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Mystères de rivières… Les différences entre la théorie et les pratiques…

Il est très marquant de voir comment de nouvelles rencontres stimulent la réflexion. C’est exactement ce qui s’est passé avec mon ami Pascal Bouveur. Au fil des discussions et des pêches, de vrais échanges se sont mis en place et le simple fait d’être en pêche, devient un enrichissement. C’est ce qui s’est passé pour une série de pêches que nous avons effectués ensemble sur le bief d’une mystèrieuse rivière du sud de la France. Nous avons vécu des pêches imprévues, loin de ce que nous attendions en théorie. Malgré la grande expérience de Pascal sur ces eaux, nous avons été à chaque fois surpris par les poissons et par le milieu aquatique…

Acte 1 : croisade en terrain connu, et capot !!!!!!!!!!!!!!!!!

C’est au forum de Montluçon en février 2010 que j’ai fait la connaissance de Pascal. Entre noix tigrées et bateau amorceur, au fil des discussions, les connexions entre nous se sont faites quasiment de suite. Très vite, nous envisageons de pêcher ensemble et il me fait l’honneur de me dévoiler les photos d’un de ses jardins secrets. Il sait que j’aime les rivières intimes et sauvages avec de beaux et bons poissons. Et là c’est bien le cas ! Il me comte et me narre ses pêches d’extraterrestre dans un lieu insoupçonné. Je n’ose y croire quand il me propose de partager une session en ce lieu saint. Nous échangeons beaucoup par téléphone et au cour de quelques pêches en plan d’eau… Il connaît l’endroit parfaitement et me le décrit avec précision. Son poste de prédilection, qu’il aime pêcher avec son frère Michel (dit « Mimi »), est constitué d’une méga fosse et d’un bloc rocheux énorme qui affleure à la surface. Les carpes ne sont point farouches et font preuve d’une grande puissance lors des combats.

Ce n’est qu’au mois de novembre qu’une fenêtre temporelle se libère et que nous pouvons enfin nous y rendre ensemble. Lors du positionnement des cannes, j’écoute précisément les conseils du maître des lieux et je m’aperçois qu’il maîtrise la pêche et l’endroit. Il n’est pas inquiet, malgré un refroidissement brutal des températures. L’eau est fraîche mais on devrait faire un peu de poisson. Même si les conditions sont loin d’être optimales, nous sommes confiants car les capots sont rares. Il a même fait de très belles pêches en plein mois de décembre dans une eau approchant les 6°. Là l’eau est aux alentours des 10°, donc ça devrait le faire. Mais au bout de 48 heures, le constat est sans appel : capot ! L’eau s’est très rapidement rafraîchie et elle est surtout claire comme du gin. Nous en profitons quand même pour bien repérer les fonds (visibilité jusqu’à 3 mètres) ; en vue d’une prochaine session à la belle saison. Ainsi pour se premier contact, en théorie, nous aurions du faire au moins un poisson, mais en pratique nous avons certainement été trop confiants…

Acte 2 : gros fish dans le money time

C’est en juin 2011 que nous tentons de prendre notre revanche. Cette fois tous les compteurs semblent dans le vert. Nous sommes gonflés à bloc, et nous essayons de bien réfléchir, d’observer et de varier la pêche, à la fois en tenant compte de l’expérience de Pascal et en s’adaptant aux circonstances. La moitié des cannes pêchent de façon classique et l’autre moitié joue la carte de la différence, en jouant sur les appâts ou les spots choisis. Nous pêchons toutes les profondeurs, les bordures, les obstacles, le lit… Ainsi nous pensons intercepter au moins un poisson sur ce bief court de rivière. Nous pensons que la pêche doit se faire la première nuit, les carpes sont là, elles se manifestent, surtout en aval du poste. Les barebeaux sont ultra actifs et nous les enchaînons en se frottant les mains. Car aussi bien Pascal que moi-même, nous avons vécu cela plusieurs fois. Nous reposons les lignes avec confiance et application, car nous savons qu’après les barbeaux, les carpes ont de très grandes chances de mordre.

Le lendemain matin, nous sommes fatigués et déconfits. Aucune carpe n’a rejoint le tapis et nous avons très peu dormis. De plus, Pascal a un imprévu familial : il doit partir en début d’après midi et ne reviendra que tard dans la soirée. Nous plaçons les cannes sans vraiment y croire. Dans nos têtes, la théorie sur le devenir de cette pêche était claire : de nouveau, capot ! Mais Pascal tempère mon pessimisme et me dit que ça pêche et qu’on verra bien. Le soir venu, c’est de nouveau la fête des barbeaux.

Je tente de ne rien lâcher et je repose les cannes les unes après les autres. A minuit, je m’endors, comme une masse. Une heure plus tard, Pascal est de retour sur le poste. Nous convenons de plier le camp à partir de 9h30 le lendemain matin. Alors que le réveil était réglé sur cette heure précise, à 9h20, un départ d’enfer a lieu sur l’une des cannes de Pascal que j’avais replacé plusieurs fois la veille. Un combat énorme s’engage et s’est en bateau que ce super poisson nous fait visiter le bief. Pascal a le plaisir de voir plier ses toutes nouvelles cannes : des Torrix montées par la dynamique entreprise Banana Rod. C’est une belle miroir de 17+ qui nous sauve de fort belle manière du capot. Pour cette deuxième pêche, les choses se sont encore déroulées de façon imprévue, quasiment au moment de partir. Ce poisson est le fruit d’une vraie pêche d’équipe.

Acte 3 : A contre-pied et au mètre près…

Ces moments nous ont tellement marqué, que nous décidons d’y revenir quelques jours plus tard, au mois de juillet, en compagnie de mon autre pot de toujours : Laurent. Nous pourrions pêcher à 3 sur le poste habituel mais j’ai repéré avec Pascal un autre beau poste plus en amont et l’envie me brûle de le tester. Ce poste sent la tenue à plein nez : une longue bordure encombrée, oxygénée un maximum avec un beau ruisseau d’eau fraîche qui se jette dans la rivière, une belle plage de sable et un superbe saule qui surplombe l’eau où les carpes doivent sûrement venir flâner. Nous avons 3 jours et 2 nuits devant nous. Laurent et moi allons tester ce superbe poste pendant 24 heures, puis Pascal nous rejoindra pour le reste de la session. Si ce poste donne de bons résultats, nous y insisterons ; s’il est stérile, nous pourrons nous replier en aval. Pascal nous a bien briffé : il connaît les fonds par cœur, et d’après lui, la pêche doit se faire dans le lit de la rivière et pas trop en bordure. Nous accédons au poste en bateau et le repérage commence. Nous avons l’impression de nous retrouver quelques années en arrière, à la grande époque du Lot : des arbres partout, des spots à gogo, une eau belle et attirante. Nous avons bien retenu les conseils de Pascal, mais les bordures nous attirent irrémédiablement, d’autant que la profondeur est correcte très rapidement (entre 80 cm et 1m20 ; alors que le lit de la rivière arrive juste à 2m50 à cet endroit de la rivière). Au moment de poser nos 8 cannes, seules 2 rejoignent le lit.

Le lendemain matin le constat est clair : seule l’une des deux cannes dans le lit a déroulé. Une belle miroir couleur bronze pour Lolo. Pascal nous rejoint et choisit de se poster plus en aval. Il nous incite à axer notre pêche sur le lit car il va faire de même. C’est un peu troublé que je m’exécute, mais je sais bien qu’il a raison. Pourtant je ne déplace mes montages que de quelques mètres par rapport à la nuit précédente. Mais la différence est énorme : nous enregistrons 3 nouveaux départs pour de superbes poissons entre 9 et 13.5 kg. Pascal avait raison et encore une fois cette rivière nous a montré les grandes différences entre théorie et pratique. Nous étions certains que les bordures allaient dérouler alors que nous avons enregistré toutes les touches dans le lit. On aurait pu croire que ces carpes sauvages et vierges n’hésiteraient pas à monter le long des bordures pour se nourrir et ainsi tomber sur nos pièges. Mais tel ne fut pas le cas ! Elles n’ont très certainement pas besoin de beaucoup se déplacer pour s’alimenter, tellement la nourriture naturelle est omniprésente. Il faut donc pêcher très précisément sur le passage des carpes et pas un ou deux mètres à côté. La précision est un élément capital dans notre pêche, tout autant que le souci permanent de s’adapter et de se remettre en question, loin des clichés et des idées reçues. Ces quelques carpes estivales nous l’ont rappelé de bien belle manière. C’est à cette condition sine qua none que le nirvana s’offrira à vous !

 

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