Pêcheur à la mouche noyée lançant en trois-quarts aval dans le courant d’une rivière

C’est sans doute la plus ancienne de toutes les pêches à la mouche. Un temps victime d’idées reçues, voire marginalisée par certains, elle connaît aujourd’hui un regain d’intérêt bien mérité.

Par Marc-Antoine Santiani

Contrairement à une idée reçue, la pêche à la mouche noyée ne trouve pas seulement ses meilleures applications dans les eaux froides et hautes du début de saison. Bien au contraire, elle s’impose surtout aux beaux jours, lors des pics d’éclosions. Durant cette période marquée par un réchauffement des eaux, on observe en effet une activité intense des insectes aquatiques sur le fond puis entre deux eaux, l’éclosion proprement dite, cet épisode qui se prête à la pratique de la mouche sèche ne constituant qu’une étape très courte dans le cycle des invertébrés.

Un matériel adapté

La truite ne se nourrissant que ponctuellement à la surface, la mouche noyée répond donc mieux à ses habitudes alimentaires, mais aussi au cycle des insectes en présence dans l’eau. Les fins de journée lourdes et orageuses qui annoncent les prémices d’éclosions massives sont ainsi particulièrement propices à la mise en œuvre de cette technique, trop souvent négligée en pareilles circonstances.

Dans les courants larges et puissants des grandes rivières, une longueur de canne minimum s’impose pour un meilleur contrôle de la dérive et du travail d’animation, qui est de l’ordre de 9 pieds à 9 pieds 5. L’action de la canne fait débat. Les partisans d’une action parabolique, plus douce, apprécient des risques de casse au ferrage limités, ainsi que des posés plus doux, moelleux et discrets. À l’inverse, les inconditionnels de l’action de pointe mettent en avant une meilleure perception des touches, assortie d’un ferrage plus rapide. Vous veillerez aussi à la qualité du moulinet, et plus particulièrement à la fiabilité de son frein, qui doit être doux, progressif. Cette pièce maîtresse de l’équipement ne sert en effet pas seulement de réserve de soie, mais vous aide aussi à assurer un ferrage efficace, qui évite la casse.

Un train de trois artificielles

Concernant le choix de la ligne, les nostalgiques préfèrent une soie naturelle dont les premières spires non graissées coulent mieux, et dont la finesse permet des posés d’une extrême douceur. Revers de la médaille : un coût souvent élevé, et une nécessité d’entretien qui font souvent préférer les soies synthétiques. Ces dernières offrent un indéniable confort de pêche, une bonne visibilité et ne nécessite pas –ou peu- d’entretien. Une vieille soie auto flottante DT ou mieux, WF, fera parfaitement l’affaire. Nous ne sommes pas partisans d’une soie à pointe plongeante qui fatigue le nerf de la canne, et dont le brin noyé entrave une dérive naturelle du train de mouche, et fait rapidement couler la sauteuse. La présentation s’en ressent, de même que la bonne perception des touches.

Le bas de ligne comporte classiquement un train de trois artificielles. La mouche de pointe, située à l’extrémité du bas de ligne est la plus lourde. Souvent, c’est une nymphe plombée de type Palaretta destinée à bien tenir le fond. La mouche intermédiaire, située à environ 50 à 80 cm en amont, est fixée à une potence longue de 7 cm. Votre choix se portera sur une noyée classique ou un modèle fantaisie de type Alexandra. Le troisième modèle évolue dans la pellicule : c’est la sauteuse qui sert aussi d’indicateur de touche, une mouche sèche visible et qui flotte bien de type palmer ou sedge bourru, ou une émergente telle que la Peute.

En action

Après avoir lancé en travers du courant prospecté, très légèrement en amont, vous ramenez la soie légèrement vers l’amont en lui faisant décrire une sorte d’arabesque qui crée un « ventre » sur l’eau. Ce mouvement appelé « mending » ne favorise pas seulement une immersion plus rapide du bas de ligne : il permet aussi un bon positionnement du train d’artificielles, qui se présentera avant la soie. Puis vient la phase la plus importante : le bon contrôle de la dérive, qui doit être aussi naturelle que possible, à la bonne vitesse c’est-à-dire celle des veines d’eau en présence. Durant sa trajectoire en arc-de-cercle, le train de mouches peut à tout moment infléchir sa course et adopter une nage suspecte lorsqu’il traverse des turbulences. Difficile alors d’éviter le dragage, due à une dérive trop rapide, ou à l’inverse à des accrochages répétitifs s générés par une vitesse trop basse. Vous débutez votre dérive à la manière des pêcheurs au toc, canne d’abord maintenue selon un angle de 45°, avant d’abaisser ensuite progressivement la pointe du scion vers la surface au fur et à mesure que les artificielles dévalent le courant.

Mending de la soie vers l’amont pendant la dérive d’un train de mouches noyées
Le « Mending » consiste à récupérer la soie après la boucle formée par le courant
Imitation de gammare lestée utilisée en mouche de pointe
Un gammare sera idéal en pointe
Nymphe jaune plombée imitant une larve de trichoptère
… ou une nymphe jaune

Le bon ferrage

Le jeu subtil des tirées brusques, des relâchés, des écarts latéraux et autres « tricotages » imprime aux artificielles une nage attractive qui suscitera à coup sûr la convoitise des truites en poste. La touche peut se traduire par une attaque franche et brutale en cours de dérive. Souvent, le ferrage s’avère alors inutile, la puissance du courant qui s’appuie sur la ligne suffisant, par le simple jeu de l’inertie, à garantir un solide ancrage de l’armement. On assure toutefois une meilleure pénétration de l’hameçon en relevant la canne sans brusquerie, le ferrage s’effectuant juste au moulinet.

Le jeu subtil des tirées brusques, des relâchés, des écarts latéraux et autres « tricotages » imprime aux artificielles une nage attractive qui suscitera à coup sûr la convoitise des truites en poste.

Les touches qui peuvent être imperceptibles sont parfois davantage devinées que réellement ressenties : un vague éclair sous la surface, une sensation diffuse d’accrochage, un arrêt anormal dans la dérive de la sauteuse peuvent laisser supposer une attaque. Le comportement anormal de la soie qui plonge doucement ou se déplace légèrement sur un plan latéral indique à coup sûr une prise en gueule. Dans tous les cas, un ferrage immédiat et en douceur s’impose.

Truite fario prise à la mouche noyée sur une imitation de gammare
Une jolie fario prise « en noyée » sur un gammare

Quelles mouches ?

En mouche sauteuse qui servira aussi d’indicateur de touche, vous pouvez choisir une émergente de type Peute, une oreille de lièvre, un palmer ou un sedge bourru, autant de modèles qui flottent bien En mouche intermédiaire et si vous privilégiez la fantaisie, optez pour une mouche britannique ou irlandaise : Alexandra, Black Pennel ou Connemara Black, efficaces durant toute la belle saison, dans les eaux claires et par grand soleil. En pointe, privilégiez une nymphe plombée imitant un gammare ou plus ou moins une larve de trichoptère (nymphe jaune, Palaretta…)

Fibres molles ou fibres raides

La qualité des fibres et leur disposition particulière influent considérablement sur la nage d’une mouche noyée. D’une manière générale, les fibres doivent être d’autant plus raides que les courants sont puissants, pour qu’elles demeurent dressées et donc bien visibles au lieu d’être plaquées sur le corps de la mouche. Dans les eaux plus calmes, cette nécessité s’impose moins : vous pouvez employer des modèles plus fournis à hackles moins raides.

Pêche en noyée d’un pool profond avec une soie à pointe plongeante
Avec une pointe plongeante on peut aussi prospecter les pools profonds

Des posés discrets

Ce détail est trop souvent négligé en noyée, car on considère que des poissons calés sur le fond, sont insensibles aux évènements pouvant se produire à la surface. Et c’est une erreur ! En réalité, un posé plaqué, lourd et bruyant met inévitablement en alerte tous les poissons du secteur, y compris ceux qui se nourrissent sur les galets du fond. Votre approche doit donc être soignée et le posé aussi précis, doux et délicat que si vous opériez en sèche.

elle truite prise à la mouche noyée en rivière
Un joli poisson

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Mouche noyée : l’essentiel

  • Quand : surtout aux beaux jours, lors des pics d’éclosions, et en fin de journée lourde et orageuse.
  • Canne : 9 pieds à 9 pieds 5 pour les grandes rivières.
  • Soie : auto flottante DT ou WF, plutôt qu’une pointe plongeante.
  • Train de mouches : trois artificielles. En pointe, une nymphe plombée (gammare, Palaretta) ; en intermédiaire, à 50 à 80 cm, une noyée sur potence de 7 cm (Alexandra, Black Pennel) ; en sauteuse, une mouche qui flotte (palmer, sedge bourru, Peute).
  • Ferrage : souvent inutile, le courant pique le poisson ; relever la canne sans brusquerie.

Questions fréquentes sur la mouche noyée

Quand pêcher à la mouche noyée ?

Pas seulement en début de saison : la noyée s’impose surtout aux beaux jours, lors des pics d’éclosions, quand les insectes aquatiques sont actifs sur le fond et entre deux eaux. Les fins de journée lourdes et orageuses sont particulièrement propices.

Quelle canne pour la mouche noyée ?

Dans les grandes rivières, une canne de 9 pieds à 9 pieds 5. L’action parabolique limite la casse au ferrage, l’action de pointe donne une meilleure perception des touches.

Comment monter un train de mouches noyées ?

Trois artificielles : la plus lourde en pointe (nymphe plombée), une noyée intermédiaire 50 à 80 cm plus haut sur une potence de 7 cm, et une sauteuse qui flotte et sert d’indicateur de touche.

Faut-il ferrer en mouche noyée ?

Souvent, le ferrage est inutile : la puissance du courant suffit à piquer le poisson. On relève la canne sans brusquerie pour assurer la pénétration de l’hameçon.

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