Le port de Green Bay au petit matin.
Par Morgan Calu
Aux États-Unis, l’équipe de France a de nouveau cartonné aux championnats du monde de street fishing, malgré des poissons déroutants et exotiques. Notre auteur Morgan Calu y était, il nous raconte…
Fin octobre 2025, la ville de Green Bay a accueilli le 4e championnat du monde de street fishing. L’équipe de France avait à cœur d’y performer après son titre de champion du monde acquis en Italie en 2024. Ce championnat a la particularité d’être le premier championnat du monde de street fishing hors Europe. Il a fallu s’approprier de nouvelles espèces et lutter au mental pour accrocher un précieux podium.
Un premier street outre-Atlantique
Green Bay est une ville du Wisconsin située sur les bords du lac Michigan, aux États-Unis. On est habitué à voir les USA organiser des compétitions cantonnées à la pêche d’une seule espèce, en général black-bass ou walleye, mais le street fishing trouve naturellement sa place sur les rives de la Fox River. Cette rivière calcaire, à l’eau légèrement piquée couleur « whisky », ressemble à de nombreux cours d’eau de l’hexagone. Le fond est peu vaseux et les dalles et graviers calcaires qui constituent le substrat sont couverts d’algues à tendance vert foncé. Le courant varie dans la Fox River, le lac Michigan semblant avoir des sortes de « mini marées », tant il est immense. Parfois, le courant va du lac en aval vers l’amont. Une chose est sûre cependant, le niveau est très inférieur au niveau normal de saison aux dires des pêcheurs du coin.
Le milieu très urbain, riche en structures, présente surtout un nombre d’espèces réceptives au leurre assez incroyable ! Pas moins de 14 espèces sont prises en compte pour ce championnat du monde, réparties en cinq catégories, et il est même possible d’en leurrer d’autres non retenues comme le fameux Muskie ou le saumon chinook ! Il s’agit bien là du plus grand défi à relever pour les Européens et l’équipe de France : tenter de comprendre et capturer des espèces complètement nouvelles et inconnues.
Neuf équipes relèvent le défi
Ce 4e championnat du monde a accueilli neuf équipes. Si sur le papier cela peut paraître peu, il est tout de même constitué de la crème des street fishers européens. La France, championne du monde 2024, défend son titre. Les Hollandais et Roumains, champions du monde en 2022 et 2023, comptent bien jouer les trouble-fête. D’autres nations redoutables veulent aussi en découdre comme les Italiens, les Hongrois, les Anglais (médaille d’argent en 2024) et les Slovaques. Sans compter les États-Unis qui jouent à domicile. La neuvième équipe est l’équipe des Philippines qui participe pour la première fois à un championnat du monde de street fishing.
L’équipe de France est constituée de pêcheurs expérimentés et de nouveaux venus : Gabriel Binet et Jules Videaud, champions de France 2024 ; Tom Bontempelli et Jeremy Seguin, vice-champions de France 2024 et 2025 ; Baptiste Verger et Martin Jeanson, troisième en 2024 et champion 2023. Morgan Calu et Thomas Gasnier, champion de France 2025, assurent le soutien technique, logistique et matériel. Eric Despalin est le sélectionneur et capitaine, et Laure Hanse-Pautrot représente la FFPS sur place pour la communication.

Comment se passe un championnat du monde de street fishing ?
Le championnat du monde se déroule en deux manches sur deux secteurs. Le samedi (25 octobre), chaque nation a un binôme sur le secteur A et un binôme sur le secteur B. Le dimanche (26 octobre), les binômes qui ont pêché le A passent sur le B et inversement. Le classement est établi par secteur en additionnant les points-place recueillis par chaque duo sur chaque manche, le but étant d’en avoir le moins possible.
Le classement par manche est établi sur le cumul de centimètres de poissons capturés. Seuls les 7 plus gros poissons comptent et un maximum (quota) de 5 poissons par catégorie est fixé. Pour compter, les poissons doivent mesurer au moins 25 cm, quelle que soit la catégorie. Les scores sont remis à zéro à chaque manche.
Les cinq catégories
Les black-bass : le black-bass à grande bouche, bien connu en France, et le black-bass à petite bouche, communément appelé « smallie », qui fait fantasmer de nombreux pêcheurs au leurre de l’hexagone.
Les walleyes : une catégorie stratégique. Ce cousin du sandre est très présent sur la Fox River. Deux espèces comptent : le walleye (doré jaune), le sauger (doré noir), et leur hybride.
Les catfish : sûrement la catégorie la plus fantasque. Trois espèces sont comptabilisées : le Channel Catfish, le Flat Head et le Bullhead. Leur taille est souvent conséquente (plus de 50 cm), de vrais « bonus fish ».
Le freshwater drum : le poisson tambour, aussi appelé Sheephead, est un membre de la famille des sciænidés comme le maigre ou le corb. Il a la particularité de grogner et d’émettre des sons audibles dans l’eau. Il raffole des écrevisses et moules d’eau douce qu’il broie à l’aide de puissantes dents pharyngiennes.
Les panfish : cinq espèces de petits poissons recherchés sur matériel ultra-léger. On y trouve le bluegill, le crapet de roche, la yellow perch (très réceptive au ned rig et micro jig), le crappie et le white bass.




Pour bien se familiariser à ces nouvelles espèces et pour découvrir le parcours, trois sessions d’entraînement officielles de 10h à 16h sont organisées le mardi, mercredi et jeudi qui précèdent les deux manches. En dehors de ces créneaux, il est interdit de pêcher sur les secteurs.
Première manche : quand l’expérience compte !
Le stress est palpable quelques heures avant la première manche. Les Français l’ont d’autant plus qu’ils ont à cœur de confirmer leur performance de 2024.
Sur le secteur A, la stratégie est de pêcher la bordure pour tenter de faire des smallies. Sur le secteur B, un court canal avec une écluse, en aval d’un seuil, semble être le meilleur spot. Le départ est donné à 9h30, la pêche débute à 10h et se termine à 15h.
Sur le secteur A, Baptiste et Martin déroulent le plan en commençant par tenter de leurrer des smallies en bordure. Mais ces bougres de petites bouches ne répondent pas. Baptiste leurre tout de même un beau walleye de 51 cm. Martin fait quant à lui un black-bass et un drum qui les placent idéalement à mi-manche. Ils joueront de malchance avec plusieurs poissons à quelques millimètres des 25 cm…
Jeremy et Tom sont sur le secteur B. À 9h30, ils se ruent en aval du canal alors que quasiment toutes les autres nations se cantonnent aux deux tiers amont. Le doute s’installe et en effet, très rapidement, plusieurs nations capturent des walleyes. Les Roumains et les Hongrois bouclent même leur quota de 5 walleyes avant la moitié de la manche. Pour nos Français, cela ne se passe pas comme prévu : Jeremy et Tom n’ont aucune touche de walleye. À mi-manche, ils décident d’appliquer le plan B et de partir faire une pêche de bordure. Rapidement Tom leurre un black-bass à grande bouche, puis Jeremy signe un magnifique smallie de 43 cm. Il faut attendre sept minutes avant la fin pour que Jeremy et Tom mettent au sec un walleye à la lame. Ce dernier poisson crucial les place 5e sur 9 et sauve une manche compliquée.


À l’issue de cette première manche, les Français sont 5e sur 9 au classement général. Tout est malgré tout jouable. Une médaille de bronze est accessible mais le peloton est très serré. Les Roumains et Hongrois dominent les deux premières places.
Deuxième manche : la France se la joue « drum and bass »
La pression monte encore d’un cran le dimanche pour la deuxième et dernière manche. Baptiste et Martin sont remplacés par les rookies Gabriel Binet et Jules Videaud, les plus à même de scorer sur les walleyes du secteur B grâce à leur rapidité.
Gabriel et Jules parviennent à atteindre le premier objectif : arriver premiers sur le canal. Mais dans la continuité du samedi, nos Français ne parviennent pas à leurrer ces satanés walleyes. Des walleyes se font à leur gauche, à leur droite, mais rien pour eux. Comme la veille, il faut se résoudre à laisser le canal et tenter la pêche de bordure.
Pendant ce temps, sur le secteur A, Tom et Jeremy sont sur un nuage. Ils leurrent beaucoup de drum au lipless et bouclent leur quota de 7 poissons avec deux black-bass supplémentaires sur les bordures.


Côté secteur B, la délivrance arrive à moins de deux heures de la fin : Gabriel leurre un très gros drum de 59 cm ! Un vrai poisson « game changer » qui place le duo en milieu de tableau avec un seul poisson. Derrière, Morgan calcule les points : si rien ne change, la France est troisième !


Un seul poisson à peine maillé de 26 cm peut encore faire gagner deux places. Le score en restera là, avec une dernière sueur froide sur le secteur A où les Américains passent devant Tom et Jeremy à deux minutes de la fin grâce à un très gros walleye.


La France troisième de ce championnat du monde aux USA !
Ex-aequo avec les Anglais en cumul de points-place, la France accroche le podium avec plus de centimètres de poisson et plus de poissons capturés. Pour la deuxième année d’affilée, l’équipe de France street fishing gagne une médaille — une première pour une équipe de France de pêche au leurre et pour la FFPS Carnassier. Les deux premières places sont octroyées à la Roumanie et à la Hongrie, cette dernière devenant la nouvelle nation championne du monde de street fishing.
Les membres de l’équipe de France de street fishing souhaitent remercier Eric Despalin et Jiliti, la FFPS Carnassier ainsi que tous les donateurs qui ont participé à la cagnotte et ont permis de financer cette aventure extraordinaire.
Le mot d’Eric Despalin – sélectionneur et capitaine
Comment est réalisée la sélection ? Je fais ma sélection sur la base des résultats de chaque binôme au championnat de France de street fishing sur les 3 dernières années afin de juger la performance sur la régularité. Je présélectionne les 5 premiers binômes du classement cumulé, puis en fonction de la particularité du championnat du monde, je garde 3 binômes pour constituer l’équipe de France.
Quelles sont les particularités de ce championnat du monde ? La particularité résidait surtout dans le fait que nous allions pêcher des espèces que nous ne connaissons pas en France. Il a fallu s’adapter rapidement durant les jours de pré-fishing afin d’établir une stratégie en fonction des secteurs de compétition.
Comment faire partie de l’équipe de France ? Il faut constituer un binôme et participer au championnat de France de street fishing chaque année, y performer pendant 3 ans. Mais au-delà des résultats, il y a aussi le comportement et la capacité à se mettre au service de l’équipe pour la performance globale et non individuelle.
Le mot de Gabriel et Jules
Qu’est-ce que ça fait d’intégrer l’équipe de France ? On est vraiment très fiers. Avec Jules, on a commencé le championnat de France de street fishing à l’âge de 17 ans. En 2024, nous sommes devenus champions de France pour la première fois et sélectionnés en équipe de France pour le championnat du monde 2025 aux États-Unis. C’est une belle récompense de tout ce travail accompli et surtout un honneur de pouvoir défendre les couleurs de la France. Découvrir de nouvelles espèces, de nouveaux lieux de pêche et se confronter à d’autres nations. C’est juste exceptionnel !
Le mot de Jeremy et Tom
Qu’est-ce qui nous a permis d’obtenir une médaille de bronze ? Le point fort de notre équipe a été la complémentarité dans les techniques, avec plus de gratte pour moi (Tom) et des pêches plus dynamiques pour Jeremy. Autre gros point fort : la confiance en l’autre et le mental. Le fait de rebondir et de s’adapter en fonction de l’évolution du plan de départ sans s’enterrer dans une mauvaise stratégie. On sait s’écouter l’un l’autre et suivre les instincts de l’autre avec réactivité pour ne jamais subir.
Comment avez-vous abordé ce championnat ? Nous avions un peu d’appréhension vis-à-vis des espèces inconnues. Mais lors de la semaine de repérage, nous avons été rassurés : malgré des espèces nouvelles, nos techniques de street habituelles fonctionnaient (light texas, lames, micro jig…). Les bass à petite bouche se pêchaient comme chez nous la perche, en ciblant les 20 premiers centimètres de bordures dès qu’il y avait une irrégularité. Notre force : la réactivité et une sorte de powerfishing même sur des berges hostiles avec des leurres finesse. On a adapté nos méthodes françaises aux eaux américaines, juste un tempo plus lent et très près du fond.