Voyage – Trentino : un paradis halieutique

© Trentino Marketing / Alberto Zanghieri

Un voyage en Italie, cela vous évoque la dolce vita, la gastronomie, la culture de siècles d’Histoire… mais ce pays regorge aussi de trésors naturels. Et parmi eux, des spots de pêche à couper le souffle. Nichée dans les Dolomites, la région du Trentino offre des rivières à truites de renommée mondiale, notamment pour qui souhaite rechercher la fabuleuse truite marbrée…

Un peu de géographie

C’est la géographie qui fait le poisson. Le terrain forge les cours d’eau qui isolent les populations, les faisant évoluer en souches et en espèces. Dans le Trentino, les montagnes très jeunes et abruptes culminent au mont Marmolada à 3 343 m. Elles séparent de nombreuses vallées et lacs qui abritent une grande diversité de salmonidés.

La région présente des milieux variés : torrents glaciaires soumis à la fonte des neiges, cours d’eau de type fluvial avec des débits réguliers, lacs de 1ère et de 2e catégorie, dans un territoire sauvage couvert à 60 % de forêts. Entre le massif Adamello-Presanella et les Dolomites de Brenta, on compte plus de 500 kilomètres de cours d’eau et 35 petits lacs alpins nichés dans les vallées. Impossible de lister tous les spots, tant il y en a — nous vous présenterons donc quelques endroits et astuces pour découvrir canne en main cette fabuleuse région et ses poissons.

Les paysages du Trentino sont aussi spectaculaires que variés. Ils ont contribué à l’évolution de poissons uniques au monde (ici le lac Santa Giustinella). © Fototeca Trentino Sviluppo S.p.A / Roberto Bragotto

Souches uniques et poissons d’ailleurs

Nous sommes dans le bassin versant de l’Adriatique : toutes les rivières qui coulent ici finiront dans cette mer, qui servit jadis de refuge glaciaire aux poissons d’eau douce. On trouve donc dans le Trentino des poissons autochtones typiques de ce bassin. La plus omniprésente est la truite fario (Salmo trutta), dont la souche locale se caractérise par des taches éparses, comme on en retrouve sur les autres farios adriatiques. L’ombre commun (Thymallus thymallus) est de la forme adriatique, caractérisé par ses flancs rosés. On rencontre également des ombles chevaliers (Salvelinus alpinus) dans les lacs d’altitude. Mais le poisson local le plus typique est sans conteste la truite marbrée ou truite marmorata (Salmo marmoratus). Une truite prédatrice qui peut dépasser le mètre et qui est endémique du bassin de l’Adriatique — on ne la trouve nulle part ailleurs.

Ce qui fait la richesse de cette région, c’est la nature mais aussi les efforts des locaux pour la préserver. De nombreuses populations de fario et de marmorata ont été réintroduites là où elles s’étaient raréfiées, par exemple dans la Val di Sole, grâce aux efforts de la pisciculture de Cavizzana, gérée par l’association de pêche sportive Solandri (ASPS).

Des poissons non autochtones ont également été introduits par le passé. Ils se sont acclimatés et font le bonheur des pêcheurs : la truite arc-en-ciel (Oncorhynchus mykiss), combative et qui atteint de belles tailles, ainsi que le saumon de fontaine (Salvelinus fontinalis), qui se jette sur toutes sortes d’appâts et de leurres.

Les grosses arc-en-ciel mettent le matériel à rude épreuve ! © @campigliodolomiti / Simonini Marco

La robe typique d’une fario sauvage de la région. © @campigliodolomiti / Simonini Marco

De gros efforts ont été dédiés à la réintroduction des truites marmorata, élevées à partir de géniteurs de souche sauvage. La pisciculture propose des visites en été. © Marc Delacoste

La truite marmorata

Même si elle n’est présente que dans une toute petite zone du globe, la truite marmorata attire des pêcheurs du monde entier. Sa rareté, sa robe singulière et sa grande taille en font un trophée recherché, à la mouche comme au leurre ou au toc. De gros streamers, cuillers ou minnows coulants permettent de viser les gros spécimens en allant les chercher dans leurs caches. La nymphe au fil et le toc offrent des prises plus nombreuses mais de tailles plus modestes.

Cette truite est menacée par la destruction de son habitat mais aussi par l’hybridation avec les truites fario. Mais les efforts de réintroduction ont porté leurs fruits et elle a récemment été supprimée de la liste UICN des espèces en danger !

© Trentino Marketing

La Sarca et ses affluents

La Sarca est un magnifique cours d’eau qui prend sa source dans les Dolomites de Brenta et le massif de l’Adamello. Son caractère, nettement torrentiel dans la partie supérieure de la vallée, s’adoucit progressivement à mesure qu’il s’écoule vers le lac de Garde. Cette rivière est déjà mentionnée au Moyen-Âge pour sa richesse en poissons, et reste incontestablement une des meilleures rivières à truite d’Italie, voire d’Europe. Son lit est constitué de pierres de toutes tailles avec d’imposants rochers affleurants qui forment des environnements d’une rare beauté. Il est peuplé de marbrées et de fario sauvages, avec des spécimens de grande taille, surtout dans les parcours no-kill.

L’accès aux berges est plus ou moins facile selon les sections.

Entre les pierres calcaires, il faut soigner ses dérives ! © @campigliodolomiti / Simonini Marco

Ne manquez pas de visiter les trois vallées latérales : la Val Genova, où la force des eaux forme des cascades surmontées de jolis ponts en bois ; la Val Nambrone avec sa plaine aux eaux cristallines, et enfin la Val Brenta avec ses gorges creusées dans la roche calcaire.

Dans celle-ci se trouve l’enchanteur Rio Vallesinella, un torrent alpin au charme incroyable, niché dans une forêt luxuriante de hêtres, de sapins et de mélèzes centenaires. Situé à plus de 1 400 mètres d’altitude, l’eau y est fraîche toute l’année.

La remise à l’eau d’une belle truite fario du rio Vallesinella. © Trentino Marketing / Alberto Zanghieri

Pêcher les torrents : les conseils de Paolo Ferrazza (Trentino Fishing Guides)

Pour de nombreux pêcheurs à la mouche habitués, comme en France, à des rivières plus larges et à des courants plus lents, ce genre de torrent peut sembler déroutant : il faut pêcher très court, et toute la clé est de limiter le dragage de la mouche. Mais les dérives sont si rapides que les truites loupent souvent les mouches !

La pêche en sèche est extrêmement efficace — un vrai régal. De gros terrestres comme la Chernobyl Ant ou la Vespa, ou de volumineux Klinkhammers lancés dans les limites du courant principal rapportent de beaux gobages. L’eau est si claire qu’on voit les poissons monter de leur cache jusqu’à la mouche.

La pêche se fait à remonter, trou après trou, courant après courant. Lors de journées un peu mornes, vous pouvez également pêcher en tandem sèche-nymphe (une technique surnommée là-bas New Zealand Rig) : sous la mouche sèche, on place une potence de fil avec une petite nymphe lestée pour aller chercher les truites en profondeur.

© Archivio Pescatori

La vallée Val di Sole

Cette zone offre l’un des plus spectaculaires paysages de la région. Entre la chaîne de montagnes Ortles-Cevedale et le parc national de Stelvio, vous trouverez 150 km de rivières, 12 lacs alpins, 4 parcours mouche en no-kill, 3 zones à poissons trophées réservées à la pêche artificielle, 2 parcours mouche accessibles uniquement sur réservation pour limiter le nombre de pêcheurs, et 2 réservoirs avec des truites de lâcher.

La région est fameuse pour les truites marbrées et les farios, mais on y trouve aussi des arcs-en-ciel et des ombles. Nous recommandons particulièrement les torrents Noce, Vermigliana, Meledrio et Rabbies, le réservoir de Pian Palù et le Lac Fazzòn (Lago dei Caprioli). En période estivale, des visites guidées de la pisciculture de Cavizzana sont proposées — à ne pas manquer !

Toutes les informations : www.visitvaldisole.it/en/fishing

Le réservoir Lago dei Caprioli offre de belles possibilités de pêche à la mouche. © Alessandro Seletti

Dans les rivières de la Val di Sole, les marmoratas atteignent de belles tailles. © Trentino Marketing / Alberto Zanghieri

La Val di Non

Autre vallée magnifique, la Val di Non. Parmi les lieux les plus appréciés des pêcheurs figurent le lac de Santa Giustina (où l’on peut pêcher de nuit l’anguille, la tanche et la carpe à certaines périodes), le lac de Tovel, le lac Smeraldo, ainsi que les petits lacs de Coredo et Tavon. Outre les plans d’eau, les cours d’eau dont Rio Sass, le Torrente Novella, le Torrente Pescara et le Fiume Noce offrent de belles possibilités pour la truite fario.

Informations : www.pescatorivaldinon.it

© Foto Flaim Fotografe

Le lac de Roncone (Valle del Chiese)

Niché entre prairies et forêts de hêtres, le lac de Roncone est, depuis 2017, titulaire du Pavillon Bleu pour la qualité environnementale et l’offre touristique durable. Situé dans les Préalpes à 782 m d’altitude, il a une superficie d’environ 30 000 m² et une profondeur de 4 m.

La pêche y est autorisée à partir du dégel complet — toutes les techniques étant autorisées à l’exception de l’emploi de poissons comme appâts.

On y pêche le brochet, la truite fario, la perche, la tanche, le gardon, le carassin et la truite lacustre. Les embarcations sans moteur sont autorisées : canoës, kayaks et float-tube.

Un bel exemple d’halieutisme

Le territoire du Trentin a, ces dernières années, mis l’accent sur le développement de la pêche sportive. Une fabuleuse initiative qui profite à la fois à l’économie locale, aux milieux aquatiques et aux pêcheurs du monde entier.

350 zones de pêche, gérées par 33 associations, se sont mises à travailler ensemble pour faire de la région une véritable destination internationale de pêche à la mouche, dans le cadre d’un projet nommé «Trentino Fishing».

Le choix a été fait de favoriser les pêches sportives et techniques (leurre et mouche) générant un tourisme international. L’accent est mis sur le catch-and-release dans de nombreux parcours. La pêche est accessible à tous mais sur certains parcours, le nombre de cannes par jour est limité et il faut réserver à l’avance, ce qui assure une grande qualité halieutique. Six zones ont également été spécialement équipées pour être accessibles aux personnes en situation de handicap.

Bref, on aimerait bien voir la même chose dans nos régions françaises, où les pouvoirs publics n’ont vraisemblablement pas saisi l’enjeu touristique et économique de la pêche sportive aussi intelligemment que leurs homologues italiens. Un exemple à suivre…

Les lacs comme les rivières sont souvent aménagés pour faciliter l’accès aux pêcheurs. © Fototeca Trentino Sviluppo S.p.A / Roberto Bragotto

Un voyage multi-facettes

Il n’y a pas que les poissons qui sont variés dans le Trentino. Les cultures locales aussi, du fait de l’isolement des vallées : trois langues différentes y sont parlées — l’italien, l’allemand et le ladin, descendant de la langue romane. Dans chaque zone, vous rencontrerez des cultures différentes, comme si vous visitiez plusieurs pays en un !

Et il n’y a pas que les truites qui auront faim lors de ce voyage… Des spécialités locales en grand nombre attendront les gourmets : le délicieux fromage Spressa delle Giudicarie, les charcuteries typiques comme le speck du Trentin, la salamella et le salami à l’ail, ou encore la tarte aux carottes typique de la vallée. De quoi reprendre des forces avant d’aller faire quelques lancers pour le coup du soir !


Suivez le guide

Même s’il est facile d’explorer la région du Trentino par soi-même, avoir recours aux services d’un guide de pêche peut grandement améliorer votre séjour. Le groupe Trentino Fishing Guide accompagne les pêcheurs le long des principaux cours d’eau en leur offrant assistance technique, informations réglementaires et conseils sur les techniques les plus adaptées.

Il est complété par le réseau Trentino Fishing Lodge, qui comprend 30 structures d’hébergement offrant des services spécifiques aux pêcheurs : vente des permis, petit-déjeuner aux horaires flexibles, espaces pour ranger et laver le matériel, paniers-repas et location de matériel. (www.trentinofishing.it)

© Trentino Marketing / Alberto Zanghieri

Pêcher en Italie

L’Italie compte 1 650 000 pêcheurs, dont la plupart sont âgés de 25 à 54 ans. Sa réglementation est conçue pour simplifier la vie des pêcheurs venus de l’étranger. Vous pouvez choisir parmi différents types de permis, disponibles auprès des revendeurs locaux et en ligne (trentinofishing.it) — de la journée unique aux séjours de plusieurs jours.

Le Gold Fishing Pass permet de pêcher pendant trois jours consécutifs dans les eaux de l’Alto Sarca et de l’Alto Chiese, avec accès libre à 500 km de cours d’eau. Le Garda Dolomiti Superfishing Pass, fruit de la collaboration entre cinq associations, donne accès à plus de 70 sites.

La pêche ouvre le 21 février 2026 dans l’Alto Sarca, et le 22 février dans l’Alto Chiese, jusqu’en octobre. En 2026, les lacs de Nambino et Nembia offrent la possibilité de louer des float-tube.

Toutes les informations : www.visittrentino.info/fr

Se rendre dans le Trentino

Le Trentin est facilement accessible par la route (autoroute A22), en avion (aéroport de Bolzano) et très bien desservi en train. La région se prête aussi très bien à des road-trips en camping-car ou en van.

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