C’est simple, je ne connais pas un pêcheur qui sache réellement rester calme la première fois devant un tel spectacle ! Une pêche de barjo qui mêle adrénaline et courbatures. Préparez-vous, cet été, l’exo est à vos portes, alors profitez-en pour faire le plein de sensations fortes.
Par Guillaume Barla
Une pêche qui a le vent en poupe !
Au cœur de nombreux débats, la pêche du thon rouge subit une réglementation drastique depuis les années 2000. Entre les pros, les plaisanciers et les navires usine, le dialogue est difficile, mais les faits sont là. Les densités de population repartent à la hausse, sur les côtes françaises et européennes. Les études scientifiques des populations de cette espèce clef sont nombreuses, avec chaque année, avec la participation des clubs de pêche, mettant en place des campagnes de marquage, avec des balises GPS ou simplement des tags numérotés. Ces efforts ne sont pas vains, car la tendance est à une hausse générale des populations, et de nombreux pêcheurs se mettent à rechercher ce poisson magique.
Les habitués le confirmeront, le thon n’a que peu d’égal en termes de puissance et chaque combat est explosif. Sous le soleil de l’été, c’est une pêche parfaite pour déconnecter complètement et s’offrir un moment unique de pêche exotique tout en restant en France. Par chance, c’est un poisson présent sur tous nos littoraux, de la Manche à la Méditerranée, en passant par l’océan Atlantique. Les vacances estivales près des côtes seront donc l’occasion de goûter à cette pêche incroyable et brutale, avec des poissons de plusieurs dizaines de kilos parfois.

Un poisson, des mondes parallèles
Le thon est considéré comme un grand migrateur. La population de thon rouge qui nous intéressera est celle de l’Atlantique Est, différenciée de celle des côtes américaines. Pour être précis, cette population est celle qui s’étend à l’est du Maroc jusqu’à l’arctique, au nord de la Norvège, en passant par tout le bassin méditerranéen. Si sa répartition commence à être très bien connue, il faut retenir pour nous, que le thon se reproduit et grandit principalement en Méditerranée dans des eaux chaudes, puis se nourrit et grossit largement en Atlantique dans des eaux plus fraîches à la recherche des poissons très gras.
Sans entrer dans les détails, nous pouvons constater différents comportements, explicables en se basant sur l’étude des courants marins ainsi que sur les routes migratoires. Le bassin méditerranéen et le sud-ouest de la France sont l’occasion de pêcher les rouges, près des côtes. C’est-à-dire en côtier, dans les 6 milles de la côte. Bien évidemment, nous retrouvons de larges populations en hauturier, mais ces régions sont connues pour avoir des passages de thons très proches. Il n’est pas rare de voir des chasses de thons rouges depuis la plage et certains osent même les tenter en shore jigging en hiver. Pour en revenir à la pêche côtière, cela permet de tenter cette espèce sans avoir à naviguer des heures et est abordable, donc, à bien plus de pêcheurs. Évidemment, ce ne sont que des estimations mais nos amis bretons parcourent souvent plus de 20 milles avant de trouver les poissons, alors qu’en méditerranée, certains les tentent en kayak. Une différence majeure si l’on souhaite s’initier à cette pêche avec notre propre bateau. Cependant, la taille varie beaucoup, avec des sujets plus petits en Méditerranée et sud-ouest entre 5 kg et 60 kg sur chasse en moyenne, alors que la Bretagne offre des poissons à plus de 200 kg chaque année.

La fleur au fusil
Plus globalement, pêcher le thon rouge ne s’improvise pas. Déjà car la réglementation est extrêmement stricte. Pêcher en no-kill nécessite une autorisation préfectorale qui se demande avant l’ouverture, début juin, uniquement. Je ne conseille pas de jouer, les affaires maritimes veillent au grain et contrôlent régulièrement. De plus, le matériel doit être adapté et le bateau fiable pour beaucoup naviguer. Il n’y a pas de règle, pour un ensemble spinning, il faut l’adapter à la taille des poissons présents et à leur forme. En effet, un poisson de 25 kg est bien plus combatif dans une eau à 18 °C, qu’un poisson de 60 kg dans l’eau à 25 °C, qui s’épuisera extrêmement vite. Les ensembles spinning 50-80 lbs sont certainement les plus courants. Il est aussi possible de pêcher en 30 lbs, sur des petits spécimens ou lorsque l’eau est chaude. Enfin, si les poissons dépassent les 80 kg, le 130 lbs exo prend tout son sens pour éviter de faire durer le combat.
Si cela ne s’improvise pas, c’est aussi le cas pour trouver les chasses de thons. D’une journée à l’autre, le banc peut avoir disparu, ou être localisé de l’autre côté du département. Cela est principalement lié aux courants marins et à la localisation de la mange, ainsi que les vents et aux fleuves. Il est impératif de connaître sa zone de pêche. Pour les locaux, il « suffit » de passer du temps sur l’eau et de comprendre l’impact des conditions climatiques. Pour les novices ou les non-initiés, le conseil est de se rapprocher d’un guide de pêche ou une personne sachant pêcher le thon.
A l’attaque !
Pour en revenir aux chasses, c’est de la bombe ! Peu de pêches proposent de telles sensations. Il s’agit simplement de thons chassant près de la surface, des bancs de mange, remontés pour se nourrir de plancton au soleil. Là où cela devient impressionnant, est le moment où le thon chasse, traversant la surface et éclaboussant de toutes parts. Les anchois et sardines sont éparpillés, et volent à la surface. Les nombreuses écailles en suspension sont souvent la preuve du carnage qui a lieu. La difficulté est que ces chasses sont relativement courtes. Pouvant durer seulement quelques secondes, il faudra être à l’affût. Finalement, sur une journée nous passons plus de temps à scruter l’horizon et à s’user les yeux à chercher une chasse, qu’à lancer. Les chasses portent bien leur nom, il s’agit de prendre son mal en patience pour traquer la présence de ces géants.

« Là-bas, à 500 m, 11h ! », « Ok vu je mets les gaz ! ». Voilà c’est parti, après de longues minutes de recherches, les premières chasses pointent le bout de leur nez. Les pêcheurs sont prêts et les freins réglés. Pourtant, arrivé sur la chasse, c’est la panique, il y a des thons de plusieurs dizaines de kilos qui sautent partout et les pêcheurs perdent souvent leur sang-froid. Il faut dire que cette pêche réduit l’espérance de vie, tellement le stress et l’adrénaline sont importants. C’est bien cela que nous venons chercher. Un moment de frissons hors du temps.
L’approche de la chasse doit être méthodique. L’idéal est d’avoir le vent dans le dos pour dériver vers la chasse et lancer en plein bouillon. Si cette chasse se déplace, anticipez légèrement et coupez-lui la route avec votre leurre en lançant de manière à couper la trajectoire du banc. Cela est primordial et nécessite une analyse et un sang-froid important. Chose très basique en absolue, lancer proprement, devient plus délicat dans la précipitation et avec un matériel lourd.
C’est l’heure du duel !
Pour commencer, essayez de pêcher simple avec des jigs qui se lancent facilement et visez le cœur du bouillon, c’est-à-dire là où le banc de mange est serré et où la densité de thons en chasse est la plus importante. La densité du jig permet un lancer précis. Cependant, c’est la taille de la mange et la profondeur de chasse qui déterminent souvent le leurre. Le jig est relativement passe-partout. Il y a aussi les lipless plombés qui sont relativement efficaces pour maximiser le temps sur la chasse. Pour des chasses, où les poissons sont légèrement sous la pellicule d’eau, les leurres souples spécifiques sont ultra efficaces. Enfin, le popper est un leurre magique. Lorsque les poissons sont éparpillés ou simplement que la chasse se calme, le bruit de ces leurres permet de déclencher des touches fantastiques ! Imaginez-vous un popper de 150 mm totalement englouti à 15 m du bateau, sous vos yeux, par un thon ouvrant une gueule énorme. C’est magique et sans comparaison possible. Des actions qui font largement rêver, tous les pêcheurs.

Quant au combat, sans dénigrer les pêcheurs de carnassiers de brochet ou de gros silures, ceux-là n’ont rien à voir en termes de brutalité. Même avec un matériel adapté, cela peut durer de longues minutes, voire des heures. Le baudrier est d’une aide précieuse et permet de pêcher plus longtemps. Dès la touche il faut ferrer puis laisser faire. 10 m, 30 m, 50 m, 100 m, 200 m, aucune limite… le premier rush du thon ne se bride pas, il faut le laisser faire et selon la profondeur, il faudra même suivre le poisson avec le bateau. S’en suit une longue période de « à toi, à moi » où le bras de fer commence pour gagner de la ligne, mètre après mètre. Essayez tout de même de réduire la durée du combat, pour les laisser repartir en bonne santé.

La pêche en elle-même n’est pas très difficile, mais nécessite de solides connaissances de l’espèce, de son secteur de pêche, un matériel et un bateau adaptés. Rapprochez-vous d’un professionnel pour vous initier ou simplement vous offrir une sortie pendant les vacances.
Finalement, le plus gros inconvénient de cette pêche est son côté addictif et les courbatures, mais je ne connais pas un pêcheur qui n’aime pas l’adrénaline procurée et qui ne rêve pas d’y revenir !

Réglementation

La réglementation est très stricte pour cette espèce et les amendes sont très salées en cas de braconnage. Nous parlons de plusieurs milliers d’euros. C’est donc une pêche de passionnés, pour s’équiper et prévoir sa pêche à l’avance ! Le minimum à retenir en termes de règlementation est donc la mise en place d’une période d’ouverture de juin à mi-novembre et que le bateau doit être enregistré avec une autorisation préfectorale pour avoir le droit au no-kill. Se rapprocher et adhérer à un club de pêche peut largement aider dans les démarches et potentiellement obtenir une bague.
Sélection de leurres
Feed popper 120/150 de Tackle House

C’est simple, c’est le leurre de référence pour le thon. Tout le monde le connait et c’est l’un des meilleurs sur le marché. Il se lance parfaitement et éclabousse comme personne proposant une belle bouchée pour les thons. La couleur tête rouge et corps blanc est assez stupéfiante d’efficacité.
Pintail 35 de Jackson

Vous avez déjà vu un poisson nageur de 35 g pour 9 cm ? Voilà à quoi ressemble ce leurre fantastique ! C’est un poisson nageur qui s’envoie à la perfection. Sa nage lui permet de rester très longtemps sur le poste et de laisser les thons le repérer dans le bazar des chasses.
Raglou Hybrid de Ragot

Nous évoquions les leurres souples à thon. Celui-ci est simplement l’indétrônable Raglou, monté sur une tête plombée pour le thon. La sensibilité de sa queue reste inimitable et cela en fait une proie ultra réaliste, se fondant dans la masse d’anchois chassés.
Pêcher après la chasse

Si les chasses que vous pêchez, s’estompent rapidement en surface, il se passe parfois encore des choses un peu plus en profondeur. Une fois que la chasse se calme, n’hésitez pas à relancer une fois, des poissons actifs sont parfois encore sur place. L’idéal est d’ailleurs le popper, qui fera du bruit et pourra faire remonter un joli poisson avec cette astuce. Pour aller plus loin, vous pouvez aussi jeter un œil au sondeur, si du monde est dessous, sortez les jigs en speed jigging. Les touches sont très surprenantes en verticale et encore plus violentes.

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