Pêche des poissons blancs aux leurres en ultra-léger en rivière

Poissons blancs : En mode leurre !

Pourquoi pêcher les poissons blancs aux leurres ?

Parmi les cyprinidés, deux espèces sont régulièrement recherchées par les leurristes : l’aspe et le chevesne, connus pour leur comportement « carnassier ». La diversification des leurres a progressivement ouvert la voie à la pêche d’autres poissons blancs. Les micro-souples en représentent aujourd’hui l’aboutissement et élargissent encore le champ des possibles. Thierry, notre spécialiste ultra-léger, qui connaît parfaitement les cyprinidés pour les avoir pêchés plus de 30 ans en compétition au coup, nous livre ses conseils.

Il convient d’abord de rappeler au lecteur sceptique que la plupart des poissons blancs sont omnivores et donc susceptibles d’être capturés, occasionnellement ou régulièrement, aux leurres. Deux raisons peuvent motiver cette approche : le défi technique et la curiosité d’employer une méthode qui ne leur est pas spécifiquement destinée, ainsi que la volonté de diversifier les prises lorsque les carnassiers traditionnels se font rares ou peu actifs.

Chaque espèce de cyprinidés possède ses particularités, mais leur point commun réside dans un faible instinct de poursuite, qui impose de présenter l’imitation au plus près du poisson pour déclencher la touche. Les leurres souples, souvent miniaturisés, sont généralement plus adaptés que des leurres durs, par définition plus agressifs. Cette pêche dépend aussi fortement de l’activité des poissons, nettement plus marquée à la belle saison.

Dans la plupart des situations, elle prend tout son sens en eaux claires, lorsque les poissons peuvent être repérés et sollicités à vue, condition déterminante pour déclencher l’attaque. Cette approche repose sur une pêche fine et technique, avec un matériel proche de celui de la truite. Le chevesne et l’aspe ont été volontairement écartés de ce propos, ces espèces étant déjà bien établies dans la pêche aux leurres et largement traitées dans notre rubrique carnassier.

« le faible instinct de poursuite impose de présenter l’imitation au plus près du poisson »

Poissons blancs aux leurres : les espèces qui ont tendance à monter

À l’image du chevesne, deux espèces se révèlent particulièrement intéressantes à traquer pour leur propension à s’emparer d’un leurre par curiosité et opportunisme, au bruit de l’impact en surface ou juste sous la pellicule.

Le rotengle

Rotengle pris aux leurres, l'un des poissons blancs les plus joueurs en surface
Le rotengle figure parmi les poissons blancs les plus accessibles aux leurres : un individu de 25 cm constitue déjà une belle prise.

Souvent confondu avec le gardon, y compris par des pêcheurs aguerris, le rotengle n’adopte pourtant pas le même comportement alimentaire que son proche cousin, et c’est là tout son intérêt. Lorsqu’il est sauvage – les populations d’étangs étant souvent issues d’empoissonnements – il fréquente volontiers la surface et patrouille près des rives et de la végétation, ce qui le rend facile à repérer du bord. Comptant parmi les poissons d’eau douce les plus herbivores, il conserve néanmoins un comportement insectivore et volontiers gobeur en surface.

C’est précisément cette association entre activité de surface et opportunisme alimentaire qui rend l’espèce particulièrement intéressante à traquer aux leurres. De taille modeste, un individu de 25 cm constitue déjà une belle prise. Sa pêche impose de très petites imitations, n’excédant pas 4 cm (voire de simples bouts de leurre). Elles se montent sur un bas de ligne fin de 10 à 14/100, avec des hameçons de 12 à 16 : c’est de l’XUL !

Dans ces conditions, le rotengle se montre joueur : il réagit bien au « ploc » de l’impact et se saisit rapidement d’une imitation d’insecte ou d’un grain de maïs, lesté ou non. Souvent moins méfiant que le chevesne, il permet même d’enchaîner plusieurs captures au sein d’un même banc.

3 bons leurres : Woodlouse 3 cm (Illex), Pupa 2 cm (Fishup), Floating Corn 1,2 cm (Berkley)

L’ide mélanote

Ide mélanote capturé aux leurres, un des poissons blancs de rivière les plus combatifs
L’ide atteint couramment 30 cm.

La pêche de l’ide aux leurres se rapproche beaucoup de celle du chevesne, tant par son comportement que par les techniques employées, et il se montre plus endurant au combat. Son principal inconvénient pour le pêcheur français reste sa présence plus discrète dans nos rivières, où il demeure bien moins répandu que le chevesne. Proche du gardon, de la vandoise et du chevesne par son allure générale, il s’en distingue notamment par ses écailles nettement plus petites. L’ide atteint couramment 30 cm et les individus de 40 à 45 cm sont réguliers.

Poisson de rivière, il présente un régime omnivore à tendance carnivore, avec de nombreux insectes en surface et, chez les plus gros sujets, de petits poissons. Sa pêche aux leurres, que j’ai la chance de bien connaître dans la région lyonnaise où l’espèce est régulièrement présente, reste très comparable à celle du chevesne, les deux espèces partageant parfois les mêmes postes. Elle consiste le plus souvent à pêcher à vue en surface avec des imitations flottantes, souples ou dures, ou avec de petits poissons nageurs évoluant dans la couche superficielle, auxquels il réagit très bien, souvent avec une agressivité marquée.

3 bons leurres : Notobug 2,2 cm (Sakura), Tiny Fry 3,8 cm (Illex), CRKSR 4 cm (Caperlan)

« Cette pêche ne prend réellement sens qu’à vue, en eaux claires »

À lire aussi : avant de vous attaquer aux poissons blancs aux leurres, révisez la pêche du chevesne aux leurres en surface.

Poissons blancs aux leurres : les espèces « fouilleuses »

Ces poissons à barbillons se nourrissent au fond en recherchant invertébrés et larves dans le substrat. Lorsqu’ils sont visibles et en activité, souvent repérables à un léger nuage de particules, l’objectif est alors de leur présenter une petite friandise dans l’axe de leur trajectoire pour provoquer… l’attaque – ou plutôt l’engamage.

Le barbeau

Barbeau pêché aux leurres souples, le plus sportif des poissons blancs en ultra-léger
Jusqu’à 70 cm pour les plus gros sujets : sur du matériel UL, le barbeau procure de belles sensations.

Avec le chevesne, dont il partage parfois les mêmes secteurs en 1ère ou 2e catégorie, le barbeau est l’un des cyprinidés les plus intéressants à pêcher aux leurres. Il peut atteindre de belles tailles, jusqu’à 70 cm pour les plus gros sujets, et sa défense remarquable procure, sur du matériel UL, de belles sensations. Sa pêche est la plus facile au printemps, en petite ou moyenne rivière, dans des eaux claires.

Le barbeau est assez simple à repérer : il affectionne les fonds caillouteux et se tient le plus souvent plaqué sur le fond, avec une silhouette caractéristique, plus large à l’avant du corps. On utilisera principalement de petits leurres souples de 3 à 6 cm : teignes, shads, finess, écrevisses ou worms, montés sur des têtes plombées de 1 à 7 g. Privilégiez les coloris naturels, comme le crème ou le marron. Le micro-jig avec trailer est aussi une bonne option.

La présentation du leurre est essentielle, car le barbeau se déplace peu pour saisir une proie. Une fois le poisson repéré, évitez de lancer directement sur lui car il est craintif. Lancez en amont, puis réalisez une dérive contrôlée. Le leurre doit arriver au fond en amont du poisson. Il faut éviter de trop cisailler les veines d’eau et passer au plus près du poisson, c’est un peu comme de la pêche au toc en dérive naturelle.

3 bons leurres : Rockvibe 3 et 5 cm (Reins), Real Craw 3,6 cm (Fishup), Beebait 3 cm (Mr. Trout)

La carpe et la tanche

Tanche capturée au leurre souple en petite rivière de plaine
La tanche est généralement un peu plus facile à capturer, car elle peut attaquer à la descente.

Les témoignages de carpes ou de tanches prises – et non harponnées – par des pêcheurs de carnassiers ne sont pas rares et montrent qu’elles sont prenables aux leurres. Les cibler spécifiquement reste toutefois difficile et demande de mettre toutes les chances de son côté. Ce sont des poissons fouilleurs et bulleurs que l’on pourrait, en théorie, pêcher en eaux troubles. En pratique, c’est presque mission impossible : on ne voit pas la bouche du poisson, alors que la prise se fait le plus souvent à l’aspiration, en anticipant sa trajectoire.

Cette pêche prend donc tout son sens en eaux très claires, typiquement en gravière ou en petite rivière de plaine plus qu’en étang. La tanche est généralement un peu plus facile à capturer, car elle peut attaquer à la descente, ce qui est plus rare chez la carpe. Ces deux espèces étant encore moins « carnassières » que le barbeau, il vaut mieux privilégier les leurres souples non pisciformes, notamment les petits vers, même si les mini shads peuvent aussi fonctionner.

Il faut savoir parfois pêcher très léger, sous le gramme. Les animations doivent être minimalistes et ne sont pas toujours indispensables : un leurre immobile peut être aspiré s’il se trouve sur la trajectoire du poisson, en particulier par les grosses carpes, véritables « aspirateurs ». Sur du matériel ultra léger, le combat avec une carpe ou une grosse tanche piquée près des herbiers est très sportif, et rien n’est jamais gagné d’avance.

Carpe prise aux leurres souples en gravière, l'un des poissons blancs les plus difficiles à cibler
En eaux très claires, la carpe est prenable aux leurres.

3 bons leurres : Power Nymph 2,5 cm (Berkley), ARW Worm 5 cm (Fishup), Mini Power Isome 4,5 cm (Marukyu)

L’attractant, un vrai plus pour les poissons blancs aux leurres

Fervent partisan des attractants pour les farios, je suis aussi convaincu de leur efficacité sur les cyprinidés. Ceux-ci se saisissent souvent du leurre plus lentement que les carnassiers. L’aspect gluant ou olfactif peut alors faire la différence, aussi bien sur les poissons fouilleurs à barbillons qu’en surface, où la tenue en gueule est améliorée, facilitant le ferrage. Les pêcheurs au coup connaissent bien, par exemple, l’appétence du barbeau pour les esches odorantes – une évidence dont les pêcheurs aux leurres peuvent s’inspirer. Un attractant pâteux peut aussi améliorer la flottaison des très petits leurres de surface.

Attractant appliqué sur un micro leurre souple pour les poissons blancs
Un attractant pâteux peut aussi améliorer la flottaison des très petits leurres de surface.

Des montages alternatifs pour les poissons blancs

Pour les leurres souples, le montage classique avec une tête plombée reste le plus simple à utiliser, mais d’autres types de montages, bien connus des amateurs de street fishing, sont également très intéressants pour les cyprinidés. Le montage cheburashka apporte plus de souplesse et se prête bien aux petits leurres comme aux animations minimalistes. Le neko rig, qui consiste à lester un petit worm à une extrémité, est lui aussi intéressant pour les poissons à barbillons. Enfin, le montage consistant à pincer une chevrotine sur le fil, avant un micro souple monté sur un hameçon (parfois appelé slip shot), est aussi simple qu’efficace pour les petites créatures : le poids est décalé et le leurre est très léger.

Schéma des montages cheburashka, neko rig et slip shot pour les poissons blancs aux leurres

Et les autres poissons blancs aux leurres ?

Le corps principal de cet article met en avant les cyprinidés les plus « faciles » à prendre aux leurres. Toutefois, les amateurs d’ultra-léger les plus acharnés pourront aussi capturer d’autres espèces. Le carassin et la brème se pêchent de manière proche de la carpe et de la tanche, mais leur défense est moins vigoureuse. Le gardon ou la vandoise se montrent moins opportunistes et curieux que le rotengle ou le chevesne, mais ils peuvent se laisser tenter par une petite imitation de teigne ou d’asticot. Enfin, le hotu, principalement algivore à l’âge adulte, reste une espèce très difficile à capturer au leurre.

Assortiment de micro leurres souples pour les poissons blancs aux leurres
Voici un assortiment de petits leurres souples parfaitement adaptés aux cyprinidés : teignes, worms, petites écrevisses, larves, créatures …

Pour aller plus loin sur les poissons blancs aux leurres : les 6 leurres indispensables à chevesnela pêche de l’aspe au leurre souple et l’option ultra-léger en été.

Texte et photos : Thierry Bruand. Article publié dans La Pêche et les Poissons.

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