Plonger en eau douce : observer les poissons chez eux


par Philippe Carrière

Comme en mer, le snorkeling en eau douce, avec un masque et un tuba, c’est possible et cela permet d’en apprendre beaucoup sur nos chers poissons. A condition de prendre quelques précautions… Philippe Carrière est un expert en la matière. Il nous présente son approche.

Depuis plus de trente ans, je plonge dans les rivières et dans les lacs. Une passion entière, et pour moi, le meilleur moyen de tenter de percer les mystères des eaux intérieures. Lorsque j’avais douze ans, je pêchais et je rêvais de pouvoir « enlever l’eau » sans que rien d’autre ne change, pour voir les poissons et leur comportement, pour voir les obstacles et observer tout ce petit monde inconnu.

Ma première plongée avec un masque et un tuba dans le Vidourle fut un choc. Je suis tombé sur une carpe dans un herbier, à trente centimètres de mon masque. La belle donna un grand coup de caudale et disparut dans un tourbillon de végétation et de limon. En une fraction de seconde j’étais pris, capturé par cette vision éphémère du poisson dans sa maison liquide.

Un monde en trois dimensions


Depuis ce jour, j’ai pu plonger dans d’innombrables endroits. J’ai vu quantité de poissons et de milieux aquatiques différents et cela a construit concrètement la vision dont je rêvais dans ma jeunesse. Étant pêcheur, cela m’a énormément aidé à mieux comprendre et à avoir une vue d’ensemble des nombreux biotopes et de leur complexité. J’ai appris que les eaux douces sont des endroits uniques et fragiles, même si vu de l’extérieur toute cette surface plane n’est que le plafond d’un monde en trois dimensions. Sous le miroir, chaque minéral, végétal et animal est à sa place et rien n’est positionné au hasard.

Sous le miroir de la surface, la faune aquatique se comporte bien différemment de ce qu’on imagine.
Sous le miroir de la surface, la faune aquatique se comporte bien différemment de ce qu’on imagine.

Comme un enfant

Mon approche est simple : l’observation et la réflexion. Lorsque l’on est sous l’eau, on est surpris à chaque moment, et quand on en sort on a dans le regard des étoiles d’écailles, des étincelles d’eau, et on se retrouve comme un enfant submergé par quelque chose d’indescriptible, qui n’est pas loin du vrai bonheur, celui que nous avons tous eu alors que nous étions des bambins subjugués par la beauté des choses naturelles.

Observer une prédation sous l’eau est un moment rare et instructif.
Observer une prédation sous l’eau est un moment rare et instructif.

Une fois au sec, on peut commencer à voir le second effet, celui de l’analyse des observations, un brochet par-ci, un sandre par-là, mais pas forcément là où l’on pouvait s’y attendre, et cela nous fait poser des questions qui trouveront peut-être réponse dans la prochaine immersion… Addictif, gratifiant, passionnant et enrichissant, le monde subaquatique est pour les amoureux de l’eau et des poissons l’endroit à explorer au moins une fois dans sa vie.

Réfléchi et responsable

Voir un banc de carpes en formation au-dessus ou en dessous de soi, passer dans un groupe de silures sans les déranger, scruter les infimes mouvements du brochet en poste, assister à la reproduction du bass ou du sandre, voir les truites en activité, les immenses bancs de gardons et de brèmes, la timide tanche et la curieuse perche, les goujons et les barbeaux dans le courant, toutes ces rencontres sont magiques, mais sous conditions et avec maîtrise. Sous l’eau, on touche avec les yeux, pas question d’embrasser les poissons. Ils ne sont pas nos amis et ils ne le seront jamais, chaque geste doit être réfléchi et responsable.

Aller chez les poissons change la vision de l’eau, ça bouscule les idées reçues, ça enrichit tout ce que l’on a lu, tout ce que l’on supposait, tout ce que l’on imaginait. Nous, simples terrestres lourdaux et maladroits dans l’onde fraîche. Voir c’est en savoir toujours un peu plus….

Certains poissons comme ce gros brochets s’avèrent étonnamment faciles à approcher.
Certains poissons comme ce gros brochets s’avèrent étonnamment faciles à approcher.

Photo sous-marine


Avec l’avènement des appareils photos et caméras numériques, il est devenu possible de partager ces moments et ces rencontres auprès de ses proches et des internautes, qui à leur tour vont s’émerveiller par tant de magnificence. Ces images permettent aux phobiques de l’eau et aux personnes « non aquatiques » de nager virtuellement là où ils ne pourraient aller, alors le partage prends toute sa dimension, il faut le faire simplement, et ne  pas crier « au monstre », ça c’est pour faire peur aux crédules et aux autres personnes sensibles et ce ne doit jamais être le but du plongeur photographe/vidéaste éthiquement responsable.

Les silures sont très peu craintifs, et même parfois franchement effrayants, bien qu’inoffensifs.
Les silures sont très peu craintifs, et même parfois franchement effrayants, bien qu’inoffensifs.

La sécurité avant tout 

S’immiscer dans l’eau douce est un plaisir, nager est un sport, pratiquer le snorkeling est le meilleur moyen de s’émerveiller en tant que naturaliste et pêcheur, le monde du silence est criant de beauté, riche de rencontres et de découvertes mais cela ne doit pas nous faire oublier que ce n’est pas « chez nous ». Aller dans l’eau en PMT (palme masque tuba) n’est pas anodin, et cela ne s’improvise pas.

Le premier paramètre le plus important est de plonger dans de l ‘eau claire, pas si facile à trouver mais si du bord de l’eau vous voyez très bien le fond à au moins deux mètres de profondeur vous pouvez tenter une immersion avec PMT.

Le snorkeling est le début de cette pratique. Un masque, un tuba, des petites palmes et une petite combinaison (3mm en été en eau à plus de 20 degrés) sont les outils essentiels pour débuter. La combi néoprène sert de flotteur et permet de ne pas bouger en surface pour observer, car chaque geste fait fuir le poisson. Il faut donc être immobile comme un tronc flottant si on veut espérer voir un poisson, et c’est ça le plus dur… 

Même la truite peut s’observer sous l’eau facilement… si l’on n’est pas frileux.
Même la truite peut s’observer sous l’eau facilement… si l’on n’est pas frileux.

Si l’on veut aller plus loin et descendre un peu dans les profondeurs, il faut impérativement le faire avec une personne qui a de l’expérience, ou débuter dans un club. Il y en a dans toutes les grandes villes, cela ne doit pas vous rebuter, c’est la voie normale et obligatoire car les dangers de l’eau sont malheureusement trop souvent des dangers mortels.

Ainsi une bonne formation et des entraînements sont obligatoires pour tout débutant, même si vous savez bien nager. 

La plongée c’est autre chose, Valsalva et la pression, c’est à étudier …

Formateur diplomé

Si vous êtes expérimenté et que vous avez déjà pratiqué l’apnée en mer, dites-vous que l’eau douce est très différente et bien plus traîtresse. Troncs, herbiers et courants impliquent une sécurité basée sur l’observation. On ne descend pas au milieu d’arbres morts comme l’on coule dans le grand bleu.

On ne fait pas d’apnées dans le courant comme on s’amuse dans les vagues de l’océan. Tout est réduit en volume et en options, il est parfois impossible de remonter là où l’on se trouve en fin d’apnée et il faut faire demi-tour et passer par là ou l’on est descendu. Souvent l’eau s’est chargée en limon suite à votre premier passage et les dangers sont alors cachés.

Pour décrire toutes les aptitudes, connaissances et tous les apprentissages de la plongée apnée en eau douce, il faudrait des centaines de pages. C’est pour cela qu’un formateur diplômé est indispensable, pour connaître les dangers et il faut un entraînement physique pour connaître et maîtriser ses propres limites.

La plongée bouteille ne convient que dans certains endroits : carrières, gravières, grands lacs, et là aussi c’est une affaire de professionnels pour cerner tous les tenants et aboutissants de cette pratique encore bien plus complexe que l’apnée.

Au milieu du groupe de silures, un albinos apparait comme un fantôme !
Au milieu du groupe de silures, un albinos apparait comme un fantôme !


Pour débuter, les bons conseils

Les bases pour les débutants en snorkeling (palmes facultatives)  

  • Pratiquez sous la surveillance d’un tiers capable de vous aider immédiatement en cas de problème,
  • Trouvez un spot avec de l’eau claire, sans courant, et avec une zone libre sans obstacles, proche d’herbiers ou d’un arbre tombé dans l’eau,
  • Avant d’aller dans l’eau observez les obstacles longuement pour comprendre leur orientation et leur complexité,
  • Vous équiper d’une combi shorti 3mm en eau chaude ou plus épaisse si l’eau est en-dessous de 20 degrés, ou si pas de combi avoir des chaussures flottantes et mettre un short avec dans ses poches une petite bouteille d’eau vide de chaque côté, ou bien s’équiper d’une bouée,
  • Si vous n’avez jamais utilisé un tuba, prenez le temps de vous y habituer hors de l’eau (ou testez dans une piscine) puis immergez-vous, les mains au fond dans 40 cm d’eau. Le but est de comprendre à quelle profondeur votre tête peut aller avant que le tube ne se remplisse. C’est aussi très important de respirer lentement, en quelques minutes l’apprentissage se fait. C’est très facile en restant concentré et calme.
  • Entrez dans l’eau lentement, progressivement, sans faire de bruit et calez-vous en surface proche d’un herbier ou d’un arbre tombé,
  • Une fois dans l’eau, cherchez l’immobilité flottante (ne pas bouger les pieds et les mains) et l’équilibre pour ne pas faire fuir les poissons. Vous pouvez aussi poser la pointe des palmes ou vos mains/orteils sur la berge (de préférence sur la berge ombragée pour avoir stabilité et confort. De plus, le contraste lumière/ombre vous cache à la vue des poissons qui sont dans la zone lumineuse,
  • Profitez du moment présent dans la sécurité et ne jamais forcer, si vous forcez sur quoi que ce soit c’est que vous vous y prenez mal,
  • Si vous ne voyez aucun poisson, nagez doucement, en brasse (jamais de crawl) pour trouver un endroit où potentiellement il peut y en avoir. Explorez depuis la surface en regardant dessous mais aussi devant vous et sur les côtés. Il faut en permanence tourner la tête lentement dans tous les sens car le masque réduit le champ de vision naturel,
  • Ne paniquez pas si un gros poisson vient vous voir. Une carpe ou un silure c’est impressionnant mais c’est inoffensif. Restez maître de vos réactions est très important. Si un poisson vient vers vous c’est que vous avez réussi à susciter la curiosité par votre immobilisme, c’est gagné !
  • Evitez de boire la tasse si votre tuba prend l’eau c’est important aussi et à la sortie de l’eau mettez dans vos oreilles de l’alcool boriqué, en pharmacie c’est pas cher et ça évite les otites fréquentes en eau douce.
Un joli mélange d’espèces…
Un joli mélange d’espèces…

Les eaux chaudes de la période estivale invitent à la baignade et offrent l’opportunité de pratiquer le snorkeling et la plongée apnée. Découverte et plaisir incomparables, une fois que vous aurez vu quelques poissons. vous vous sentirez à l’aise dans l’eau, vous serez sûrement captivé, capturé par les poissons, émerveillé et vous y retournerez certainement. L’eau est un élément qui rend accro, alors sachez en profiter en toute sécurité ! 


Philippe Carrière et le Salagou :


Pêcheur et plongeur subaquatique, Philippe Carrière explore les eaux douces « de l’autre côté du miroir » et en tire de magnifiques images ainsi qu’une fine connaissance de la faune aquatique. Il a également fondé l’association Animagou, qu’il préside, qui œuvre au nettoyage des cours d’eau et à la préservation de la biodiversité (https://animagou.perspicax.com/). Son terrain de jeu favori est le fameux lac du Salagou, près de Montpellier, aux décors de Western et aux eaux limpides. Un lac bien connu des pêcheurs de carnassiers et particulièrement difficile à pêcher.

Retrouvez le sommaire du n° 970 : https://peche-poissons.com/actualites/970-aout-2026-peches-de-vacances/

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