Dans le numéro de La Pêche et les Poissons actuellement en kiosque, il ne vous aura sans doute pas échappé qu’il est beaucoup question de la pêche de nuit. Certains articles en font même l’apologie, au point d’avoir le culot de prôner la levée de son interdiction ! Alors je vous demande, ici et maintenant : où va le monde de la pêche ? Jusqu’où nous mèneront ce genre de revendications ? Qu’attendre de notre avenir ?
Imaginons un instant que nous autorisions la pêche de nuit. Que se passerait-il ensuite ? Hé bien pourquoi nous limiterions nous à deux hameçons par ligne, après tout ? Pourquoi continuerions-nous à limiter le nombre de cannes par pêcheur ? Pourquoi n’utiliserions-nous pas d’amorce pour la truite ? Si nous commençons à détricoter nos règles les plus fondamentales, je vous le dis de but en blanc : tout cela finira fatalement par arriver, et c’est tout notre petit « code de la pêche » qui volera alors en éclats.
Si vous avez ri, bravo. Si vous pensez que tout cela tient la route, en revanche, vous êtes dans l’erreur. Cet argument est complètement bidonné. Il y a là de quoi décoiffer notre cher rédacteur en chef qui — amoureux du verbe bien manié — aurait à coup sûr grincé des dents si je ne m’apprêtais pas maintenant à désamorcer ce joli sophisme.
« Sophisme », le mot est lancé. Un sophisme est un argument qui a l’air recevable de prime abord, mais qui ne l’est que si on ne réfléchit pas plus qu’une perche sans éducation devant un montage dropshot bien manié. Celui-ci, c’est l’argument dit « de la pente glissante ». On imagine toute une cascade d’évènements catastrophiques qui pourraient découler de ce qu’on veut décrédibiliser, et on la rend inéluctable dans le discours, alors même que rien ne lie la proposition de base à tout le reste. C’est un peu technique, mais on prend vite le coup de main.
Mais vouloir pêcher de nuit, tout de même, c’est vouloir pêcher durant des périodes interdites. C’est comme vouloir pêcher pendant les périodes de fermeture, mettant en danger la solidité même de nos peuplements piscicoles. Et ça, on est bien d’accord que c’est inadmissible… Enfin, j’en ai déjà parlé mais on va faire comme si je n’avais rien dit.
Là, je viens d’étendre le propos des défenseurs de la pêche de nuit pour leur prêter des intentions qu’ils n’ont pas manifestées, et qu’ils n’ont probablement pas tout court. Simple, efficace, mais non-recevable.
La triste vérité en fin de compte, c’est que ces gens ne savent pas pêcher. Ils connaissent mal les milieux aquatiques et croient que pêcher de nuit leur fera prendre plus de poissons sans mesurer l’impact que cela pourrait avoir. Ce n’est pas un hasard si les autorités compétentes ne sont pas revenues sur cette loi. La FNPF dispose de toutes les données et sait ce qu’elle fait.
Attention, c’est ici un superbe combo que je vous offre ! Un argument ad hominem qui attaque personnellement l’adversaire, suivi d’un argument d’autorité qui cite un opposant comme plus compétent en raison de sa fonction effective. Mais le premier ne se fonde sur rien (et est totalement mensonger, à mon humble avis). Et le second non-plus… La FNPF, ce sont des élus, des gens comme vous et moi. Rien ne prouve qu’ils détiennent une quelconque vérité sur le sujet.
Je pourrais vous en égrainer pendant des pages et des pages. Mais je vais terminer ici avec une morale toute simple : méfiez-vous des arguments qu’on vous soulève, que ce soit en faveur ou en défaveur d’un changement comme celui-ci. La véritable clé est la science, et pour qu’elle ait des données, il faudrait observer comment se passent les choses là où la pêche de nuit est déjà autorisée, et faire des essais pour voir comment cela se passerait chez nous. Du coup, voilà mon véritable avis. Je suis plutôt pour, a priori, mais pour être vraiment fixés, il faut voir (dans la nuit) et aller nourrir les moustiques.
Par Dylan Vaminek
A retrouver dans notre dernier numéro.
