Dans le dernier épisode de Sur le Fil de l’Actu, le podcast de La Pêche et les Poissons, Numa Marengo et Bill François reçoivent William Courte. À 23 ans, il a remporté avec son père Philippe la Mercury Fishing Cup IV, le championnat de France des carnassiers en bateau, les 19 et 20 septembre 2026 à Bort-les-Orgues. Préfishing, plan perche minuté, brochets entre deux eaux et poisson de 120 cm à quatre minutes de la fin : le champion de France raconte sa victoire.
L’essentiel de l’épisode
- L’invité : William Courte, 23 ans, champion de France 2026 avec son père Philippe. C’est son deuxième titre à la MFC après celui de 2024 avec Armand Michaud.
- La clé de la victoire : une semaine de préfishing, une vingtaine de bancs de grosses perches repérés et chronométrés, et des brochets pélagiques localisés entre 10 et 12 m.
- Le poisson de l’édition : un brochet de 120 cm, pris à quatre minutes de la fin de la première manche.
- Le live : quasiment tout le haut du classement pêchait au live. Pour William, la différence se fait aux heures passées sur l’eau, puis aux détails techniques.
- Nouveauté annoncée : l’an prochain, La Pêche et les Poissons remettra un trophée à la première équipe classée sans live.
Qui est William Courte ?
William Courte fait de la compétition avec son père depuis l’âge de 8 ans. Il travaille aujourd’hui en Suisse, dans le magasin de pêche GiantFish, qu’il représente sur toutes ses compétitions depuis l’ouverture de la boutique, il y a trois ans. Son palmarès à la Mercury Fishing Cup parle pour lui : victoire en 2024 à Vassivière avec Armand Michaud, puis titre de champion de France 2026 avec son père à Bort-les-Orgues.
Il a aussi participé, avec la FFPS, à la visioconférence d’une quinzaine de personnes qui a préparé le nouveau règlement de la MFC : des quotas par espèce et 1 cm = 1 point, à la place de l’ancien système de points au carré qui avantageait fortement les très gros poissons.

Une semaine de préfishing pour monter le plan
William ne connaissait pas le lac de Bort-les-Orgues. Il y est d’abord venu un week-end, trois semaines avant l’épreuve, pour une journée et demie sur l’eau. Il a très peu pêché : il a surtout balayé le lac au live pour comprendre la couleur de l’eau, le niveau, qui baissait fortement, les espèces présentes et la position des poissons.
Il a ensuite posé sa semaine de vacances avant la compétition. Cette année, le règlement autorisait le préfishing jusqu’au jeudi. Du lundi au jeudi, il a sondé et pêché. Le vendredi, veille de l’épreuve, la pêche était interdite : il a sondé du matin au soir, pour que le jour J « le plan soit carré » dans sa tête.
Il prévient pourtant : le préfishing ne ressemble jamais tout à fait à la compétition. Avec des dizaines de bateaux sur l’eau, les poissons sont sous pression et changent de comportement. Il s’est déjà fait piéger sur une autre compétition au lac du Der, où il s’est retrouvé à quinze bateaux sur les mêmes zones à perches.
Le plan perche : une vingtaine de bancs et un chronomètre
Persuadé d’avoir compris les brochets, William a consacré presque tout son préfishing aux perches, avec uniquement des cannes à perches sur le pont. En quatre jours, il a fait le tour complet du lac. Constat : beaucoup de perches de 15 à 23 cm, presque aucune de 25 à 32 cm, mais de grosses perches de 35 à 42 cm en nombre.
Ces grosses perches avaient un comportement plutôt pélagique et se tenaient sur des cassures très abruptes, le long des falaises qui plongent dans le lac. Il en a repéré une vingtaine de bancs, qu’il a nommés et classés en circuit. Le vendredi, avec son père, il a chronométré le parcours en ajoutant cinq minutes de pêche par banc : environ trois heures pour tout faire.
Le but n’était pas seulement de boucler le quota de six perches. Il voulait passer sur tous les bancs pour améliorer sa taille moyenne et laisser le moins de poissons possible aux autres équipes, sachant qu’une fois une grosse perche prise dans un banc, la deuxième est beaucoup plus difficile.
Brochets entre deux eaux : tout se jouait entre 10 et 12 mètres
Contrairement aux lacs du Jura ou aux lacs alpins qu’il connaît, Bort-les-Orgues comptait peu de brochets en pleine eau, mais beaucoup de sandres et de silures entre deux eaux. Au live, l’écran se remplit de poissons et on ne sait plus sur quoi lancer.
Pendant son préfishing, William a remarqué que presque tous les brochets se tenaient entre 10 et 12 m de profondeur, ni à 6 m ni à 15 m. Les silures occupaient la couche de surface jusqu’à 4 m, les sandres surtout entre 4 et 8 m. En compétition, il ne s’arrêtait donc que sur les poissons repérés entre 10 et 12 m : une fois sur deux environ, c’était un brochet.
Pour couvrir le plus de terrain possible, il prospectait vers 5 km/h, la sonde réglée sur 36 m de portée, soit une bande d’environ 70 m balayée à chaque passage.
Le plus dur, ce n’était pas de les prendre. Le plus dur, c’était de les trouver.
William Courte
Sur l’animation, il distingue deux situations. Sur un brochet pélagique qui chasse, il ne faut jamais ralentir : une proie poursuivie ne s’arrête pas. Sur une pêche de bordure, où l’on cherche à surprendre le poisson posté, on peut alterner les animations.
Le brochet de 120 cm, à quatre minutes de la fin
Le premier jour, les quotas de perches et de brochets sont bouclés en quatre heures environ. William passe ensuite l’après-midi sur les sandres, qui ne mordent pas, en espérant croiser au passage un brochet plus gros pour améliorer son score.
À 16 h 56, à quatre minutes de la fin, l’écran affiche un poisson énorme dans la couche des brochets. Pas un silure : la forme ne trompe pas. De tout son préfishing, il n’avait pas vu un seul brochet d’un mètre. Pressé par le temps, il lance avec sa canne à sandre et un curly. Le brochet suit, mais sans agressivité. William remonte vite son leurre avant que le poisson ne comprenne, change pour un gros leurre à brochet sur la même petite canne, relance… et le brochet prend à la première animation.
Combat écourté, frein serré, son père épuise le poisson du premier coup. Direction le commissaire, sans même prendre le temps de remonter la perche du moteur électrique : 120 cm sur la toise. Ce brochet en remplace un de 60 à 70 cm dans le quota, soit environ 50 points de plus. Relâché en bonne santé, il a été revu le lendemain au live, posté à l’endroit exact de sa remise à l’eau.

Père et fils : un bateau, une seule équipe
Philippe Courte va moins souvent à la pêche que son fils. Sur la MFC, William gérait donc presque tout le live : la sonde, le placement du bateau et la pêche. Son père était sa « troisième main » : cannes et leurres prêts, épuisette, pont dégagé pour que rien ne gêne au moment d’empoigner une canne.
En compétition, on n’est pas là pour faire chacun son tour. On est là pour être le plus efficace possible.
William Courte
En pêche loisir, c’est différent, précise-t-il. Mais quand on vise la victoire, chacun doit mettre ses points forts au service du bateau.
Le live ne fait pas tout
À la MFC IV, la grande majorité des équipes pêchaient au live, y compris sur les petites embarcations. Qu’est-ce qui sépare alors ceux qui gagnent de ceux qui ne se classent pas ? Pour William, c’est d’abord le temps passé sur l’eau : cela fait environ quatre ans qu’il pêche au live dès qu’il le peut, sur des milieux très différents, pour comprendre comment fonctionne chaque plan d’eau.
Comprendre le milieu va t’emmener à faire des gros poissons, mais pas l’inverse.
William Courte
Entre les meilleurs, souvent de la même génération et arrivés au live en même temps, l’écart se joue ensuite sur la préparation, l’adaptation au plan d’eau et de petits détails techniques travaillés à l’entraînement.
Et sans live ? William a commencé la compétition bien avant son arrivée et pense qu’il s’en sortirait. Il utiliserait le préfishing pour cibler les bordures et les zones qui tiennent du poisson, puis appliquerait tout ce que le live lui a appris : ne jamais relâcher son attention au risque de laisser du mou dans la ligne quand un brochet suit, ou laisser un leurre trente secondes au fond sans l’animer quand des perches sont derrière.
Même logique pour le matériel : il utilise des moulinets à très gros ratio, plus d’un mètre par tour de manivelle. Pas pour pêcher vite, mais pour ramener rapidement un leurre mal placé. Quand le lancer est dans l’axe du poisson, c’est ce qu’il voit à l’écran qui décide de la vitesse.
Et maintenant ?
Les 10 000 € de la victoire serviront à partir en vacances avec son père. La victoire devrait aussi qualifier l’équipe pour le championnat du monde 2027, qui se tiendrait en Afrique du Sud selon William. Au moment de l’enregistrement, personne ne l’avait encore contacté à ce sujet.
Côté organisation, Numa Marengo a annoncé dans l’épisode la création d’un trophée La Pêche et les Poissons pour la première équipe classée sans live, dès la prochaine édition. L’idée : ne pas décourager les équipes qui pêchent sans cette technologie.
Aussi dans cet épisode
- L’édito de Bill François sur la compétition : un moteur de progrès technique, une vitrine médiatique pour la pêche, et une façon de redécouvrir la valeur de chaque poisson.
- La question d’un auditeur sur le transport des vifs d’un plan d’eau à l’autre et le risque de maladies. Le mieux reste de prendre ses vifs là où l’on pêche. La rédaction prépare un article sur le sujet, qui abordera aussi la désinfection des waders et la moule zébrée.
- La revue de presse du n°972 : le burn-it d’Arnaud Brière, la pêche des gros bars des ports au bigbait avec Vincent Le Masson, les truites de mer d’automne, et un échange sur les ratios de moulinets.
- Le jeu concours du mois, qui met en avant l’association Fishing Therapy, qui emmène des enfants en situation de handicap à la pêche. Les modalités sont données dans la vidéo.
- L’image du mois : l’histoire, relayée par M6, d’une jeune pêcheuse conduite au commissariat faute de carte de pêche, et un plaidoyer pour la pédagogie envers les débutants.
Les chapitres de la vidéo
- 00:00 Introduction
- 02:00 Les atouts de la compétition de pêche au leurre
- 11:09 Peut-on transporter des vifs ? Risques de contamination
- 14:19 Interview de William Courte, champion de France de pêche au leurre
- 53:48 Revue de presse : le burn-it et les gros bars au swimbait
- 1:03:51 Une petite fille au commissariat pour un défaut de permis
Questions fréquentes
William Courte est un pêcheur de carnassiers de 23 ans, compétiteur depuis l’âge de 8 ans avec son père. Il travaille dans un magasin de pêche en Suisse, GiantFish, qui le soutient en compétition. Il a remporté la Mercury Fishing Cup en 2024 avec Armand Michaud, puis en 2026 avec son père Philippe.
William et Philippe Courte, père et fils, ont remporté la Mercury Fishing Cup IV, championnat de France FFPS Carnassier de pêche des carnassiers en bateau, les 19 et 20 septembre 2026 sur le lac de Bort-les-Orgues, devant 67 autres équipes.
Un brochet de 120 cm, pris par l’équipe Courte à quatre minutes de la fin de la première manche. Il a été mesuré puis relâché.
Par un préfishing en deux temps : une journée et demie sur le lac trois semaines avant, puis toute la semaine précédant la compétition. Il y a repéré une vingtaine de bancs de grosses perches le long des falaises et localisé les brochets pélagiques entre 10 et 12 m de profondeur.
Sur la chaîne YouTube de La Pêche et les Poissons. Chaque mois, Numa Marengo et Bill François, rédacteur en chef du magazine, reçoivent un invité du monde de la pêche.
Sur le Fil de l’Actu revient chaque mois sur la chaîne YouTube de La Pêche et les Poissons. Dans l’épisode précédent : pourquoi nos magasins de pêche souffrent-ils ?
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