Carpe – Essayer les bouillettes flottantes (pop-up)

Par Eric Deboutrois

L’hiver n’est pas la meilleure période pour pêcher la carpe. Nos aïeux pensaient même que c’était peine perdue. C’est une période que j’aime bien : déjà parce qu’il y a moins de pêcheurs au bord de l’eau, ensuite parce qu’en adaptant son approche on peut continuer à prendre quelques carpes.

Pop-up et Chod rig, les essayer c’est les adopter.

Leurre d’hiver ?

L’hiver, le métabolisme des carpes est réduit et elles mangent moins — c’est plus que jamais le moment d’essayer de les leurrer de façon minimaliste. Et comme je voulais aussi vous parler des bouillettes flottantes (pop-up), faisons le tour de cette alternative aux esches de fond. Reconnaissons tout de même que la pêche risque d’être compliquée à cette période, mais bon, qui ne risque rien ne prend rien. Si vous préférez rester au coin du feu, gardez cet article sous le coude pour le relire et essayer au printemps : une flottante c’est prenant toute l’année.

Les goûts et les couleurs

Quelle flottante choisir ? Il en existe toute une palette, sûrement trop d’ailleurs. À la carpe, autant de pêcheurs, autant de parfums et de couleurs fétiches. Certains ne jurent que par le orange, le rose pâle, d’autres par le blanc (moi par le jaune !) et au final tout le monde prend des carpes. Choisissez donc celle qui vous plaira car au final toutes ou presque ont ce point commun : être ultra visible. Elles contrastent avec le fond pour attirer l’attention d’un poisson et déclencher une touche compulsive, dans un bref délai. Il n’est pas inutile non plus qu’elle diffuse un parfum qui plaise aux carpes. Vous trouverez même des pots de pop-up mélangeant toutes les couleurs, non aromatisées, que vous pourrez booster avec le spray de votre choix.

L’embarras des couleurs.

L’art des choix difficiles

Lorsqu’on ne sait pas quoi choisir, on peut vite se prendre la tête quant à la couleur, la taille, le parfum. En fait j’applique une théorie assez simple : comme il faut bien commencer avec quelque chose, j’esche avec ce que j’ai en stock, donc en général des pop-up jaunes fluo, plutôt grosses (18 à 20 mm), afin d’éviter en théorie les touches des gardons et carassins. Mais le jaune ne marchera pas partout ni tout le temps. Pourquoi ? Lorsque les carpes sont pêchées et repêchées avec du jaune, elles peuvent finir par s’en méfier. C’est le principe même du fonctionnement de la mémoire associative des carpes. Si elles sont piquées avec une couleur, elles s’en méfient et s’en détournent. Essayez alors une autre couleur, une autre forme (un dumbell), un autre parfum, une autre taille. Pour autant, c’est inutile d’avoir toute la palette — une ou deux variantes suffisent.

Flottantes boostées avec un spray.

Aucune carpe ne résisterait à une telle offrande.

Amorçage ou pas ?

C’est Franck Warwick, un Anglais, qui a popularisé l’usage des flottantes fluo (et du chod rig qu’on verra plus loin). Il a poussé le concept jusqu’à pêcher en « single hook bait » — c’est-à-dire sans amorçage. Une flottante bien placée se suffit bien souvent à elle-même et peut même provoquer une touche plus rapidement. Il ne s’agit donc pas de mettre une esche jaune fluo sur un amorçage massif d’appâts jaune fluo.

Si ça peut marcher à la belle saison, c’est plutôt contre-productif l’hiver. On peut vite se tromper d’endroit vu que les carpes sont souvent peu mobiles, avec un temps de digestion doublé. À la saison froide, elles ne feront que picorer. On n’essaiera donc pas de faire une pêche de « rendement », mais de pêcher pour un poisson. L’avantage d’une pop-up visible et isolée devient alors évident : on peut relancer à divers endroits propices, atteindre des spots difficiles à amorcer classiquement, et espérer enregistrer une touche relativement rapidement. L’hiver, sur « ma » rivière, je pêche souvent à une ou deux cannes afin d’être plus mobile et me donne une heure avant de bouger mes montages si rien ne se passe.

Quel montage choisir ?

On peut choisir un montage au cheveu des plus classiques, en réalisant un nœud sans nœud et en « équilibrant » sa flottante par une cendrée. Un peu comme avec un flotteur au coup, on joue avec la cendrée pour que l’ensemble se pose lentement sur le fond. Les perfectionnistes ajouteront un peu de pâte plombée et/ou enlèveront des petits morceaux de flottante avec des ciseaux. L’esche parfaitement équilibrée sera ainsi aspirée plus facilement.

En fait je préfère mettre un peu trop de plomb, pour créer une légère tension sur l’hameçon — ce qui l’aidera à pivoter dans la bouche de la carpe pour se positionner pointe en bas, prêt à piquer. Certains appellent cela une plombée de « pré-piquage » et vont jusqu’à utiliser des olivettes de 10 ou 20 g. Je m’arrête à 2 g.

Chevrotines en plomb, olivettes et pâte en tungstène.

Le chod rig

Au besoin on peut opter pour des montages plus élaborés. Si je dois lancer loin et être sûr que mon montage soit pêchant quel que soit le fond sur lequel il atterrira (vase, herbiers…), j’opte pour un chod rig et un appât unique. Dans ce montage, le bas de ligne n’est pas positionné classiquement en bout de ligne — c’est le plomb qui est raccordé à l’extrémité. L’aérodynamisme n’en est que meilleur. Le bas de ligne est monté en pater-noster et peut être très court (3 à 5 cm). Ça peut surprendre quand on n’a jamais essayé, mais c’est terriblement efficace.

Le bas de ligne est maintenu à distance du plomb entre deux perles qui délimitent sa course. S’il y a beaucoup de vase ou des herbiers de 60 cm de haut par exemple, il suffit de décaler la perle du bas à 60 cm du plomb. Lorsqu’on lance, il ne faut surtout pas tendre sa ligne, mais au contraire laisser du mou dès que le plomb touche l’eau, pour que la partie terminale vienne se poser doucement sur les détritus du fond grâce à la flottabilité de l’esche. La conception d’un chod rig lui confère de nombreuses qualités : une esche visible, un bas de ligne court, rigide et courbé qui ne s’emmêle pas, et qui épouse parfaitement la lèvre inférieure d’une carpe. Monté sur un émerillon à anneau, il tourne à 360° pour se présenter idéalement dès qu’une carpe tente de s’en saisir et ce d’où qu’elle vienne.

Chod rig du commerce.

Carpe d’hiver prise au chod rig.

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