En mer, en profondeur – La couleur des abysses

Texte et photos de Guillaume Barla

Nos mers regorgent d’espèces toutes plus surprenantes les unes que les autres. Sur les côtes françaises, nous retrouvons de nombreuses espèces benthiques d’une rare beauté, avec leurs couleurs vives. Ces espèces ont un côté mystique et attirent chaque année de nombreux pêcheurs lorsqu’arrivent les saisons automnales et hivernales.

Surprise au bout du fil

Pêche typiquement de fin d’automne et hivernale en Méditerranée, la recherche des espèces benthiques offre de nombreuses surprises. Chapons, gros dentis, mostelles, sparidés, pageots ou encore sérioles sont les plus recherchés. D’autres poissons comme les serrans, grondins ou les mérous peuvent aussi croiser notre route. Notons que pour certaines espèces, comme le denti, ce n’est pas la pleine saison, mais plutôt la saison des gros spécimens en profondeur. Ces myriades d’espèces sont quasiment toutes capturables avec le même leurre, ce qui fait la beauté de cette pêche, où chaque touche est une surprise. Autant dire que piquer une sériole de 10kg alors que l’on recherche le chapon est une sacrée expérience.

Généralement pratiquée en hiver, la pêche de fond que nous allons vous présenter est particulièrement plaisante entre 20m et 100m de fond en fonction de votre secteur. En bateau, c’est de patience et d’un bon sondeur qu’il faudra s’armer. Dans cette immensité bleue, trouver ces poissons au hasard relève de l’impossible. De plus, le mérite de cette pêche réside en grande partie dans l’identification de la bonne zone de pêche.

Le chapon est un des poissons les plus recherchés à la verticale.

À la recherche d’un caillou

Dans un premier temps, plongez-vous sur les cartes marines. Les hauts-fonds et les cassants sont souvent bien identifiés. C’est une bonne base de départ de secteurs à prospecter. Une fois sur zone, naviguez lentement tout en suivant les lignes de fond et les cassures, à la recherche d’échos intéressants ou de beaux cailloux. En effet, sur des bancs de sable notamment, le moindre bloc est une cache possible, donc un poste marqué. Prenez le temps de répéter les dérives pour identifier ces postes. Les sondeurs seront clairement vos alliés pour localiser les bons enrochements et les marquer au GPS. De même, un banc de vifs ou de calamars en stabulation proche du fond est une bonne information. Tôt ou tard, une sériole viendra y faire son casse-croûte.

Sur les fonds rocheux, il y a beaucoup plus de caches. Tout, ou presque, est un poste. Mis à part lorsque l’on trouve un cassant matérialisant logiquement un poste, il faudra chercher les échos à chaque sortie. Au fil du temps, la tâche devient beaucoup plus simple, car nous trouvons aisément les poissons sur les mêmes postes. D’ailleurs, évitons de vider la mer et de pêcher constamment les mêmes secteurs, pour la pérennité de ces postes.

Enfin, les épaves sont certainement les coins de pêches les plus faciles à identifier. Tout simplement parce que ce sont, encore une fois, des caches au milieu de nulle part, abritant une myriade d’espèces.

Cependant, la pêche en profondeur des poissons benthiques peut aussi se pratiquer depuis le bord, dans les rochers plongeant à pic, avec au moins 20m de fond, qui sont à portée de cannes dans de nombreux littoraux rocheux. La pêche y est quelque peu différente, mais accessible sans posséder un bateau suréquipé.

La pêche de fond offre une belle variété d’espèces, et ce n’est ici qu’un petit échantillon de ce qu’on peut capturer en une même journée ! De gauche à droite : daurade royale, pageot, grondin, serran chevrette.

Sortez l’artillerie lourde sur du fond

Pêcher entre 20 et 100m, surtout en hiver, avec des conditions météo peu favorables, peut être un défi. La démocratisation du moteur électrique avant en mer aide largement dans ces pêches, mais la plupart d’entre nous continuent de pêcher « à l’ancienne » en dérive. Une fois le poste identifié, positionnez-vous en amont du poste. Une bonne centaine de mètres en amont du point GPS si la dérive est forte. Ensuite, faites descendre vos leurres et compensez un maximum le courant, au moteur. En jouant avec la marche arrière du moteur thermique, nous pouvons rester relativement vertical. L’ancre flottante offre aussi une aide précieuse.

Les leurres à utiliser devront être assez lourds pour tenir la dérive. De base, comptez 1,5 à 2 grammes par mètre. Ainsi proposer un madaï de 100g à 50m est largement normal. La clef du succès est de rester très proche du fond et aussi vertical que possible.

Majoritairement c’est près du fond que le leurre évoluera. Pour cela, nous sortirons les madaïs, inchikus et de gros leurres souples plus occasionnellement. Les madaïs et inchikus ont l’avantage d’être très denses tout en gardant une partie très mobile avec la jupe. Ces imitations de calamars ou encornets, sont ultra efficaces pour les pêches de fond. Laissez couler le montage et décollez-le du fond. Ensuite, plusieurs techniques sont possibles. Certains garderont le leurre quasiment statique proche du fond, en le laissant onduler par lui-même au rythme de la houle. Cela se révèle très efficace si l’eau est très froide.

Magnifique sar pris de nuit au madaï.

Un peu de mouvement

Si les échos sont largement décollés du fond, ramenez lentement en animant avec des tirées amples et douces. Il n’est pas forcément nécessaire de remonter toute la colonne d’eau. Vous pouvez simplement pêcher les vingt mètres au-dessus du fond. Pour les espèces recherchées c’est suffisant. Parfois, prenez le temps de ramener très lentement sans animer. L’idée est de proposer une proie très lente et de prospecter large pour rechercher un poisson actif en chasse. Des surprises peuvent arriver entre deux eaux : belles bonites, pélamides ou thons.

Enfin, avec ces leurres, nous insisterons généralement proche du fond. Décollez le leurre et animez-le avec des tirées toujours douces et souples mais de faible amplitude. Gardons en tête qu’au fond, la température est fraîche et tout se passe plus lentement dans le noir. Le leurre doit donc être animé lentement. N’hésitez pas à le faire repérer de loin en le tapant sur le fond. Ainsi, cela remue le fond et il y aura du substrat en suspension attirant de nombreux poissons.

Quant aux leurres souples, il est délicat de les utiliser à plus de 40/50m à cause de leur prise à l’eau et un temps de descente très long. Ces leurres restent malgré tout très efficaces et présentent l’avantage de maximiser le temps de présentation devant le poste tout en brassant beaucoup d’eau. Animez-les amplement pour faire vibrer au maximum la caudale et déclencher les attaques.

Les thonines ne sont pas en reste à l’inchiku sur les plateaux.

Qui peut le plus, peut le moins

Vous l’aurez compris, nous ne savons jamais quel poisson peut attaquer. Le matériel devra donc être polyvalent. Certains pêchent avec des cannes à bar de traction, en 30-70g. Personnellement, je trouve ça très léger et le choix d’une canne de 20-30lbs n’est pas démesuré. Il s’agit premièrement de ne pas faire trop durer les combats mais surtout d’extirper d’un rocher ou d’une épave un poisson pouvant largement dépasser les 10kg. Être monté costaud est une nécessité. Rappelons par la même occasion qu’il faut respecter les poissons et ne pas les remonter trop vite. Laissez-leur le temps de décompresser lors du combat. Leur vessie natatoire sera complètement gonflée s’ils sont remontés trop vite et les chances de survie seront beaucoup plus faibles.

Pour en revenir au matériel, une canne de 30lbs en 50-150g de 2,1m est une bonne base, équipée d’un moulinet spinning 6000 ou casting en fonction de la préférence. Une tresse en 30lbs, multicolore est très appréciée pour se repérer au niveau de la profondeur. Le bas de ligne sera au minimum en 60/100 pour limiter la casse si le poisson frotte sur les épaves ou le fond.

Piquer un poisson à plus de 60m offre toujours un combat épique.

Colorez le fond

Finissons par les couleurs des leurres. À ces profondeurs, les mélanges de couleurs vives sont très courants. Orange et rose se marient très bien mais le blanc n’est pas en reste, tout comme le bleu. Cela dépend de l’humeur des poissons mais dans le doute proposez des couleurs vives. En complément, un leurre phosphorescent s’avère souvent être efficace. Dans le noir complet, cette source lumineuse sera rapidement détectée par les poissons. Enfin, ajoutez quelques lamelles ou tentacules de calamar sur les hameçons pour le côté odorant et réaliste.

L’ancre flottante est utile en toutes saisons.
Du bord en ramenant son madaï, il est possible de croiser la route d’un barracuda.

Dès le printemps et jusqu’à l’été, les sabres sont très réceptifs en pêche de fond.


En délicatesse avec les barres de plomb

Si les madaï, inchiku et LS sont largement présents dans nos boites, les jigs et slow jigs sont très appréciés et bien plus polyvalents. Plus active, cette pêche permet de peigner toute la colonne d’eau et de plaire autant aux poissons proches du fond qu’aux pélagiques. Soyez délicat à chaque pitch et ample, il est même possible d’animer sans moulinet pour rester proche du fond. Les touches sont ultra violentes et les sparidés adorent.

Sélection de 3 leurres

Madaï Sakura Sepia jig :

Ce madaï est d’une efficacité redoutable. Disponible en plusieurs poids, la couleur Gold Pink reste une référence. Simple d’utilisation et bien armé, n’hésitez pas à l’essayer les yeux fermés.

Inchiku Daïwa Pirate :

Un inchiku qui n’est quasiment plus à présenter. Ses preuves, il les a faites avec les années et reste toujours beau à voir nager. Ce leurre peut être utilisé près du fond majoritairement mais plaira aussi à de nombreuses espèces pélagiques en remontant la colonne d’eau.

Madaï Hayabusa Free Slide SE173 :

Pensé pour la profondeur, ce madaï jig possède une tête coulissante en forme de boule. Sa forme et sa densité lui permettent de descendre rapidement pour atteindre le fond tout en gardant une nage naturelle. Un plus non négligeable quand il s’agit de rester vertical.

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