par Eric Deboutrois
C’est sans nul doute LE carnassier de l’été, à tel point que dans plusieurs départements, sa pêche n’ouvre qu’en juillet. L’occasion pour Eric Deboutrois, notre chroniqueur Carpe, de faire une petite infidélité à Cyprinus carpio, pour taquiner le diable vert en plein cœur du marais poitevin…
C’est peut-être pour avoir la vision d’un carpiste bassiste béotien que le rédacteur en chef m’a demandé d’écrire un article plutôt technique sur ce magnifique poisson. J’espère que mon modeste retour d’expérience, traitant principalement des postes (d’été et d’automne) et des leurres, vous aidera dans votre quête.
Les leurres
Pour le plus grand bonheur des marchands d’articles de pêche, le Back Bass se prend à tout, comme il peut tout aussi bien ne se pendre à rien. Il serait, parait-il, sorti major de l’école des prédateurs, plus éduqué qu’une carpe d’Henri IV ! Tout ça pour dire que les marques et les marchands d’articles de pêche en jouent et attrapent beaucoup de pêcheurs. Si vous n’avez pas le leurre de surface en tel coloris, que tchi !
Le truc à gratter en neko-rig, le nez plus plombé qu’un polonais, la queue watermelon en l’air qui frétille en quête désespérée d’aventures, que dalle ! Propos liminaires nécessaires, bien qu’ils ne soient ni complètement vrais, ni complètement faux d’ailleurs, pour dire qu’il n’y a pas de mauvais leurres, il n’y a que des leurres mal utilisés, ou inadaptés au poste… Passons en revue quelques basiques.
Si je chambre les marchands et les marques, c’est aussi et surtout par autodérision, car je dois bien avouer que je suis très bon client.
Adulte, j’empile presque aussi compulsivement les leurres que lorsque gamin je collectionnais les voitures Majorettes et autres Solido. J’ai, entre autres, une (des) pleine(s) boite(s) de grenouilles…
La grenouille est le leurre passe-partout par excellence pour pêcher la pleine eau, au-dessus des herbiers, des nénufars, des bois morts… C’est par ailleurs un des rares leurres qui à mon sens sélectionne vraiment les spécimens (50 cm+), à condition de prendre les plus grosses grenouilles.
Dit autrement, ce leurre à l’énorme avantage de préserver les juvéniles (et quelque part l’avenir de la pêche) en évitant de les trépaner, ou de les éborgner avec un worm (vers) et un hameçon 3/0.

Si vous tenez vraiment à pêcher les zizis, y compris de la taille de Rocky Siffredo le bass des BD de Foissy, préférez un worm en wacky, avec un petit hameçon.
Certes, avec une grenouille les touches seront (beaucoup) plus rares, certes il y aura quelques ratés, certes les poissons seront plus enclins à se décrocher, mais le jeu en vaut la chandelle. Enfin, c’est vous qui voyez.

Deux conseils concernant les Basirisky de chez Deps (mes préférées) : j’ouvre un peu l’hameçon à l’aide d’une pince, d’un millimètre environ, et je ne ferre jamais à la touche (lorsqu’on voit le Bass attaquer en surface), j’attends toujours quelques secondes pour ne pas lui ôter la grenouille de la bouche grande ouverte.

Canne et moulinet
Au sujet des décrochages, que vous soyez adeptes du casting ou du spining, optez pour un moulinet à grande vitesse de récupération, ou plus exactement à grand ratio (ex 8.5 : 8.5 tours de bobine pour un tour de manivelle) surtout si vous pêchez en float-tube ou en bateau. Comme vous lancerez du milieu vers la berge, aussitôt qu’il aura gobé votre leurre le poisson foncera vers la pleine eau et sera littéralement rendu sous le bateau ou dans vos palmes en quelques secondes.
Si vous ne ramenez pas plus vite qu’il ne revient, il y aura du mou dans le corps de ligne et vous verrez votre grenouille s’envoler dans une magnifique chandelle, et votre beau Bass par la même occasion ! Serrez donc votre frein de moulinet (pour ne pas pédaler dans le vide) et « treuillez » aussi vite que vous pouvez pour empêcher le black de sauter, canne basse voire scion dans l’eau. La maniabilité du bateau du pauvre (le float) est ici un réel avantage, car d’un coup de palme on peut pivoter sur soi-même pour engager un tango endiablé avec le poisson vert.
Pour le reste de l’équipement, une canne plus ou moins Heavy (MH) et un moulinet garni d’une tresse en 20/100 sont à mon avis suffisants. Lorsque j’ai commencé à pêcher à la grenouille, j’ai ajouté une tête de ligne de discrétion, en fluoro de 40/100. Mais depuis qu’un brochet a laissé quelques traces de dents sur une de mes grenouilles, j’ai augmenté ce diamètre en changeant de nœud de raccordement (je suis passé du Albright renforcé au FG).
De toute façon, lorsqu’ils montent sur une grenouille qui semble leur échapper, les Bass ne font généralement pas semblant et se moquent de ce genre de détail, autant ne pas finasser. Dernier conseil, l’été, réservez plutôt cette technique aux
golden hours, c’est-à-dire tôt le matin ou tard le soir lorsque le soleil est rasant, ou aux grands linéaires monotones. Sinon votre pêche risque de se résumer à une visite du marais, pour votre gueurnaille, et à une épicondylite pour vous.

Crawl, pitch, skip, buzz et autres bizarreries
Pour la pêche de surface j’ai aussi une collection de leurres à hélice(s), des plus discrets (du type Kelly Jr Lucky Craft) aux plus bruyants (Whopper Plopper Sakura, Chop Cut Illex…) et autres Crawlers (Pompadour Illex)… Ils ont tous l’avantage de leur inconvénient : ils piquent à chaque touche ou presque, mais accrochent aussi tout sur leur passage : herbes, branches…
Comme pour les grenouilles, choisissez les leurres les plus discrets pour les journées sans vent et les plus bruyants les autres jours, ou lorsque rien d’autre ne semble vouloir marcher. Je pourrais ajouter les buzz-baits pour pêcher vite et bruyamment en linéaire, et toutes une palette de stick-baits (leurres « bâton ») avec ou sans bille, à ramener en zig-zag (walking the dog).

Avec une canne spinning (parce que j’y arrive mieux qu’en casting)je me régale aussi à skipper (lancer en ricochet). Lorsqu’il faut pousser un leurre sous le cover (couvert d’arbre, frondaisons) je sors un Slug Sawamura (ou un One up) ou autre (Hazedong), ainsi que les sempiternels Senko et Fat Ika de Gary Yamamoto. Tous ricochent très bien quand on a pris le coup de main. Certains flottent (Slug, Hazedong), tandis que d’autres coulent, plus ou moins vite (Senko ou Fat Ika), ce qui permet de s’adapter au profil des postes et à l’humeur du jour des poissons et du pêcheur.
Parfois il suffit d’ajouter un insert en plomb ou tungstène dans le leurre, de skipper (très) loin jusqu’à toucher la berge et de le laisser reposer quelques secondes au fond pour déclencher les touches.
Je reprends une canne casting plus légère (ML) pour les leurres à pitcher (à lancer sous la canne) : Créature Gary Yamamoto ou Keitech crazy flapper (en montage texan), Cover craw Jackall (qui se skippe aussi), petits jig, vers en wacky, neko-rig ou toute autre variante de votre choix.
Chacun a ses avantages. Les deux premiers pêchent à la descente, mais tout aussi bien en linéaire avec leurs flagelles qui twistent comme les jeunes des années 60. Les deux suivants passent mieux à travers la végétation aquatique (lorsqu’il faut pêcher avec des leurres lourds), les vers sont plus adaptés à des pêches fines lorsque les poissons boudent…

Les postes : Focus sur le marais poitevin
Comme le cours principal de la Sèvre Niortaise est bordé de routes et de chemins, les nombreuses entrées de conches (petits canaux) sont surplombées de ponts ou de passerelles, créant autant de couverts ombragés et bien souvent de gîtes pour les black-bass. Lorsqu’on pêche depuis la rivière, en float-tube ou en bateau, chaque entrée est à prospecter de façon méticuleuse afin d’en exploiter tout le potentiel. Je vous conseille de commencer bien à droite, ou à gauche, en grattant de l’extérieur (côté Sèvre), vers l’intérieur de la conche (jamais l’inverse). D’ailleurs ce conseil vaut pour tout spot. Même si les poissons sont souvent calés au ras ou au creux des berges, ou au pied des arbres, dans les racines ou sous les frondaisons, ils peuvent tout aussi bien être en pleine eau pour surgir tels de beaux petits diables de leurs boites, lorsqu’on ramène son leurre.
Vous verrez beaucoup d’embarcations traditionnelles de maraîchins appelées des « plates » (piates en patois ou encore batais). Elles sont plates pour pouvoir naviguer dans les fossés peu profonds, poussées à l’aide d’une pigouille (une longue perche de bois), à l’image des gondoliers à Venise. Traditionnellement en bois goudronné, elles sont de plus en plus souvent en fer voire parfois, aussi curieux que cela puisse paraître, en béton. Lorsque les bateaux sont arrimés à la berge, les bass – et pas seulement les petits – aiment à se poster dessous, à l’affût.
Bien qu’ils ne soient pas lucifuges, les Bass aiment effectivement se poster à l’ombre (pour la fraîcheur, pour surprendre leurs proies ?). L’été, quand ils ne sont pas dehors en maraude, ils sont souvent calés en extrême bordure. Il suffit que la végétation rivulaire empiète ne serait-ce que de 10 centimètres sur l’eau, n’y en aurait-il que 15 en dessous, pour qu’un poisson s’y cache, et un beau. De fait les zones de tenues sont tellement nombreuses que les poissons peuvent sembler avoir complètement disparu parfois ! Il faut peigner. Les Ronciers de mûres, les joncs en bordure, les tapis de jussie, les nénufars bien sûr, mais aussi les simples amas d’herbes ou de feuilles qui dérivent en pleine eau ou qui viennent se former, le vent aidant, contre une branche ou un arbre mort. Ce sont autant de caches possibles.
Je ne vous apprendrai rien en disant qu’on appelle « frondaisons » ces couverts d‘arbustes ou d’arbres qui avancent parfois de plusieurs mètres sur l’eau. L’arbre le plus emblématique au bord de la rivière reste le saule pleureur, mais tous les autres arbres font l’affaire. Les poissons se calent dessous, soit en périphérie des branches (à la limite du couvert), soit bien plus loin, parfois à trois ou quatre mètres, collés au ras de la berge. L’erreur serait pourtant d’essayer de skipper d’emblée le plus loin possible, dans « le noir » (là où la lumière n’arrive pas), au risque de faire fuir les poissons embusqués au près, ou de s’accrocher et de pourrir le poste en allant récupérer son leurre. Comme pour les conches, il est préférable que le pêcheur prospecte du plus près vers le plus loin. Progressivement il essaiera de faire ricocher son leurre en surface, pour l’envoyer au final le plus loin possible, jusqu’à toucher la berge et qui sait, un bass. Un autre petit conseil surtout lorsqu’on débute: plutôt que de tenter de skipper dans le moindre soupirail au risque de se louper et de s’accrocher, il est souvent judicieux de prendre quelques secondes pour faire le tour du propriétaire afin de trouver une trouée un peu plus dégagée et donc un meilleur angle d’attaque.
Les pontons et autres structures sont des couverts qu’il convient de tenter au même titre qu’une entrée de conche, un bateau, des frondaisons… Les poissons apprécient ne serait-ce que l’ombre ou l’affût d’un piquet de ponton délabré, un poteau indicateur en entrée de conche, d’une grosse branche ou d’un tronc d’arbre, ou encore d’une cassure (une marche)…
Voilà pour ce qui est des postes classiques. Malheureusement chacun ne cache pas un poisson, ou heureusement ce serait trop simple, mais vous verrez que ce sont des valeurs sûres. Quant aux outsiders, vous trouverez parfois les blacks là où ils ne devraient pas être. Que reste-il comme bon poste qui n’ait pas déjà été évoqué ? Tout le reste en fait ! Car ce n’est pas parce qu’un linéaire semble monotone qu’il n’y a pas quelque chose d’intéressant sous la surface. Une branche d’arbre coulé qui ne se voit pas, des herbiers qu’on devine à peine, ou un gros poisson sous 2 mètres d’eau, au frais… J’ai d’ailleurs pris quelques-uns de mes plus gros Bass au beau milieu de nulle part, comme s’ils pensaient y être plus tranquilles que sur les spots bien marqués et forcément plus pêchés. C’est une autre façon, très anthropomorphique je le concède, de dire que les Bass sont des marioles qui se moquent des règles qu’établissent les pêcheurs.
J’espère qu’à la vue des quelques photos qui illustrent cet article vous aurez envie de passer dans le coin taquiner le Bass. Au besoin, je vous annexe quelques adresses utiles, n’hésitez pas à passer voir Cédric ou Gaëtan à Natura Chasse Pêche, le magasin regorge de bons leurres et ils sont de bon conseil. Et tant pis si vous n’avez pas envie de venir, je me consolerai en le gardant rien que pour moi, notre beau Marais Poitevin.
Puis-je préciser que l’essentiel de cet article est extrait de mon 3eme ouvrage « l’ivre de berge » dans lequel vous pourrez en découvrir bien plus sur le Bass, ainsi que sur « mon » beau marais poitevin et la Venise verte.






Détaillants
- Natura Chasse-Pêche : 31 rue des Charmes – 79000 Bessines (05 49 09 29 16)
- Pacific Pêche : 15 rue Jean Couzinet – 79000 Niort (05 49 33 64 33)
- Décathlon : 5 rue Charles Darwin – 79000 Niort
Adresses utiles
- Fédération de pêche : 33 rue du Galuchet – 79000 Niort www.peche-en-deux-sevres.com
- AAPPMA La Gaule Niortaise : www.lagauleniortaise.fr/site_gn/index.html (05 49 08 01 77) voir en particulier les descriptifs des biefs et les cartes dans l’onglet « rivière »
- Comité départemental du tourisme : 15 rue Thiers, BP8510, 79025 Niort Cedex 9 (05 49 77 87 79) http://www.tourisme-deux-sevres.com
- Les villages maraîchins à voir : Magné, La Garette, Coulon, Irleau, le Vanneau, Arçais.
Moniteur Guide de Pêche diplômé Gaëtan Raimbert, vendeur à Natura Chasse-pêche (06 63 67 44 95)

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