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La vidange d'un étang

Après des semaines de lente décrue, l’étang est presque vide. Il faut s’occuper des poissons.

Crédit photo Laurent Madelon

En novembre dernier, nous avons eu l’opportunité de suivre la vidange d’un grand plan d’eau, l’étang du Merle, pilotée par l’équipe de techniciens de la fédération départementale de la Nièvre, aidés ce jour-là de nombreux bénévoles. C’était l’occasion de pointer l’intérêt de ce type d’opération spectaculaire.

L'étang du Merle, un plan d’eau de 19 ha, situé à 356 m d’altitude, a été créé au XVIIIe siècle sur la commune de Crux-la-Ville (58), à quelques kilomètres de Saint-Saulge. À l’origine destiné à la pisciculture, il est devenu avec le temps un site de loisirs, de pêche et de promenade, idéalement inséré au cœur d’un beau massif forestier. Le plan d’eau est géré par la communauté de communes Amognes Cœur du Nivernais mais, pour la pêche, sa gestion en est assurée par la fédération de la Nièvre et l’AAPPMA de Vaux.

Dans la froideur d’un petit matin d’automne, tout le monde est là. Les choses sérieuses vont pouvoir commencer.
Crédit photo : Laurent Madelon

Partie prenante

Récemment classé lac de barrage, du fait d’un niveau d’eau supérieur à 5 m à la digue et de la présence d’habitations à moins de 200 m, l’étang subit une obligation de vidange, ne serait-ce que pour colmater les quelques fuites détectées dans le liner venu renforcer l’étanchéité de la digue historique il y a plusieurs années. Quand une vidange est décidée, la fédération de pêche est toujours partie prenante pour que l’opération soit la moins contraignante possible pour le milieu et afin d’assurer les indispensables récupération et sauvetage de la population piscicole.

Les techniciens ont la surprise de découvrir que la bonde, installée verticalement et à moitié obstruée, interdit une vidange complète.
Crédit photo : Laurent Madelon

Une lente décrue

Quelques mois avant toutes ces opérations, les vannes sont donc ouvertes de manière à permettre à l’étang de se vider lentement ce qui regroupe les poissons sur la zone la plus profonde. Durant toute cette période, la pêche est évidemment interdite. L’eau transite alors par une buse située sous la digue et rejoint un petit étang annexe où seront récupérés les poissons le jour J. Ce dernier est équipé d’un moine, un dispositif qui permet, en ajoutant ou en supprimant des planches, d’abaisser le niveau par les couches profondes mais sans aspirer les vases. Et puis vient enfin la journée qui doit clore ce long processus. En ce matin de novembre, au petit jour, pluie, brouillard et froid sont au rendez-vous. Une quarantaine de personnes sont déjà là. Les techniciens de la fédération bien sûr, les bénévoles de l’AAPPMA de Vaux et de quelques associations voisines, ainsi que les élèves du BTS aquacole de Château-Chinon. Installé la veille, le matériel est prêt : bassines pour stocker les poissons, tables de tri, bacs de transport, filets, épuisettes, etc. Un chapiteau est également monté pour le déjeuner. Le lac est quasiment vide, tout est donc prévu… ou presque ! L’équipe découvre en effet que la buse d’évacuation, installée verticalement, dans le but d’empêcher la vase d’y créer une zone tampon, rend impossible la vidange complète. D’autant plus qu’un amas de débris divers en a quasiment obstrué l’entrée. Il va donc falloir la déboucher avant de tirer le filet dans cette poche vaseuse afin d’en extraire les poissons prisonniers. Autre mauvaise nouvelle : une sorte de barrière naturelle s’est constituée, avec le temps, à une cinquantaine de mètres de la digue, empêchant une partie des poissons de passer. Ceux-là devront prendre leur mal en patience et attendre la remontée des eaux.

La pêche a débuté. Les poissons sont peu à peu emprisonnés au filet, au pied de la digue
Crédit photo : Laurent Madelon

Récupérer les gros

Avec toute son équipe, Ivan Alfier, le directeur de la fédération, s’installe au pied de la digue pour assurer la pêche des poissons. Une partie des étudiants est chargée du transport des bacs pleins de poissons vers les bénévoles chargés du tri. Les autres accompagnent les techniciens pour tenter, à l’aide d’une petite embarcation, de récupérer de gros individus isolés dans la zone tampon, des carpes notamment, incapables de rejoindre la bonde du fait de la faible hauteur d’eau. Dans la vase jusqu’au ventre parfois, c’est pour ces jeunes un travail extrêmement laborieux. Dans le même temps, la première équipe ramène le filet qui cerne la buse d’évacuation et en extrait les poissons. « Le travail s’organise en deux étapes, précise Ivan Alfier. Nous sélectionnons d’abord les plus gros, notamment les carnassiers, qui sont bien souvent les plus fragiles. »

Les beaux carnassiers, sandres notamment, considérés comme assez fragiles, sont mis de côté avant d’être stockés avec précaution.
Crédit photo : Laurent Madelon

Les sandres d'abord

Les sandres sont les premiers à bénéficier du sauvetage et les caisses sont directement portées sur la digue et vidées dans des bacs d’eau claire. Brochets et gros cyprinidés, tanches et carpes, suivent. Chaque individu rejoint un bac réservé à son espèce. Au fil du temps, la taille moyenne diminue et de pleins bacs de poissons rejoignent les tables de tri. En dernier lieu, les indésirables, poissons-chats et écrevisses américaines, sont évacués dans de grands contenants qui partiront directement à l’équarrissage. D’ailleurs, les techniciens ont vite remarqué que ces poissons-chats étaient présents bien plus que prévu : « C’est l’un des intérêts de ces vidanges, remarque Ivan. Elles permettent d’évaluer avec précision la réalité des populations. Ici, la prédominance de ces poissons-chats est sans doute due à un déséquilibre qu’il va falloir identifier. » Et en effet, les populations de gardons récupérées n’ont que peu de rapport avec ce qui était attendu…

L’étang n’ayant pu être totalement vidangé, dans les secteurs très envasés, la récupération de certains spécimens isolés est une opération longue et fastidieuse.
Crédit photo : Laurent Madelon

Pause déjeuner

L’opération suit son cours jusqu’à midi. Harassés, trempés et crottés, tous les participants se retrouvent autour d’un copieux repas chaud bien mérité. La pause est cependant de courte durée car il s’agit de déplacer tout le matériel de pêche sur l’étang du bas pour finaliser l’opération avec les poissons ayant dévalé. Même si le milieu est plus ouvert que le matin, la vase, omniprésente et profonde, rend encore une fois l’opération pénible. Le principe général – commencer par les carnassiers et les gros sujets – est maintenu mais rapidement, à quelques exceptions près, il s’avère que 90% des poissons présents sont des chats. C’est une grosse déception pour toute l’équipe qui s’attendait à trouver là de jeunes et beaux sandres… En novembre, la nuit tombe vite et la luminosité est déjà bien basse quand Ivan annonce la fin de l’opération. Mais si la pêche est finie, la journée est loin de l’être car il faut tout nettoyer et tout remballer. Il s’agit aussi, et sans perdre de temps, d’exporter les poissons vers leurs nouveaux lieux de résidence.

Le tri des poissons par espèces demande aussi beaucoup de temps. La découverte d’une population de poissons-chats bien plus importante que prévu est la surprise du jour.
Crédit photo : Laurent Madelon

La redistribution

« Nous demandons à nos AAPPMA de nous indiquer leurs besoins, explique Ivan. Nous organisons alors une tournée de rempoissonnements ! » Ces poissons appartiennent aux pêcheurs et doivent impérativement être redistribués sur le domaine public. C’est d’ailleurs l’invariable réponse apportée aux nombreuses personnes qui rôdent dans l’espoir d’acquérir à peu de frais quelques beaux poissons voire à ceux qui viennent carrément quémander un plein seau de vifs pour leurs prochaines sorties… Un camion et une remorque, spécialement équipés de bacs oxygénés, sont chargés par espèces et partent ainsi libérer leurs précieux contenus. En l’occurrence, sandres et gardons rejoignent le lac de Chaumeçon, les brochets sont eux relâchés dans l’étang Gouffier, appartenant à la fédération et destiné au repeuplement. Tanches, carpes et perches gagnent pour leur part l’étang de Vaux.

Cette belle petite troupe de tanches va rejoindre l’étang de Vaux, situé à quelques kilomètres seulement.
Crédit photo : Laurent Madelon

Encore huit

Technicien, bénévole, étudiant… chacun peut maintenant regagner ses pénates avec la satisfaction du devoir accompli. C’est Ivan Alfier, le directeur, qui aura le juste mot de la fin, m’indiquant que cette lourde et longue vidange étant achevée, il lui en reste malgré tout huit autres à mettre sur pied cette année !

La longue journée n’est pas terminée pour tout le monde. Tous les poissons, sauf espèces indésirables, sont alors embarqués sur des camions pour être redistribués le plus vite possible dans les plans d’eau de la région.
Crédit photo : Laurent Madelon

Cours d'eau à la loupe

La fédération de pêche de la Nièvre est à l’origine de l’ORP (Observatoire régional des pressions), qui regroupe, de manière écrite et archivée, tous les renseignements concernant les pressions et dégradations subies par les milieux aquatiques au fil des ans. Le but est d’ouvrir un historique pour tous les cours d’eau afin que chaque acteur puisse aussi évaluer au mieux l’évolution de son environnement. Les sources sont multiples et intègrent même les souvenirs des anciens pêcheurs pour obtenir un résultat le plus exhaustif possible.

 

 

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