La prospection du bord pour le brochet, l’hiver

Il faut se l’avouer, les périodes les plus fraîches ne sont pas forcément les plus agréables. Quitter peu à peu l’automne pour entrer dans le dur, le froid saisissant, la brume, la glace dans les anneaux, brrrrr, rien que d’y penser, la canicule me manque… mais voilà les brochets !

Le tableau que je dresse ne fait franchement pas rêver et donne plutôt envie de rester au chaud et de rajouter quelques bûches dans la cheminée. Mais vous le savez comme moi, l’envie de pêcher réussit toujours à prendre le dessus.

S’il y a bien quelque chose que j’adore, c’est la découverte de nouveaux spots. Cette sensation d’être le premier à fouler la berge et pêcher ce bief. En réalité, ce n’est qu’une sensation, on le sait bien, on rêve un peu, et ça ne fait pas de mal. 

Finalement ce qui compte, c’est ce côté aventure ! Il suffit d’ouvrir google maps, de regarder les zones encore inexplorées non loin de chez vous, charger le matos et hop, en voiture ! 

Lorsque je prépare une partie de pêche du brochet du bord, je privilégie les spots dans un rayon de 30km, car comme j’aime le dire : « Plus vous vous éloignez de chez vous, plus vous vous rapprochez des spots des autres ». 

 Le brochet, je ne le pêche plus l’été. Le risque de mortalité étant trop important, il faut savoir faire tourner les espèces ; comme les spots d’ailleurs. 

Sachant que je vais seulement pêcher les heures les plus chaudes, inutile de faire trop de route. À cette époque, c’est plutôt rare de pêcher des journées entières.  Ensuite, je vais vraiment choisir des endroits sauvages et assez difficiles d’accès. Ça, c’est pour l’immersion salvatrice qu’ils procurent. Je vais également favoriser des rivières de taille moyenne, voir même petites. Ces milieux sont souvent délaissés à l’inverses des grands milieux hyper médiatisés. Pour les plans d’eau, ce sera le même schéma : J’évite les grands milieux, trop difficile à pêcher du bord (à moins d’avoir quelques infos sur la tenue de poissons près du bord). 

Après les crues d’automne, la rivière a changé. Les accès sont plus simples, les herbiers et les amas de sédiments ont disparu et les poissons se sont repositionnés, bien souvent près de la bordure et le long des cassures. Plus on avancera dans l’hiver, plus les poissons suivront les regroupements de boules de blancs. Dans ce cas, du bord, le positionnement des brochets est bien plus difficile à localiser. Ils peuvent totalement délaisser les bordures et leurs postes d’affût habituels. Il faudra peigner l’eau sans oublier les zones les plus profondes d’où le fait de choisir de petits milieux pour couvrir un maximum de superficie. 

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Les périodes d’alimentations vont généralement s’étaler entre 10h00 et 15h00 ; sur les heures les plus chaudes. Comparé à l’été, on a potentiellement des poissons plus facilement localisables, sur une période d’activité plus courte : L’idéal pour une prospection de qualité. C’est d’ailleurs à cette période que je peux tenter d’évaluer (à mon échelle) la population de brochets du secteur. Voir s’il y’a eu une bonne reproduction ou au contraire si les brochets tendent à disparaître. C’est bien loin d’un protocole scientifique, mais chaque donnée compte, et dans la pêche, nous en manquons cruellement. 

Ces expéditions ont aussi un côté sportif ! Oui, vous allez avoir chaud, et ça changera des sessions verticales où malgré la meilleure combi du monde, chaque partie de votre corps se transforme petit à petit en douloureux glaçon. Marcher, à cette période on a en tous besoin ; juste histoire d’évacuer la raclette bien arrosée de la veille. 

Les fringues : Ok, on ne part pas pour la fashion week, et du bord vous aurez 3 priorités : la résistance, la chaleur et la discrétion. Vous allez à coups sûr devoir passer dans l’eau alors deux possibilités s’offrent à vous : Les waders ou les cuissardes. 

  • Les cuissardes sont pour moi un super choix, car si vous en choisissez des bonnes comme la marque Aigle (faites en France en caoutchouc), vous les aurez quasiment pour la vie. C’est ce que j’ai, en deuxième main, et croyez-moi, elles en ont traversé des ronciers. Vous serez limité en profondeur d’eau mais vous gagnerez en motricité et en solidité du produit. 
  • Les waders :  Pour les grands froids, on peut évidemment choisir les néoprènes pour la chaleur qu’ils vous apporteront. Attention tout de même à ne pas avoir trop chaud si vous devez beaucoup marcher. Ils ne résisteront pas beaucoup aux épines (mais ça c’est commun à toute la famille des waders) et seront à favoriser pour des tours de plans d’eau ou des expéditions qui nécessitent d’être souvent dans l’eau. Les néoprènes sont lourds et vous ralentiront sur de longs parcours.
  • Les waders respirants sont une bonne alternative.  Lorsque vous devez beaucoup marcher sans avoir à rester longtemps dans l’eau, et sur des zones peu encombrées. Ils sont cependant moins chauds et plus faciles à percer. Choisissez des modèles multicouches pour plus de résistances. On a tous percé des waders sur des ronces ou lors d’un passage de barbelés. 

Pour le côté discrétion favorisez des vêtements qui se fondront dans le décor. La couleur de la végétation, des blocs rocheux, du sol et du ciel seront vos modèles. Evitez le blanc qui se voit vraiment trop ainsi que les contrastes trop évidents avec votre environnement ! 

Sous les waders, on évite le jeans. Je le dis car je l’ai déjà vu. Par contre, j’ai un collègue dont je tairai le nom : Etienne, qui, pour protéger ses respirants des ronces enfile un jeans suffisamment grand par-dessus. La dégaine est vraiment flippante mais d’après lui, ça fait le job. Plus sérieusement, sous les waders on préfèrera un collant plus ou moins épais en fonction de la température. De mon côté j’en ai deux ; un chaud (mérinos) et un léger du style lycra. 

Les chaussures : Alors là, c’est l’éternel débat. Je n’ai pas vraiment d’avis tranché. Les waders avec bottes, c’est pratique, moins cher et finalement assez costaud. Pour une pratique occasionnelle ça conviendra à pas mal de monde. Pour plus de confort, des sessions longues et plus régulières on va passer sur des waders avec chaussons. A vous de voir quelle paire de chaussures de wading vous y ajouterez. Certains, optent pour une paire de chaussures de rando premier prix de chez Décathlon tandis que d’autres investiront dans une paire bien plus qualitative comme les Andrew. Il y a aussi les chaussures de canyoning avec de belles références chez Adidas. Bref, il y en a pour tous les goûts.

Sur une pêche du bord où l’on va pas mal crapahuter, partez léger ! 

Les indispensables seront :

  • Une grande épuisette (pliable). Je glisse la mienne dans le dos avec un système de sangle et je trouve ça assez pratique.
  • Un sac en bandoulière facilement accessible. Dans ce sac j’ai toujours ma boîte de leurres (on va y venir), une pince long bec, un coupe fil, des bas de ligne brochet en rechange, ma Go pro avec un trépied et mes papiers dans une pochette étanche HPA, c’est bien.
  • La boîte de leurres : dans l’idéal, je la confectionne en fonction du spot que je vais pêcher. La luminosité, les niveaux d’eau apporteront quelques changements mais j’essaie de faire simple et efficace. On connait tous des spots où par exemple c’est le jerk bait qui prédomine tandis qu’ailleurs ce sera une couleur. 

Ce que je tiens à mettre en avant, c’est la complémentarité de vos leurres. Prenez de tout afin de faire face à l’humeur du jour des brochets. 

  • Moins indispensable mais redoutablement gratifiant : un sécateur pour se frayer un chemin ou ressortir de l’eau après une bonne descente de rivière. Franchement, ça sauve la vie, enfin, surtout celle de nos waders.

Difficile de répondre à cette question car dans un premier temps, ça dépendra de ce que vous avez à la maison. Pour le brochet j’opte en général pour un ensemble casting. Le spinning peut être très utile pour couvrir de grands milieux et pour pêcher avec de petits leurres. Pour ce qui est de la puissance, ça dépendra de votre boîte de leurres. Adaptez votre puissance et action de canne à votre sélection de leurres ainsi qu’à leur plage de poids.  En général une 20/80gr de 7 pieds (2m13) fait le job. J’évite les cannes trop longues dans les milieux encombrés. Niveau filasse, j’opte pour une tresse entre 20 et 30ct et un bas de ligne titane ou fluorocarbone en 90ct minimum d’une quarantaine de centimètres. 

C’est une fois au bord de l’eau que la passion se fait ressentir. Nos sens entrent en ébullition, on est aux aguets de la moindre information, la traque commence. 

Trouver du poisson, essayer de lire la rivière, faire remonter l’instinct de chasseur que nous avons enfouis au fond de nous-même. C’est cette excitation palpable que j’adore, cette simplicité qui nous confronte directement à la rivière. Là, on oublie tout, les problèmes, le travail, le reste n’existe plus. On est directement relié à la rivière, les pieds dans l’eau, les yeux rivés sous la surface, les mains prêtes à dégainer le lancer le plus précis du monde en quête du brochet, peut-être celui d’une vie. Terminé la technologie, la sonde live qui nous empêche de réfléchir, terminé les conseils de votre tiktokeur préféré ; vous êtes enfin seul, seul face à votre passion.

Alors petit à petit on analyse, on s’applique, on prend confiance jusqu’au remous derrière le leurre. Un suivi dont l’éclair trahira la présence du premier brochet. On affine la technique, rajoute une palette, change de couleur et c’est la touche. Souvent celle d’un brochet modeste car ici, ce ne sont pas des métrés que vous glisserez dans l’épuisette mais des brochets « normaux » qui vous gratifieront d’une immense joie. 

La pêche du bord, c’est tout simplement la base, ce socle que chaque pêcheur doit pratiquer, et aimer par-dessus tout. Quand on a passé l’après-midi en plein hiver à crapahuter au bord de l’eau, on est cuit. Les joues brulées par le vent, les doigts engourdis par le froid et la manche encore trempée du dernier brochet remis à l’eau. Cuit mais heureux, l’esprit vidé par ces heures dans le silence, le cœur rempli de plénitude et la tête pleine de souvenirs encrés à jamais. C’est dans ces moments que j’aime voir l’Homme en communion avec cette nature bien trop souvent occultée par tout ce qui est matériel. Car bien souvent, les souvenirs d’une pêche du bord sont ces moments, ces sensations ressenties au bord de l’eau plutôt que la banale photo d’un poisson record sur un écran.

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