interview de Marc Delacoste
La pêche au toc fait partie des techniques les plus pratiquées pour débuter sa saison truite. C’est notamment le choix de Marc Delacoste, qui nous explique pourquoi et surtout comment il fera son ouverture au toc.

La pêche et les poissons (P&P) :
Marc, on ne te présente plus, nos lecteurs te connaissent bien puisque tu as longtemps écrit dans La Pêche et les Poissons. On connait ta passion pour la pêche de la truite, et nous avons voulu savoir comment tu allais faire ton ouverture dans quelques jours.
Marc Delacoste :
Même si je pratique toutes les techniques truites et que j’aurai une canne à mouche avec moi en cas d’éclosion en milieu de journée, je ferai très certainement mon ouverture au toc.
Je trouve en effet que cette technique présente beaucoup d’avantages pour réussir nos premières parties de pêche de la saison. Un de ses points forts est en effet sa capacité à s’adapter à des conditions variées et notamment à celles les plus fréquemment rencontrées à l’ouverture.
Bien sûr, on me rétorquera que toutes les techniques peuvent s’adapter, mais plus ou moins et la plupart perdent beaucoup en efficacité dans certaines conditions, même en essayant de s’y adapter. Le toc au contraire, conserve une bonne efficacité dans la plupart des conditions possibles à l’ouverture. En faisant varier sa plombée, ses appâts et la façon de prospecter, on parvient à rester efficace par eau forte comme par eau basse, et même dans l’eau très froide ou teintée qui pénalise de nombreuses techniques en début de saison.
Voila pourquoi le toc est une valeur sûre pour réussir son ouverture, et que ce sera certainement mon choix.
P&P :
Question adaptation justement, quelles sont les règles et les grandes lignes à suivre ?
Marc Delacoste :
Elles sont simples et dépendent à la fois du débit et de la température de l’eau. Pour faire simple, plus le niveau est fort et plus il faut pêcher lourd et utiliser des appâts de belles tailles. Et inversement. De même, plus l’eau est froide et plus il faut alourdir pour pêcher près du fond et faire évoluer lentement son appât. Mais une fois qu’on a dit ça, il faut tout de suite parler des nuances.
On peut en effet utiliser un appât assez gros avec une plombée légère dans des eaux basses. Tout comme il n’est pas absolument nécessaire d’utiliser des plombées très lourdes dans les eaux fortes, car les truites actives dans ces conditions peuvent se poster dans des courants assez lents qui se prospectent bien avec des plombées moyennes à légères.
Il faut donc comme toujours pêcher avec sa tête, réfléchir et constamment analyser nos résultats, pour toujours essayer de trouver ce qu’on peut changer pour les améliorer. Changer de montage, d’appât, de type de prospection, de parcours, tout cela peut transformer une partie de pêche mal engagée en un beau succès, qui n’en a que plus de saveur lorsqu’on a trouvé la clé.

P&P :
Tu as parlé de type de prospection. Que veux-tu dire précisément ?
Marc Delacoste :
Le type de prospection est un point déterminant pour la réussite. Cela comprend à la fois la façon de présenter son appât mais aussi les postes qu’on choisit ou non de prospecter. En début de saison, on sait que les truites sont souvent « mollassonnes », voire apathiques au sortir de l’hiver. Et c’est d’autant plus vrai que l’eau est froide. Dans ces conditions, tout ce qui évolue trop rapidement ou dérive trop loin du fond sera dédaigné. Il faut donc tout faire pour que notre appât évolue à la fois lentement et au plus près du fond. On y parvient par le choix du montage bien sûr, mais aussi par la façon de conduire sa ligne (tension appliquée à la bannière et angle qu’elle forme avec la surface notamment) ce qui est tout aussi important.
Enfin, un dernier point à prendre en compte est le niveau d’insistance. Lorsque les conditions sont difficiles, particulièrement avec des eaux froides, il est souvent judicieux d’insister, à minima dans les postes les plus favorables, car les truites peuvent mettre un peu de temps à se décider ou être si peu mobiles qu’il faut plusieurs passages pour réussir celui qui va présenter exactement au bon endroit et de la bonne façon, et finalement déclencher la touche. Ca peut se jouer à quelques centimètres !
P&P :
Et concernant les postes ?
Marc Delacoste :
C’est là encore un point très important. On sait que la truite peut potentiellement en occuper beaucoup et de très différents. Mais attention, tous ne sont pas forcément bons en début de saison car une bonne partie ne correspondent pas aux exigences des farios au sortir de l’hiver. Les prospecter ne sert donc à rien, sinon à perdre du temps. Au contraire, concentrer sa prospection sur les postes de saison, c’est-à-dire à cette période de l’année ceux qui ne sont ni trop rapides, ni trop turbulents et avec un minimum de profondeur, permet de couvrir plus de terrain en étant plus efficace. Et au final, ça fait souvent une grosse différence en nombre de touches ! Là aussi, c’est avec la tête qu’on pêche le mieux. Car il arrive également que les conditions de pêche soient clémentes et que les truites se nourrissent dans des postes plus variés que lorsque les conditions sont difficiles et les eaux froides. Il faut donc savoir faire la part des choses et s’adapter aux conditions du moment en élargissant ou restreignant le panel de postes prospectés. Et ça, c’est au bord de l’eau et en essayant qu’on parvient à l’ajuster.

P&P :
Côté appâts maintenant, quels sont tes choix ?
Marc Delacoste :
Du classique ! C’est l’ouverture, les conditions sont souvent difficiles, il faut miser sur des valeurs sûres. Le ver est donc le premier choix, par son volume qui stimule les truites et sa densité élevée qui le fait évoluer naturellement près du fond. Ensuite, il faut savoir quel ver.
Mais c’est moins une question d’espèce que de taille et de volume. Les vers de berge ou de terreau ont souvent une taille moyenne qui convient bien à de nombreuses conditions. Ce sont deux très bons choix par eaux basses ou par niveaux moyens, avec une préférence pour le ver de berge, plus ferme et qui tient donc mieux à l’hameçon.
Si les débits sont forts en revanche, les dendros peuvent être intéressants car plus gros. C’est aussi un bon choix pour pêcher les grandes rivières. Ensuite, j’aime bien avoir des teignes. C’est un appât clair, avec un signal différent, et qui est surtout moins dense et évolue donc un peu plus au-dessus du fond. C’est important par eaux basses ou en milieu de journée, lorsqu’une éclosion installe les truites sur des nymphes qui dérivent.
Mais il faut éviter les larves trop grosses, un des problèmes de la teigne aujourd’hui. Enfin, pour les mêmes conditions, il peut être intéressant d’avoir des nymphes artificielles, surtout lorsqu’on pêche en rivière. A cette saison, je les préfère de taille moyenne à grosse (H12 à 14) et avec un corps ébouriffé afin d’améliorer la portance dans des courants moyens.

P&P :
Tu évoquais la capacité du toc à s’adapter à différents types de parcours. Peux-tu développer ce point ?
Marc Delacoste :
Beaucoup voient encore le toc comme une technique pour pêcher en ruisseau ou en petites rivières. C’est vrai que dans ces parcours, le toc n’a pas beaucoup de rival en termes d’efficacité, surtout en début de saison. Mais cette technique est beaucoup plus polyvalente qu’on ne le pense généralement et elle peut s’adapter à tous les parcours à condition qu’il y ait suffisamment de courants porteurs. C’est même la technique la plus efficace en rivière en début de saison si les niveaux sont bas.
Ces parcours se pêchent évidemment en dérive naturelle, avec des montages et un matériel adapté, notamment la longueur des cannes, qui doit être proportionnée à la largeur du parcours et donc être assez longue dans les rivières très larges (4,20 m ou plus). En ruisseau ou petite rivière en revanche, on peut utiliser des cannes plus courtes (3,60 à 3,30 m), plus maniables et bien plus agréables.
P&P :
Et toi, sais du déjà où et dans quel parcours tu feras l’ouverture ?
Marc Delacoste :
Oui et non. Ce sera dans les Pyrénées c’est sûr. J’ai la chance d’y vivre, avec une bonne densité de rivières à portée de canne. Et surtout des rivières variées, qui constituent un formidable « terrain de jeu ». J’attendrai donc le dernier moment pour choisir, en fonction des conditions, des niveaux, de la météo et particulièrement de la température, qui sont autant de critères à prendre en compte pour choisir un parcours « en ordre ». C’est primordial.
Ensuite, l’ouverture dure deux jours et se fait en plusieurs temps. Il y a le samedi, avec beaucoup de monde, surtout le matin. Je déteste pêcher dans « la foule ». Ma principale préoccupation consiste donc à trouver un parcours qui soit à la fois en ordre et « tranquille », ce qui n’est pas simple. Le dimanche en revanche, les berges sont déjà plus calmes.
Les possibilités sont donc plus nombreuses et si les conditions sont réunies, je choisirai sans doute une grande rivière, pour tenter d’y prendre une belle truite, voire plusieurs si affinités !
P&P :
Pour finir, as-tu un truc ou une astuce particulière pour l’ouverture ?
Marc Delacoste :
Pas vraiment de trucs ou d’astuces. Mais simplement faire preuve de bon sens et bien appliquer les principes de base : cibler les parcours offrant de bonnes conditions et éviter ceux qui ne sont pas en ordre, même s’ils sont très bien peuplés.
Pêcher en étant concentré, insister suffisamment mais savoir changer si les résultats ne sont pas là, notamment de parcours car ça peut faire une grosse différence. Anticiper l’affluence de certains parcours pour ces deux journées particulières et ne pas hésiter à délaisser les meilleurs parcours s’ils sont trop fréquentés, ce qui est souvent le cas.
Et surtout, pêcher en milieu de journée, de midi à 15 h. C’est le meilleur créneau en début de saison et c’est souvent là que se fait la pêche. Bien sûr, ça veut dire faire l’impasse sur le « casse-croûte » du midi. Lorsque l’ouverture est avant tout un rendez-vous entre amis, ce créneau est réservé à un moment festif et convivial et c’est un choix assumé.
Mais sinon, il faut absolument être au bord de l’eau, en action de pêche, car les truites sont souvent à table elles aussi !

MES MONTAGES POUR L’OUVERTURE
Selon le type de parcours pêché pour l’ouverture, j’utilise un matériel et des montages différents afin de m’adapter à leurs caractéristiques et d’être efficace dans chacun. Voici les principaux :
Ruisseaux, torrents et petites rivières
Une plombée compacte et rapide pour bien prospecter les postes de petites tailles des ruisseaux, torrents et petites rivières. Je l’utilise souvent avec une canne de 3,30 m à 3,60 m d’action de pointe.


Rivières
Une plombée évolutive par la taille et le nombre de plombs, qui permet de bien prospecter les postes variés offerts par les rivières moyennes en début de saison. Je la couple à une canne de 3,80 m à 3,90 m, d’action moyenne ou de pointe.


Grandes rivières
Un montage toc-nymphe à 2 nymphes, très intéressant en grandes rivières par eaux claires, particulièrement en milieu de journée. Je l’utilise avec une canne de 3,70 m à 3,80 m d’action douce et progressive. Le diamètre du bas de ligne dépend de la taille des truites présentes.


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