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L'intelligence des poissons

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Dans les biotopes qu’il fréquente, le plus souvent très encombrés, le brochet doit forger de véritables stratégies pour d’abord trouver, repérer, épier ses proies, avant de les attaquer.

Crédit photo Laurent Madelon

Au vu des difficultés que l’on rencontre pour déjouer la méfiance de certains poissons, il est facile d’en conclure que ces animaux sont loin d’être bêtes. Il semblerait même qu’ils soient plus intelligents que ce que l’on croit généralement.

L’idée de placer les poissons au rang d’animaux dénués de toute jugeote, sans interactions ni capacités d’analyse, est une vision caricaturale largement ancrée dans la pensée courante. Plus anciens vertébrés terrestres, ils sont néanmoins le plus souvent considérés comme des êtres primaires, d’autant qu’ils sont dépourvus de parole. Pour les être humains, il est assez naturel de comprendre plus facilement les mammifères… dont ils font aussi partie. Définir le concept d’intelligence est d’ailleurs loin d’être simple car les critères sont multiples et divergent facilement chez les chercheurs surtout lorsqu’il s’agit d’étudier les animaux. Mais pour d’assez nombreux spécialistes, les poissons sont très loin d’être les vertébrés les moins intelligents de tout le règne animal.

La pêche de loisir et le fait que de nombreux pêcheurs pratiquent aujourd’hui le no-kill renforcent l’éducation des poissons qui peu à peu apprennent… et deviennent de plus en plus difficiles à prendre.
Crédit photo : Jean-Baptiste Nurenberg

Ils apprennent

Et c’est même tout le contraire puisqu’ils sont nombreux à considérer leurs capacités supérieures à celles de certains reptiles, oiseaux voire grands mammifères. La pression de pêche est un exemple concret permettant d’évaluer l’évolution des capacités cognitives de certaines populations. Le concept bien connu de poissons éduqués est évidemment la preuve qu’un individu ou un groupe d’individus peut progresser, réagir, voire s’adapter à des situations répétitives comme les sollicitations des pêcheurs. Ces aptitudes s’amplifient d’autant plus avec la pratique du no-kill. Des recherches menées sur des truites ont permis de mettre en évidence le fait que cet apprentissage a une influence sur la taille du cerveau. En résumé, il semblerait que plus les poissons réfléchissent, plus leur cerveau grossit. Une expérience, menée au Canada, a permis de comparer la taille du cerveau de sujets conservés en élevage à ceux de poissons lâchés depuis plusieurs mois en milieu naturel, tous étant issus du même lot. Après sept mois de liberté dans un lac, les truites ont développé un cerveau plus gros de 15%, comparé à celui de leurs homologues restées en bassin.

Des études ont montré que le cerveau des truites évoluant en milieu naturel, bien plus sollicité, se développait plus que celui de leurs congénères élevées dans les piscicultures.
Crédit photo : Marc Delacoste

La grosse tête

Cette différence se remarque aussi au sein des populations sauvages en fonction de leur habitat. Il a été démontré que plus l’environnement est complexe (cailloux, branches, herbiers, reliefs, etc.), plus la taille du cerveau augmente. Nous pourrions alors très bien considérer que le thon, poisson exclusivement pélagique, est moins intelligent qu’un brochet qui a besoin d’importantes capacités cérébrales pour évoluer dans un milieu riche en obstacles. Cependant, il semble que l’une comme l’autre espèce y trouve son compte voire qu’on a affaire là à une stratégie évolutive. Faire fonctionner ses neurones impose une dépense d’énergie plus grande chez le brochet que chez le thon, qui mettra à profit cette réserve pour nager plus vite encore. On a en fait affaire là à un intello et à un sportif !

L’environnement très simple dans lequel évolue le thon, qui est une espèce pélagique par excellence, lui demande surtout de mettre toute son énergie au service de sa vitesse plus que de sa jugeote.
Crédit photo : Jean-Baptiste Nurenberg

Mémoire courte ?

Cette capacité à analyser et comprendre son environnement est une preuve supplémentaire de l’existence d’une mémoire à long terme, enterrant définitivement l’idée que le poisson rouge possède une mémoire vive de seulement quelques secondes. Cela montre aussi que ces animaux ne s’alimentent pas de façon instinctive, mais au contraire très raisonnée passant par l’acquisition d’une véritable expérience de l’espace, des tenues des proies, etc. permettant une forme d’anticipation stratégique suivant le contexte.

Plusieurs expériences assez poussées ont montré que les labres étaient des poissons sans doute un peu plus malins que la moyenne.
Crédit photo : Jean-Baptiste Nurenberg

Le test du miroir

Une autre expérience a montré que les labres, par exemple, anticipent et analysent mieux certaines situations que certains grands primates. Des observations ont mis en évidence que des sujets étaient capables d’utiliser des «outils». Une équipe de scientifiques est en effet parvenue à filmer en Méditerranée un labre vert se servant d’un caillou pour ouvrir un coquillage. Les études montrent que l’intelligence des labres va plus loin encore. Le petit labre nettoyeur, qui peuple les récifs, est le premier poisson à relever le test du miroir qui révèle des capacités cognitives importantes, à tel point que seuls l’homme, les grands singes, les orques, les grands dauphins, les éléphants et les pies bavardes l’ont relevé avec succès. Ce test miroir permet de savoir si un individu a conscience de lui-même lorsqu’il se voit dans un miroir. Ces résultats sont parfois discutés par des scientifiques pour lesquels se reconnaître dans un miroir n’est pas forcément la preuve que l’on ait conscience de son corps.

Dès sa naissance, un poisson doit explorer, analyser pour tenter de comprendre l’univers qui l’entoure. En fait, il apprend, comme nous !
Crédit photo : Jean-Baptiste Nurenberg

Le test du labyrinthe

D’autres recherches en laboratoire ont montré que les épinoches ou les guppys retiennent, apprennent et comprennent certaines choses, mettant à profit leur expérience. Pour preuve, ils réussissent haut la main le test du labyrinthe, utilisé habituellement sur les rats. La durée de rétention des informations enregistrées au quotidien est très variable. Dans certains cas, elle peut s’étendre sur plusieurs années. L’exemple le plus significatif est celui du saumon de l’Atlantique qui, grâce à sa mémoire olfactive, retient l’odeur ou le «goût » de l’eau de la rivière qui l’a vu naître, ce qui lui permet de la retrouver après plusieurs années passées en mer et des milliers de kilomètres parcourus !

Le comportement des silures du Tarn, à Albi, tend à confirmer l’idée que les poissons sont plus intelligents que ce que l’on pense
Crédit photo : Jean-Baptiste Nurenberg

Les silures d'Albi

Facultés d’apprentissage et qualité d’analyse peuvent ainsi mener des poissons à modifier totalement leur mode de vie. Et ce que les scientifiques nomment capacité d’adaptation peut être considéré comme une forme d’intelligence. L’exemple de la population de silures qui occupe les berges du Tarn sur la commune d’Albi est parlant. Ces poissons se sont totalement spécialisés pour cibler spécifiquement une nouvelle catégorie de proies : les pigeons. À l’instar des orques avec les otaries ou des crocodiles avec les gnous, ces silures malins ont procédé à un véritable cheminement intellectuel pour apprendre à s’échouer de façon réfléchie sur les plages où viennent s’abreuver et se baigner les volatiles. Les statistiques montrent que ces derniers représentent désormais près de 80% des proies consommées par certains sujets. Cette spécialisation s’accompagne parallèlement d’un taux de réussite des attaques engagées en évolution, 28% menant à une capture. Résultat largement rentable pour ces carnassiers. À titre de comparaison, le brochet, lui, dans son élément habituel, ne fait guère mieux avec ses 30% de réussite sur son habituel poisson fourrage !

Bon pour la mémoire, mythe ou réalité ? On dit souvent que la consommation de poisson rend plus intelligent et s’avère également très bénéfique pour notre mémoire. La réalité est un peu différente… La chair des poissons est certes riche en phosphore et en oméga 3, deux éléments en effet excellents pour la santé. Cependant, ces substances n’agissent pas de manière directe sur notre cerveau, et encore moins sur notre stimulation intellectuelle !
Crédit photo : Jean-Baptiste Nurenberg

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