par Jean-Baptiste Vidal
La Bretagne offre un terrain de jeu hors du commun pour traquer le bar que ce soit au leurre ou à la mouche. On y retrouve tous les milieux que le bar affectionne. Plages, côtes rocheuses, estuaires et rias, mais aussi la mer ouverte avec ses nombreuses îles. La pêche peut se pratiquer d’avril à fin décembre ce qui permet de pratiquer son loisir favori pendant une longue période en alternant avec l’eau douce lorsque les conditions sont moins bonnes ou les coefficients moins intéressants.
Je vous présente ici les techniques et quelques coins typiques pour prendre du bar en terre bretonne.
Les populations de bars se maintiennent plus ou moins en Bretagne avec des années meilleures et d’autres moins bonnes. Malheureusement tout dépend souvent des quotas alloués aux pêcheurs pro !
Mais globalement le potentiel pour se faire plaisir à la pêche est encore là et les bars sont suffisamment nombreux pour les rechercher spécifiquement dès les beaux jours du mois d’avril.
Lieu de vie du bar
Le bar, dicentrarchus labrax est un prédateur surprenant qui s’adapte à de nombreux milieux de vie. Il peut vivre et se nourrir autant en profondeur (plus de 20 m) que dans très peu d’eau (moins de 30 cm) ce qui rend sa pêche diversifiée et très intéressante.
On peut donc le rechercher de manière « conventionnelle » c’est-à-dire en prospectant diverses zones de pêche que ce soit au leurre ou à la mouche, mais aussi à vue, pour à la fois traquer spécifiquement les gros spécimens mais aussi faire monter le palpitant ! Cardiaque s’abstenir ! De ce côté, la Bretagne est unique en son genre et offre une pêche de qualité proche de ce que l’on peut trouver à l’étranger, comme sur les flats !
Techniques de pêche du bar
La pêche de prospection
À la mouche, on recherche le bar généralement dans moins de 10 mètres d’eau contrairement à ce que l’on pourrait faire au leurre, souple notamment. On est moins efficace dès que l’on dépasse ces profondeurs. L’idéal étant de pêcher entre 1 et 5/6 mètres d’eau. Les bars peuvent monter chercher une mouche ou un leurre sans problème.
Si l’on possède une embarcation (bateau, kayak, paddle) il est possible de le retrouver un peu partout sur la côte bretonne même sans aller bien loin. Il faut connaitre ses coins et les moments de marée favorables pour trouver régulièrement des poissons, mais en ayant quelques bases de pêche en mer, il est possible de rapidement se faire plaisir.
Embarqué, on a l’avantage de couvrir du terrain et de changer rapidement de type de poste en fonction de la marée, donc de la hauteur d’eau et des courants. C’est souvent plus « rentable » car on trouve plus facilement les poissons qui sont en perpétuel mouvement.
Du bord, nous avons également plusieurs types d’habitat où les bars sont fréquemment présents que ce soit en plage, sur les pointes rocheuses, dans les estuaires et rias, mais aussi autour des îles.
Dans ce cas de figure, on utilise des imitations de petits poissons la plupart du temps. Les leurres et mouches de 10 à 15 cm sont la norme. Imitations de sprats, sardine, éperlan, lançon, petites vieilles, sont à adapter en fonction de la saison et l’activité des poissons.


Mais le bar aime également beaucoup les crustacés qui sont bien présents un peu partout. Crabes et crevettes sont donc des mets de choix pour Mister Labrax !

La pêche à vue
Les gros bars (plus de 60 cm) se font souvent à vue en estuaire ou sur certaines plages et bordures. C’est plus une traque que de la pêche puisque dans ce cas de figure, on ne lance sa mouche/leurre uniquement que lorsque l’on a préalablement repéré un bar en maraude.
Dans ce cas il faut vraiment bien connaitre les coins de pêche et savoir à quel moment aller sur chaque poste. Ils ont leur routine et affectionnent les mêmes endroits qu’ils fréquentent quotidiennement en suivant la marée (hauteur d’eau). C’est un sacré challenge mais surtout une vraie addiction. Trouver des bars qui viennent prendre vos leurres ou mouches dans moins de 30 cm d’eau est le Graal !

La pêche en surface
Le bar a l’habitude de chasser et notamment en surface. C’est l’une des manières les plus amusantes pour le capturer, car il suit, attaque, rate, crée des gros remous et prend les leurres parfois en douceur mais souvent violemment ! Un régal pour le pêcheur !
Pour le fun on peut donc les tenter en surface de temps à autre pendant chaque session, que ce soit du bord ou en bateau. Cela fonctionne bien plus au leurre qu’à la mouche mais pour autant il ne faut pas s’en priver car un bar en « top water » au gurgler ou popper en vaut 2 ou plus ! Les montées d’adrénaline lorsqu’ils percent la surface violemment pour venir prendre votre leurre sont tellement addictives !
Coins de pêche en Bretagne
Selon vos envies et votre humeur, vous pourrez aller sur différents types de coins pour rechercher les bars en Bretagne. Que ce soit du bord, à vue, ou depuis une embarcation, vous n’avez que l’embarras du choix.
Il suffit en fait d’aller un peu n’importe où et vous pourrez trouver des bars ! Certes les connaisseurs rencontreront plus de succès, mais le pêcheur occasionnel peut aussi se faire plaisir en quelques sorties.
Très honnêtement, c’est très satisfaisant de trouver ses coins tout seul sans l’aide de personne, et de comprendre chaque poste et moments intéressants de pêche. Mais voici quelques valeurs sûres en Bretagne.
Le Golfe du Morbihan est un haut lieu de pêche du bar. Il offre l’avantage d’offrir de très nombreux spots de pêche, que ce soit les zones de parcs à huitres, les courants qui se forment avec la marée, les petits plateaux et les tombants. Il est possible de pêcher du bord et les postes sont nombreux, mais c’est en bateau que la pêche est le plus souvent pratiquée là-bas. Les zones de parcs à huitres et les arrivées d’eau douce sont à privilégier en priorité.
Si vous avez le temps et le budget, je vous recommande de prendre un guide, au moins pour découvrir et comprendre un peu mieux ce vaste haut lieu de pêche. Ils sont nombreux pour la pêche au leurre, mais vous avez Guillaume Caze qui propose aussi la mouche.
J’ai eu la chance de pêcher à plusieurs reprises là-bas et c’est un réel plaisir de changer rapidement de type de poste et de trouver des bars tantôt dans le courant tantôt dans les parcs. Une pêche très amusante et souvent productive.
Toujours dans le Morbihan, j’ai pu aller plusieurs fois sur la Trinité sur Mer et Etel qui sont de très bons coins où les bars sont bien présents. Ce sont des grandes zones de parcs à huitres où certains sont interdits à la pêche, et d’autres où celle-ci peut être pratiquée. Dans le doute, demandez aux ostréiculteurs si vous en voyez sur les coins où vous allez.
Les bars adorent ces structures car elles offrent le gîte et le couvert que ce soit sur ces deux coins du 56 mais également partout en Bretagne. Certains sont meilleurs que d’autres, mais ils tiennent souvent des poissons. En effet, les bars aiment se sentir protégés par les tables, mais c’est surtout parce que la nourriture est concentrée qu’ils viennent s’y nourrir très régulièrement de diverses proies : crevettes, crabes, puces de sable/vase, petits poissons (mulets, gobies).
Les parcs sont de très bons endroits pour débuter car il est fréquent d’y trouver des bars même sans trop connaître les bons coins ou moments de pêche. On peut y pêcher à vue en fin de descendante et début de montante, mais aussi en prospection entre les tables ou lorsque l’eau les recouvre soit au streamer ou en surface.

L’Archipel des Glénans est très connu pour la pêche du bar car les nombreux îlots et zones de roches forment des courants où les bars aiment se nourrir. Il faut avoir un bateau pour s’y rendre et il peut être bon d’avoir recours à un guide pour pêcher toute cette zone. Je vous recommande le seul guide du secteur qui est un ami et qui connait le secteur comme sa poche : Stéphane Macrez – Glénans Aventure Pêche. J’ai pu faire une sortie il y a quelques années avec Steph et nous avions passé un bon moment dans un très beau cadre, et pris quelques jolis bars pour couronner le tout ! Mais rien que le décor en vaut la chandelle !
Il est possible aussi de louer un bateau pour la journée. Il faut comme partout savoir à quel moment pêcher telle zone, mais il y a des nombreux courants qui concentrent la nourriture et attirent les bars. Les oiseaux marins peuvent aussi nous signaler la présence de bars qui poussent le menu fretin. Un sondeur permet également de trouver les poissons plus profonds dans les couches d’eau.

La Baie de Morlaix est très prisée par les pêcheurs locaux qui recherchent les bars dans les différents courants, zone de sables et plateaux. Cette zone de pêche très variée grâce aux nombreux enrochements et îlots est un secteur privilégié pour la pêche du bar. Plusieurs guides peuvent vous proposer leur service. Du bord, les plages, zones de roches et parcs à huitres sont nombreux. J’y ai pêché avec des amis au leurre de surface et à chaque lancer on s’attend à prendre un poisson tant la densité de bar est importante et les postes sont beaux et pêchant !
Les pointes rocheuses en règle générale sont toujours intéressantes.
Les bars aiment venir dans ces zones car elles sont riches en nourriture. Crustacés, et poissons y vivent. Pas toujours faciles à pêcher du bord, néanmoins ce sont des zones qu’il faut tout de même prospecter. Les zones qui alternent zones de roches et de sables sont bien fréquentées par les bars qui trouvent leur repas quotidien. Idéales à pêcher en bateau, mais du bord leur pêche est possible.

La pêche de plages
J’aime pêcher les plages pour changer d’environnement et tenter de mieux les comprendre. Varier les types de pêche aussi. J’ai pris des bars sur chaque plage où j’ai pu pêcher entre Crozon et Quimperlé, même si bien sûr j’ai fait quelques bredouilles !
En Bretagne il y en a tellement qu’il serait compliqué de les énoncer. Franchement toutes les plages sont fréquentées par les bars, mais elles ne sont pas toujours faciles à lire pour savoir où et quand les bars viennent s’y alimenter. Elles ne se valent pas toutes mais ce sont des endroits faciles à pêcher pour débuter. Cependant en quelques sorties vous comprendrez rapidement si cela pêche plus en montante ou descendante, ou encore avec tel ou tel coéf. En Bretagne, il y a un très grand nombre de plages intéressantes pour rechercher le bar.
Dans le Finistère Sud toutes les plages tiennent du poisson. J’imagine qu’il en est de même pour les plages des autres départements bretons où je n’ai pas été pêcher sur ce genre de milieux.

Sur les îles
La Bretagne dispose de plusieurs îles où il est possible de faire du tourisme et de la pêche.
Ouessant, Molène (entre Ouessant et le continent), Batz au large de Roscoff, Bréhat et les petites îles en face de Paimpol dans le 22, puis dans le Morbihan, avec Belle-Île, Groix, Houat, Hoëdic, sont bien peuplées en bars. La pression de pêche y est moindre car la population plus faible et il faut absolument emporter sa canne lorsque l’on y passe une ou plusieurs journées.
Les estuaires bretons et notamment finistériens sont des plus réputés pour traquer le bar, notamment à vue mais pas que. C’est là que je pêche le plus souvent car cette pêche est pour moi la plus passionnante notamment parce qu’elle est visuelle et technique et me rappelle mes voyages dans les Caraïbes ou en mer chaude.

Le Goyen, l’Odet, l’Aven, le Belon, la Laïta, ou encore les Abers (Wrac’h, Ildut, Benoit) plus au nord dans le Finistère sont très prisés par les pêcheurs de bars notamment à vue. Dans le 22 et 56 d’autres estuaires sont également intéressants pour la pêche à vue : Léguer, Trieux, Jaudy, Scorff, Blavet, …
Ces milieux sont à la fois des zones de croissance pour les juvéniles, mais où les gros bars sédentaires apprécient ces biotopes riches en crustacés. Des proies faciles à consommer pour ces poissons qui peuvent atteindre des tailles hors normes ! Les plus gros bars bretons sont souvent pris à vue d’ailleurs. Un vrai challenge, mais c’est une pêche qui procure des sensations inégalables pour rechercher ce prédateur.


Il faut connaître les coins mais surtout les heures de passage des poissons ce qui n’est pas facile pour le pêcheur en vadrouille venant d’une autre région.
Quid des coefficients de marée ?
Pour le bar il faut privilégier les marées avec des coefficients de 50 à 80 qui sont plus réguliers et stables. Mais il est possible de pêcher avec des coefs plus bas ou plus fort. Il faut tenter le coup et essayer de comprendre chaque estuaire et chaque poste. Certains coins fonctionnent avec une plus grande amplitude de coéfs et d’autres avec des coéfs plus restreints. Idem pour les phases de marée qui vont dépendre de chaque coin. Mais gardez en tête que les meilleurs moments sont souvent les 3 premières heures de montantes et 3 dernières heures de descendantes. Mais finalement il est possible de trouver des bars à n’importe quel moment de marée même à l’étale, sur l’étale de basse pour la pêche à vue, car cela concentre la nourriture. C’est en allant à la pêche que vous observerez ces paramètres qui vont réellement influencer le comportement des bars.
La direction des vents, les phases de marée et de lune, les températures d’eau, la saisonnalité, autant de facteurs à prendre en ligne de compte.
Cet article est paru dans La Pêche et les Poissons n°971 (octobre 2026). Au sommaire de ce numéro aussi : le barbeau gitan du Guadalquivir, le toc-blanc pour les truites les plus méfiantes, la Salmotrek dans les Pyrénées et les scènes de pêche du cinéma.
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