par Geoffrey Mandon
On n’est pas obligé d’avoir un budget à 5 chiffres pour pêcher en bateau ! Le mois dernier, Arnaud Landrieu nous expliquait comment retaper une coque bon marché et en faire un bass boat. Ce mois-ci, et avec humour, Geoffrey Mandon propose une autre approche : et si on se contentait d’une simple barque ? Ou comment apprendre à être plus heureux avec moins…
L’un de mes plus beaux rêves de pêcheur, hormis les voyages de pêche, a toujours été d’avoir un bateau. Un vrai bateau dans lequel je pourrais tendre ma toise et mesurer mon poisson là où je l’ai pris, sans avoir à aller au bord, où je pourrais parcourir de longues distances sur l’eau sans m’épuiser et sans y perdre la journée, où je pourrais entasser mon matériel sans avoir à le trier pendant des heures, un bateau sur lequel je pourrais inviter un pote, vivre l’aventure de marin d’eau douce avec lui et lui servir des café bouillants. Et bien ce rêve est devenu réalité ! Je l’ai ma Rolls Royce aquatique !
Présentation de ma barquette de dinde :
Et voilà, j’ai passé le cap, et vous pouvez admirer les courbes sensuelles de mon embarcation. 300 euros avec la remorque, pas mal non ? J’ai assez lorgné les articles d’Arnaud pour savoir que je ne peux pas rivaliser avec les fantastiques walleye boat et autre bassboat qu’il présente.

Avouez, elle a de la gueule ma barquette, hein ? Avec son fuselage et ses roues de brouette.
Gare aux nids de poules !
Et alors ? Je vais faire comme lui, en moins bien, je vais vous décrire mon embarcation. C’est une barque de loisir de 2m60 en plastique vert et blanc. Fuselée comme une fusée spaceX après un crash. Légère et mobile elle est équipée d’un vieux moteur arrière aussi vieux que votre grand-mère. Elle est livrée sur une remorque avec des roues de brouette qui fera des bonds à la moindre ornière. Aussi stable sur l’eau qu’un radeau de naufragés. Je vous le dis, chaque sortie est une aventure.
Jamais sans ma barque !
Bon, je voulais faire cet article pour une raison pure et simple : marre des complexes d’infériorité face à la débauche de technologie et de matos que l’on voit sur l’eau. Chaque fois que je vais sur un lac je vois des bateaux à 40 000 euros avec tout le matos de luxe qui va avec. Je ne fais pas partie de cette catégorie de personnes qui voguent en barque plus chère qu’une voiture…voire qu’une maison.
Je suis à peu près sûr de ne pas être le seul pêcheur à ressentir cette gêne face à cet étalage de richesses. Jaloux ? Moi ? Oui, sûrement. Je ne le nie pas. D’ailleurs cet article n’est pas pour vous qui êtes déjà équipés, mais pour ceux qui n’osent pas prendre une barque à 300€ de peur d’être ridicules face à la bourgeoisie aquatique.

Je vais vous dire un truc, avoir une barque, aussi modeste soit-elle, ça déchire. Que ça soit un monstre des mers ou un monstre des mers. Vous voyez la nuance ? L’un c’est Moby Dick l’autre une sombre baudroie.
S’adapter à sa monture.
La première chose à faire quand on a une barque, sans moteur avant et qu’on a l’habitude d’être en float tube et de maîtriser ses dérives avec les palmes c’est de comprendre qu’une barque sur l’eau dérive toute seule. Ça m’a surpris tout de suite, moi qui était habitué au float, là sur la barque je ne maîtrisais plus rien. A peine arrivé sur le spot j’en étais déjà parti car je dérivais trop vite. Je revenais donc d’un coup de moteur et hop j’étais déjà reparti.
Mes premières pêches je devais tout accélérer, je devais pêcher vite vite et sans relâche jusqu’à être presque échoué et devoir me repositionner. C’était dur ! J’ai pris quelques petits brochets sur les bordures au jerkbait minnow mais je ne pêchais pas la bordure correctement. Plus tard j’ai réessayé en zappant les bordures, trop difficiles à aborder pour moi sans moteur avant si le vent n’était pas avec moi. Je me suis placé pour être poussé par le vent vers une zone avec 3, 4 m de profondeur que j’ai pêché au bigbait. Le bonheur !
Bon, j’ai rien pris du tout pendant 3 jours mais la bredouille était bien meilleure en bateau qu’en float. Qu’est-ce que c’est agréable d’être son propre capitaine !

Améliorer les choses !
Petit à petit on comprend comment s’aider sans outils de haute technologie : des cordes, un sac cabas, une petite ancre de kayak et on s’améliore. De sortie en sortie on apprend. J’ai commencé à reprendre des touches de beaux poissons au bout d’une dizaine de sorties. En m’adaptant avec lucidité à mes capacités.
Une pêche de bordure ? Ok si le vent est avec moi, sinon je serais obligé de faire autrement. Un spot prometteur, une baie ou une pointe ? C’est peut-être possible de s’ancrer si on n’a pas trop de profondeur et de prendre le temps de peigner la zone. Vous voulez vraiment faire un spot et ce n’est pas possible avec le vent ? Peut-être que vous pouvez échouer la barque et le pêcher du bord ? Vous avez peut-être un sondeur de float tube ? Bricolez un support sondeur et utilisez-le sur votre barque. N’étant pas un fin tacticien, j’ai monté un système plug&go sur une planche pour pouvoir utiliser le sondeur sur le bateau ou sur le float avec le même système.
Ça fait bien le boulot. C’est pas parfait, c’est sûr, quand j’aurais le temps j’améliorerais ça.
Apprendre à apprécier ce qu’on a.
Trop souvent, moi y compris, on rêve de ce qu’on n’a pas. Et quand on l’a enfin…on est souvent déçu. Je pense que se contenter de peu ou de moins est une piste du bonheur. J’ai un ami, qui se reconnaitra, Bézigue, qui m’a donné confiance dans le fait d’acheter une barque “pourrie” et d’en faire quelque chose de bien. Il a acheté deux coques pour presque rien et il les a aménagées en bassboat.
L’une n’a pas survécu longtemps et l’autre et bien il l’a encore ! Et les parties de pêche qu’on a fait ensemble là dessus ! Il n’avait pas de très bonnes batteries alors parfois on devait se ranger sur le bord et marcher dans l’eau pour ramener le bateau à la mise à l’eau quand elles étaient à sec. On s’est fait des bons gueuletons, on a dit un paquet de conneries, on a rigolé, on a pris quelques poissons aussi (je crois que c’était l’idée de la sortie) et c’est ça l’essentiel. Pas d’empiler des bijoux de technologie et de se mettre à l’eau que si on a quatre Tenryu en éventail sur le côté d’une coque incroyable et d’un moteur tellement puissant qu’on peut faire du 100 à l’heure.
Sérieusement ? Qui aime croiser un mec qui va comme un fou sur un lac ou un fleuve ? Faites-vous plaisir, allez à la pêche, et si vous aimeriez avoir un bateau regardez sur les petites annonces. Vous n’aurez peut-être pas les moyens d’avoir le dernier Bassboat et le dernier MinnKota et le dernier Garmin et le dernier Calcutta… Mais vous pourriez avoir assez pour vous offrir une petite barque sans prétention et vous éclater.
Sans rancune les suréquipés, j’ai peut-être l’air d’un plouc, ça n’empêche que je vous mets la pile au brochet quand vous voulez ! Hahaha

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