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L'histoire de la pisciculture

Autrefois en terre, la plupart des bassins de production sont aujourd’hui en béton.

Crédit photo Jean-Baptiste Nurenberg

Élevés à des fins alimentaires, ornementales ou de gestion, les poissons de pisciculture sont omniprésents dans notre quotidien. Ce savoir-faire est le fruit d’une lente évolution qui a débuté dans la nuit des temps. Retour sur une très longue histoire.

Jusqu’au Paléolithique, la vie des hommes était régie par la chasse, la pêche et la cueillette. La domestication de certaines espèces végétales et animales marque l’arrivée de l’agriculture. Si, à l’origine, les espèces élevées étaient terrestres, certaines civilisations vont se tourner vers le milieu aquatique. C’est en Asie, en Chine sous la dynastie de Chou et en Inde, il y a près de 3000 ans, que l’on retrouve les toutes premières traces de pisciculture. La première espèce animale aquatique élevée était un poisson : une carpe !

pisciculture et poissons d'etang
La carpe est l’une des espèces de poisson dont on produit le plus fort tonnage en pisciculture. dans le monde entier.
Crédit photo : Bruno Mathieu

Les cyprinidés

Sa domestication n’est pas le fruit du hasard. Bien qu’à cette époque, on ne dispose pas de connaissances appuyées, on est déjà capable d’observer chez cette espèce certains caractères intéressants, notamment sa robustesse et sa tolérance. Elle est alors élevée de façon très extensive, dans des conditions assez proches de celles que nous connaissons aujourd’hui. Mais en Asie, cette production connaît un coup d’arrêt pour des raisons plutôt originales. En 618, sous la dynastie Tan, l’empereur Li, dont le nom signifie carpe, interdit en effet son élevage ! Les pisciculteurs sont alors contraints de cibler d’autres espèces, souvent des cyprinidés, afin de maintenir leur activité. Dans le même temps, sur les bords de la Méditerranée, Romains et Étrusques (peuple vivant au centre de la péninsule italienne) se penchent vers l’élevage aquacole. Les huîtres sont les premières espèces produites, mais une pratique émerge visant à exploiter de façon très extensive les lagunes du littoral. Ces dernières sont utilisées comme des pépinières naturelles en y enfermant les juvéniles de poissons grâce à un système de filets et de grilles.

Autrefois en terre, la plupart des bassins de production sont aujourd’hui en béton.
Crédit photo : Jean-Baptiste Nurenberg

Grossissement

Ce type de production va lentement se répandre à travers l’Asie et l’Europe. En France, sur le bassin d’Arcachon, se mettent en place des techniques d’engraissement, avec la création des premiers viviers visant à stocker les poissons avant leur consommation. L’élevage progresse lentement, avec des protocoles de production simplifiés, limités presque exclusivement au grossissement. En Europe, c’est au Moyen-Âge que tout bascule avec une vraie maîtrise du cycle de production intégral de la carpe. Les moines orientent l’élevage vers la domestication totale des cyprinidés qu’ils produisent dans leurs étangs. Grâce à la sélection, ils créent de nouvelles variétés, aujourd’hui très courantes : carpes cuir et miroir. En France, il faut attendre le XIIe siècle pour retrouver la trace de ces piscicultures spécialisées, avec les riches réseaux d’étangs des Dombes ou de la Brenne.

reproduction artificielle de la truite
La truite arc-en-ciel est l’un des salmonidés les plus élevés au monde.
Crédit photo : Bruno Mathieu

L'époque moderne

Pendant les siècles qui suivent, l’activité évolue lentement avec l’apparition des premières structures d’élevage à but ornemental. C’est à la fin du XIXe siècle que deux Français vont porter la pisciculture vers la modernité. Joseph Remy et Antoine Géhin, deux Vosgiens habitant le village de La Bresse, vivent alors en partie de la vente des truites qu’ils pêchent principalement dans la Moselotte, un affluent de la Moselle. Devant le déclin des populations, lié aux différentes pressions anthropiques, et après de longues saisons d’observation, les deux pêcheurs mettent en place un protocole de reproduction artificielle moderne. Remy et Géhin capturent, avant la reproduction, des géniteurs de la Moselotte qu’ils stockent jusqu’à maturité. Ils récupèrent alors, par massage, œufs et laitance, qu’ils placent dans des boîtes en fer perforées garnies de graviers. Ces boîtes sont d’abord installées dans une fontaine d’eau fraîche jusqu’à l’émergence des larves, vite déversées pour repeupler le cours d’eau.

L’invention du granulé a révolutionné la pisciculture moderne.
Crédit photo : Jean-Baptiste Nurenberg

Les salmonicultures

La maîtrise des grandes étapes d’élevage de la truite favorise l’apparition de salmonicultures un peu partout sur le réseau hydrographique français. En 1910 déjà, une centaine de structures existent et sont installées pour la plupart à la place d’anciens moulins. À l’échelle mondiale, ce pas en avant favorise le transport, l’introduction et l’élevage de nouvelles espèces de poissons. L’invention du granulé artificiel dans les années 1950 révolutionne la pisciculture en permettant l’intensification progressive des productions. C’est à cette époque que l’on voit apparaître de façon plus récurrente certains poissons phares comme la truite arc-en-ciel, par exemple, qui s’adapte parfaitement à ces conditions d’élevage intensif. Ce poisson est en effet plus robuste que la truite fario, capable de s’adapter à des variations de paramètres environnementaux. La truite arc-en-ciel est rapidement devenue l’espèce la plus élevée au monde avec près de 800 000 t produites chaque année !

La pisciculture à but ornemental est loin d’être une activité récente. Elle existe en fait depuis des siècles.
Crédit photo : Jean-Baptiste Nurenberg

Pisciculture marine

Depuis Remy et Géhin, la France a toujours été un pays précurseur en matière de pisciculture, avec de nombreuses innovations techniques, mais aussi dans la maîtrise des cycles d’élevage de nouvelles espèces. Les années 1980 marquent l’essor de la pisciculture marine. Des organismes de recherche comme l’Inra, le Cemagref ou l’Ifremer ont très largement contribué à l’expansion de cette activité, en se penchant sur des espèces de grande consommation: saumon, bar, daurade royale, maigre ou turbot. Si les écloseries sont localisées à terre, le grossissement, lui, se fait la plupart du temps en pleine mer dans de grandes cages flottantes, carrées ou circulaires. La grande majorité de ces piscicultures se trouvent aujourd’hui sur le littoral méditerranéen. Bar et daurade sont les deux espèces les plus élevées en France.

Par manque de sites, la pisciculture marine est désormais en régression.
Crédit photo : Jean-Baptiste Nurenberg

En croissance

Aujourd’hui, à travers le monde, presque tout s’élève de façon plus ou moins extensive avec une pisciculture qui évolue au fil des découvertes, mais aussi des contraintes environnementales et législatives. L’élevage de poissons, ainsi que l’aquaculture de façon générale, ne cessent de croître pour pallier la raréfaction des espèces sauvages, qui semblent avoir atteint, pour certaines espèces, un point de non-retour. D’après certaines études, d’ici 2030, plus de 60% des produits de la mer que nous consommerons seront issus d’une aquaculture qui, on le sait, n’a pas que des effets bénéfiques. Mais ça, c’est une autre histoire…

De nos jours, presque tout s’élève. Ici des bébés poissons-clowns.
Crédit photo : Jean-Baptiste Nurenberg

 

La prédominance des cyprinidés

Parmi les dix espèces les plus élevées dans le monde, huit sont des cyprinidés, tous issus du continent asiatique, preuve de l’importance de l’élevage pour ces populations. La carpe est toujours aussi présente avec près de 4,5 millions de tonnes produites chaque année. Seul le tilapia (cichlidé) et le saumon atlantique (salmonidé) offrent un peu de diversité en occupant respectivement les 4e et 9e places de cet étonnant classement.

 

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