d’un ensemble de 1200 kg de PTAC, vous pourrez le tracter sans permis avec votre Duster de 1900 kg de PTAC (cumul à 3.1t), mais pas avec votre 4×4 Pick up de 2400kg car vous dépasserez les 3.5t. Dans ce cas, le Permis B96 est obligatoire pour vous permettre de conduire un ensemble jusqu’à 4,25t.
Sans parler du stockage et de la conduite sur nos routes sinueuses, les accès aux mises à l’eau sont primordiaux pour votre embarcation. Acheter trop grand peut vite devenir une galère, quand trop petit sera inconfortable voire dangereux dans certaines conditions. Tout est une question de compromis, c’est pourquoi l’embarcation parfaite n’existe pas !
En conclusion
Le printemps est souvent la période de l’année où les acheteurs sont tentés par l’investissement dans une embarcation. Cette décision doit être guidée par la pratique réelle du pêcheur et non par un coup de cœur.
Au-delà des caractéristiques techniques, le bon bateau sera celui qui vous permettra de pêcher le plus souvent, dans les meilleures conditions, et avec plaisir. Car au final, l’objectif reste le même : profiter pleinement de sa passion, au plus près de l’eau.
Par Arnaud LANDRIEU