par Pascal Durantel
Dans la solitude des hautes terres d’Auvergne, ce plan d’eau de 12 ha niché à l’ombre du plus grand volcan d’Europe, à une altitude de 1128 m, héberge une population unique de salmonidés dont certains se reproduisent. Une merveille à découvrir absolument.
Vous aimez la solitude des grands espaces sauvages ? Vous souhaitez pratiquer une pêche authentique de poissons trophées ultra combatifs dans un cadre enchanteur ? Alors sans hésiter rejoignez le domaine de Veirières dans le Cantal, qui offre tout cela à la fois et plus encore. Car à ces attraits s’ajoute une atmosphère détendue et conviviale, et un accueil chaleureux réservé par Raphaël Kardacz, qui veille au bon déroulement de votre séjour et officie aussi comme guide de pêche. « Nous cultivons ici des valeurs basées sur le partage, la simplicité et l’humilité ajoute Roland Leymonie, le propriétaire des lieux, qui est aussi médecin de campagne. Chez nous, il n’existe pas de barrière sociale. On se retrouve simplement entre pêcheurs venus de tous horizons ». C’est aussi cela, « l’esprit de Veirières », et c’est aussi pour cela que nous aimons cet endroit.

Un lac au cœur des estives
« Le bon choix d’un coin de pêche est d’une telle importance tactique et psychologique que le pêcheur y réfléchit le plus clair de sa vie au bureau, à l’atelier, au spectacle ou au lit » écrivait René Fallet dans son délicieux ouvrage « Les pieds dans l’eau ». Ce pêcheur anti conformiste sélectionnait ses destinations selon un critère très personnel et au fond non dénué de bon sens : le comportement des chiens au bord des routes. Lorsqu’ils poursuivent les voitures, assurait-t-il, ou, mieux encore, lorsqu’ils tâchent de mordre les roues, l’écrivain jugeait qu’il se trouvait sur la bonne voie, celle qui conduit vers des parcours peu fréquentés donc fatalement plus poissonneux. En empruntant les petites routes qui sinuent sur les contreforts escarpés de la montagne Cantalienne pour se rendre à Veirières, on ne peut s’empêcher de songer à ces précieuses recommandations. Vous laissez bientôt derrière vous les ultimes fermes, et les chiens cavaleurs à la robe zébrée et aux curieux yeux vairon. Au détour d’un virage, la chaussée bordée de frênes séculaires laisse soudain place à un étroit chemin caillouteux qui se perd dans l’immensité des estives. Ici, l’empreinte de l’homme ne s’inscrit plus guère qu’à travers les silhouettes massives des burons, ces éternelles sentinelles de pierre posées sur les crêtes où le fromage de Cantal et de Saint-Nectaire étaient affinés.
Mouches de soleil
Un ultime ressaut puis le lac soudain vous apparaît, serti dans son écrin de vieux fayards, de saules, de joncs et de grasses prairies. Son miroir lisse est criblé de mouches de soleil. Il semble vous reconnaître, répond à votre salut par un gobage. Si vous avez un peu voyagé, fermez les yeux juste un instant, humez l’air, tendez l’oreille : le hennissement des chevaux, le pas lourd des vaches rouges à l’estive, le sifflement du vent dans la lande, le clapotis de l’eau : vous êtes à la fois en Irlande…et en Mongolie ! Le dépaysement est total. Le biologiste Jean Rostand aimait répéter : « On ne s’habitue pas à un visage qui plaît ». Après le coup de foudre du premier jour, on ne peut se lasser du spectacle de ce lac qui n’offre pas un mais mille visages baignés par les jeux subtils d’une lumière changeante selon les saisons et les caprices du temps. Il y a le coup du matin, quand la dernière des étoiles tombe et se noie dans l’eau, au milieu des volutes de brume. Il y a aussi ces coups du soir lumineux qui embrasent les vieux hêtres, plus particulièrement spectaculaires durant l’extraordinaire été indien de Veirières. Il y a les jours calmes et les jours venteux, les bourrasques de neige qui vous cinglent le visage, puis le retour tout aussi soudain du soleil. Ici, le temps change très vite : d’une minute à l’autre, vous basculez dans l’hiver, ou retournez à l’été. Et les truites s’adaptent. Le lac de Veirières vit, au rythme de la météo. Pour vous en convaincre, tâchez de lire le drap bleu de ses vagues qui plissent la surface. Vous y distinguerez toujours une activité, que ne révèlent pas forcément de francs gobages. Les poissons sont bien là, mais ils roulent discrètement dans la pellicule, un peu comme des tarpons.

Comment pêcher un lac de montagne qui bascule de l’été à l’hiver d’une minute à l’autre ? Dans les 10 pages de son reportage publié dans Pêche Mouche n°173, Pascal Durantel donne la parole à Raphaël Kardacz, guide sur le lac depuis 2011, et à Roland Leymonie, le propriétaire : canne pour soie de 5-6, bas de ligne de deux fois la longueur de la canne, pointe d’au moins 1,50 m, et pêche en dérive dans la vague, en loch style, depuis les barques irlandaises.
Vous y trouverez aussi le calendrier des mouches, des chironomes de l’ouverture aux babarottes de la mi-mai et aux insectes terrestres de l’été, les poissons de 70 cm et plus, la truite léopard et l’omble Alis, ainsi que toutes les infos pratiques : réglementation, saisons, réservation, hébergement au buron et restauration.
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