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Génération grosses carpes

Ces dernières années la France et l’Europe entière ont vu une augmentation significative de grosses carpes capturées. La génération dite « old school » et, certains regrettés défunts précurseurs doivent se retourner dans leurs tombes devant l’explosion de tous ces records et les poids hallucinants et inconcevables parfois affichés. L’impensable est devenu une réalité. Triste parfois il faut bien l’avouer ou tout simplement dû à une évolution naturelle mais aussi et parce que ce n’est pas uniquement chez les adultes que les mœurs changent. Nous allons essayer de comprendre le pourquoi de cette évolution dans notre passion et si celle-ci est une bonne chose pour sa pérennité

Un peu d’histoire et de biologie

Après d’importantes migrations, la carpe sauvage commune est venue s’implanter en Europe. Elle est originaire d’Asie et a traversé l’Orient pour venir coloniser en masse le Danube. Le commerce de celle-ci dans les pays et régions bordant le Danube a rapidement conduit à son implantation en Europe occidentale. Au Moyen Age, la carpe arrive en France et colonise nos eaux. Les moines se consacrent à son élevage et donnent naissance à la cypriniculture plus communément appelée l’élevage de carpes. Certaines espèces génétiquement modifiées créeront les carpes miroir et cuir. Les morphologies elles aussi sont différentes et plusieurs types référencés sur le rapport longueur-hauteur servent de base aux pisciculteurs. Nous ne rentrerons pas dans la biologie pure, ça n’a que très peu d’intérêt ici mais il était important de savoir que la variété de ces espèces génère une morphologie et une génétique différentes. Celles-ci sont fortement dépendantes du milieu dans lequel vit le sujet. Régions et eaux tempérées, abondance et variation de la nourriture naturelle et de la biodiversité mais aussi, ne l’oublions pas, l’augmentation significative du nombre de pêcheurs de carpes. Lorsqu’elles ne sont pas issues de leur milieu naturel certaines sélections se font maintenant de façon draconienne par les pisciculteurs. Ceux-ci ayant, il faut bien l’avouer, bien compris la manne financière que peut apporter une souche à la génétique avantageuse, nos piscicultures françaises deviennent de vrais lieux de manipulations, de triages et d’essais biologiques pour proposer des sujets toujours plus gros au détriment parfois d’une certaine éthique, certains apports nutritionnels étant modifiés et amplifiés.

Les hivers doux changent le comportement des poissons
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Une triste banalisation

Les nouvelles générations de pêcheurs, et cela est tout à fait normal, ont involontairement brûlé certaines étapes et n’ont pas connu l’évolution de la célèbre barre mythique. A la fin des années 80, là où notre passion a réellement connu une explosion sensible et intéressait de plus en plus d’adeptes, un poisson de 20 kilos était à l’époque un trophée incommensurable. C’est à ce même moment qu’une minorité de pêcheurs se sont lancés dans une pêche différente et exclusive ne visant que les plus gros sujets : le « spécimen hunting » était né. L’attrait du toujours plus gros et imposant a généré de véritables passions et vocations mais aussi certaines désocialisassions pour les plus enragés.

Une autre belle d'un lac de plaine pour Gaz
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On a alors vu un nombre grandissant de gros poissons s’afficher dans nos magazines préférés et autres ouvrages carpe. Les différentes nations européennes se sont intéressées en masse à nos eaux françaises et la pression de pêche a naturellement augmenté. C’est alors que d’autres poids encore plus généreux et hallucinants ont fait surface et des grands fleuves, grands espaces et grands lacs ont connu leurs aficionados. Qui n’a pas rêvé des grands poissons pris par de grands noms précurseurs anglais, belges, hollandais ou de carpes légendaires prises dans des lieux mythiques comme en a croisé à l’époque mon ami Didier Cottin sur le lac de Saint Cassien. Nos sources d’informations se sont alors élargies et on a pu connaître petit à petit l’existence de gros sujets jusqu’ici insoupçonnés.

La recordite aiguë

Je passerais volontairement sur les trafics peu scrupuleux des gros poissons tant il y aurait à écrire et un magazine entier ne suffirait pas. Certaines associations et autres mouvements se sont créés en Europe afin de dénoncer ou limiter ces pratiques peu scrupuleuses et il y a encore un travail titanesque à faire dans ce sens.

La prise d'une vraie géante n 'est jamais chose aisée
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Mais c’est aussi avec la contribution et l’éthique de chacun que ce fléau tendra à s’amenuiser. Je ne rêve pas, celui-ci existera toujours. Alors oui c’est une évidence et quoi que l’on en dise les gros poissons attirent les foules. Notre société de consommation et du toujours plus donne naissance à travers l’Europe entière à de véritables spécimens. Je ne juge pas ceux-ci tant qu’ils sont propres et dotés d’une certaine éthique, car chaque pêcheur a le droit à son propre exutoire. Alors ces lieux trient sur le volet leur cheptel en évinçant les plus petits sujets et parfois autres espèces pour ne proposer que des eaux à gros poissons. Ces eaux attirent les amateurs de record et il n’est pas rare de les voir réaliser des sessions hallucinantes avec un enchaînement de carpes Goliath. Il est donc pour moi très important de relativiser ce genre d’annonce car elle n’a au final que très peu de valeur si ce n’est, aux yeux du pêcheur qui opère en ces eaux. Ces mêmes lieux à gros poissons affichent souvent des prix exorbitants mais après tout si chacun y trouve son compte….

Il y a 15 ans par exemple, nous étions très loin des poids hallucinants annoncés ces dernières années ... et les barres mythiques différentes
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Il faut donc donner sa vraie valeur à sa capture en tenant compte bien évidement qu’une carpe de plus de 35 kilos par exemple sera plus aisée à capturer dans une eau de faible superficie où elles nagent en nombres, que sur un lac comme la Forêt d’Orient. Même si aux yeux du pêcheur qui pose avec sa géante, sa prise restera gravée à jamais dans sa mémoire et lui apportera son lot de satisfaction. Etant un amoureux inconditionnel des grosses carpes, je ne me permettrais pas de critiquer la prise d’une géante dans un lieu privé car celle-ci se révélera toujours un moment exceptionnel si bien entendu le lieu est sain. Or, à titre personnel, je trouve qu’une carpe record a toute sa noblesse si elle ne fait partie que d’une infime minorité et que sa capture a généré un investissement et une approche particulière. Certains spécimens hunter n’hésitent pas à opérer sur des lieux gigantesques où les gros sujets nagent en minorité. Croiser le chemin d’une géante dans ces conditions, est à mon sens, une véritable prise record.

Les grands espaces connaissent leurs afficionados
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Une société d’hyper informations

L’explosion de nouveaux médias et des nouveaux réseaux d’informations nous permettent aujourd’hui de connaître l’existence dans l’hexagone, de carpes géantes jusqu’ici insoupçonnée. Cette évolution technologique générationnelle a certes peut-être tendance à amenuiser les sacrifices et l’investissement que cette pêche nécessite, certains jeunes pêcheurs pourraient avoir tendance à penser que la prise de celles-ci relève d’une facilité déconcertante. Nous savons tous qu’il n’en est rien et c’est aussi pourquoi, c’est notre rôle d’expliquer aux très jeunes générations et à nos enfants la réalité des choses et l’importance de ne pas brûler les étapes. Il est triste à mes yeux de voir d’innocents gamins ne parler que de carpes de 30 kilos alors qu’ils n’ont peut-être encore jamais mis dans leurs épuisettes une carpe plus modeste de 15 kilos. Cette avancée est à double tranchant car si elle nous permet de connaître plus facilement le potentiel d’une eau, elle semble aussi apporter aux plus crédules un sentiment de facilité qui n’est hélas pas la réalité des choses. On appelle cela aussi le revers de la médaille.

Nos appâts participent également au grossissement des carpes
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Par contre, je trouve très intéressant la formation de certains groupes sur les réseaux sociaux visant à recenser le cheptel d’une eau. Sur le lac de Madine par exemple, une page facebook invite les pêcheurs à partager toutes leurs prises de plus de 18 kilos. Certains à l’esprit mal placé verront ce genre de pratique comme du voyeurisme, il n’en est rien à mes yeux. Ces groupes permettent à un grand nombre de passionnés de s’extasier devant la beauté des prises mais aussi jouent le rôle de préserver le cheptel afin de reconnaître facilement une carpe qui aurait été peu scrupuleusement volée ou déplacée. Un moyen comme un autre de lutter contre le trafic. Notre magazine propose également des colonnes ouvertes aux pêcheurs qui souhaitent partager leurs poissons aux écaillures exceptionnelles.

Céleste aime poser avec de vrais gros poissons sauvages
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Les changements climatiques responsables, mais pas que ...

A contrario et outre les champs d’informations plus nombreux, il n’est pas complètement faux que l’émergence des gros sujets soit due à la modification du changement climatique et à la biodiversité. Les saisons extrêmement changeantes comme les périodes caniculaires, les hivers doux comme ceux que nous connaissons actuellement et les précipitations météorologiques modifient la biodiversité dans nos lacs et rivières et changent par « effet papillon » le comportement des poissons. Il est très fréquent de voir une prolifération de la végétation et une explosion de nourriture naturelle ces dernières années. Celle-ci est due en partie, outre certains effets dévastateurs de la sur-agriculture, à l’absence de vraies saisons. Sans vouloir jouer les vieux cons, dans les années 80, nous connaissions des saisons généralement plus prononcées. Les étés étaient sensiblement moins caniculaires et nous avions en France, des hivers plus rudes et des températures basses prolongées qui détruisaient une grande partie de la végétation aquatique et de ce fait, réduisaient la manne de nourritures naturelles. Aujourd’hui, les longues périodes d’ensoleillement développent une photosynthèse plus importante qui n’est pas réduite une fois l’hiver venu. Il n’est donc plus rare de voir des eaux encore infestées d’herbier et ce, en plein cœur de l’hiver.

L'euphorie d'une telle prise ne doit pas éviter d'apporter le plus grand soin à son poisson
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Le réchauffement climatique provoque également des températures annuelles plus douces faisant chuter les eaux moins sensiblement et prolongent donc de ce fait le cycle d’alimentation des poissons. Les carpes, au potentiel génétique de grossissement important, s’alimentent donc sur des périodes plus longues. Le deuxième facteur pouvant expliquer cette émergence, est aussi simplement le nombre grandissant de pêcheurs de carpes. Les eaux sont donc très convoitées et les quantités d’appâts déversés annuellement sont quelquefois industrielles. Ces sources protéiniques providentielles profitent bien évidement aux carpes et participent à leur grossissement. C’est également sans compter sur les grossissements artificiels outrageux qu’effectuent certains propriétaires d’eaux privées. Je ne parle donc pas volontairement des derniers pseudos records du monde où des barres hallucinantes dépassant les 50 kilos qui ont été atteintes ces derniers mois. Nul ne sait si naturellement des poissons atteindront ces poids époustouflants mais nous sommes, à mon avis, encore très loin de le savoir.

C’est générationnel et il faut vivre avec son temps, les gros poissons font définitivement partie en nombre, de notre patrimoine halieutique. Cela n’est pas pour déplaire l’amoureux de ceux-ci que je suis, mais j’aime à relativiser sans critique, certains poids annoncés quelquefois. Cela ne doit pas nous empêcher de respecter et d’apporter le plus grand soin aux sujets de taille plus modeste. Chaque prise se respecte et c’est aussi notre patrimoine de demain.

Mon ami Gaz traverse les générations avec toujours la même flamme
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Biologie – Environnement

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