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Au leurre, à la pointe du Raz

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Crédit photo Erwan Balança

La pointe du Raz est un site naturel exceptionnel. La nature a ici façonné un paysage d’une rare puissance : un promontoire rocheux, exposé aux caprices de l’océan, offrant une vue magnifique sur le Raz de sein, bien connu des marins pour ses courants violents et dangereux. Ici, au leurre, de belles prises variées sont possibles…

Chaque année, 800 000 visiteurs se pressent pour venir se régaler de sensations fortes. Pas un arbre, pas une maison n’entravent ce vide époustouflant qu’est la pointe du Raz. Il faut se rendre à l’extrémité du cap Sizun, traverser le petit village de Plogoff et laisser sa voiture dans un parking niché au cœur d’un vallon, avant de poursuivre à pied pour une marche à travers la lande illimitée : une terre rabotée par les vents marins, où ne poussent que bruyères, fougères, graminées sauvages et ajoncs. Tout autour, c’est la mer qui domine : une eau agitée à perte de vue, de la pointe du Van à l’Atlantique.

Ici, la terre est rabotée par les vents marins. Il ne pousse que bruyères, fougères, graminées sauvages et ajoncs.
Crédit photo : Erwan Balança

L’extrémité de la Bretagne

Ce promontoire naturel marque l’extrémité de la Bretagne. Après le Sémaphore qui surveille les côtes, la falaise tombe à pic dans une guerre entre mer et océan. Le regard se perd alors du phare de la Vieille jusqu’à la bande terre à moitié immergée : l’Île de Sein. D’ici, l’île se résume à un simple trait de lande perdu dans les flots puissants. Le Raz-de-Sein, dont l’évocation fait trembler comme aucun autre courant marin, a donné son nom breton à la pointe : « Beg ar raz ». Les voiliers attendent la marée descendante pour traverser ce passage tumultueux. Ici, le marnage dépend des courants et de la météo. Ce passage obéit à des lois strictes, celles dictées par les éléments naturels. Observer les ligneurs traquant les bars est un spectacle riche en émotions. Les pêcheurs semblent ballottés en tous sens. Le lieu a une mémoire, et les marins y ont laissé des leurs. Dressée sur son socle de granit, l’immobile Notre-Dame des Naufragés rappelle combien d’hommes ont péri dans ces vagues. Mais aujourd’hui, l’ambiance est tout autre : une tempête de ciel bleu, sans un souffle de vent. Nous avons rendez-vous avec Yves Pennanen, retraité de la marine, enfant du pays et pêcheur depuis toujours. Il vit au rythme de l’océan, et beaucoup de ses journées sont consacrées à la pêche. Il nous a prévenu : « Si on veut prendre du poisson, il faudra être sur place une heure avant la marée haute, et notre pêche se fera sur deux, voire trois heures. »

Yves utilise un matériel robuste, car soumis à rude épreuve : air marin, frottements avec la roche, remontées des poissons.
Crédit photo : Erwan Balança

Un promontoire rocheux

Nous avançons à travers les hautes fougères à la suite de notre guide. Celui-ci file comme un lapin dans ces pentes raides. Il faut dire qu’il lui arrive de venir pêcher ici la nuit. Nous voilà sur le poste : un promontoire rocheux. L’eau est trente mètres plus bas. Yves a déjà posé son vieux cartable, qui lui sert de sac de pêche, et monte sa canne. C’est une antique canne en fibre de verre. Le moulinet a perdu la quasi-totalité de sa peinture agressée par le sel et par les frottements avec les roches. Yves nous montre un leurre de sa fabrication, qui ressemble à la célèbre cuiller à jigger Yann de la marque Ragot. « Je les fais moi-même, j’ai bricolé quelques moules ! Pour avoir un rendu brillant, je colle un adhésif utilisé en plomberie. » Yves pêche avec le montage classique en Bretagne : en tête, un Yann (ou son équivalent fait maison), suivi d’une mitraillette. Le Yann permet de lancer et de faire descendre l’ensemble. La mitraillette est composée de cinq hameçons ornés de plumes colorées. Là aussi, notre pêcheur utilise du fait-maison. Les hameçons des mitraillettes sont ornés de plumes faites de différents matériaux. Du haut de son promontoire, Yves lance le plus loin possible. Notre pêcheur est un athlète et un lanceur énergique, et la canne est puissante et le fil costaud. Une fois que le montage a touché l’eau, il ne faut pas trop attendre. Il y a peu de fond et le poids du leurre fait descendre l’ensemble rapidement. Il faut éviter qu’il ne touche la roche, car c’est l’accrochage assuré.

Les premiers maquereaux ne tardent pas à se jeter sur son casting jig.
Crédit photo : Erwan Balança

Un banc de maquereaux

Yves effectue des mouvements énergiques de haut en bas avec sa canne, tout en moulinant. Il n’a pas encore remonté sa ligne, que nous apercevons à une centaine de mètres un banc de maquereaux en chasse à quelques centimètres sous la surface de l’eau. Notre ami a fini de remonter sa ligne. Il est déjà en position, quand les poissons sont à bonne distance. Le leurre file comme une flèche et vient atterrir à quelques mètres devant le banc. La réaction des poissons est instantanée, et celle d’Yves tout aussi rapide. La canne se redresse, le ferrage aurait de quoi décrocher la mâchoire d’un crocodile, mais la ligne en nylon amortit la violence du geste. Visiblement, plusieurs poissons sont piqués. Ils se débattent rageusement. Yves mouline, et bientôt nous apercevons quatre maquereaux suspendus dans les airs qui se font hisser vers le sommet de la falaise. La remontée est délicate : il ne faut pas que les poissons et la ligne viennent frotter les roches de la falaise sous peine de décrochage ou, plus grave encore, de coupe du fil.

Un fou plane dans ce cadre somptueux.
Crédit photo : Erwan Balança

Des poissons actifs en surface

Yves enchaîne les séries de poissons, des maquereaux principalement et quelques orphies. Il faut dire que les conditions sont idéales avec ce beau temps. Les poissons sont très actifs en surface. Lorsqu’il pêche plus profond, ce sont les vieilles qui attaquent. Pour la plus grosse, qui dépasse le kilogramme, Yves doit lui faire faire l’ascension en remontant la ligne à la main. Nous passons ainsi trois bonnes heures, seuls au monde en haut de notre falaise, face à une mer bleue et à un soleil de plomb. Les poissons s’enchaînent, et quand nous rejoignons le parking deux heures plus tard et retrouvons les touristes en balade, nous avons l’impression de revenir d’un autre monde. La difficulté est de trouver des points d’accès, mais il existe des petits chemins qui serpentent à travers la lande et permettent d’accéder à des postes intéressants. Attention, la prudence est de mise, surtout les jours de pluie, car les roches couvertes d’algues et de lichens peuvent être glissantes. Les zones de courants plaisent aux bars et aux lieus jaunes. Le début de la montante est souvent excellent sur ce type de pêche. Il est possible de faire de très beaux poissons. Une pêche au buldo crevette ou raglou, ou simplement aux leurres, est souvent payante. Les vieilles sont nombreuses. Il faut les rechercher dans les zones les plus calmes. Une pêche au shad à gratter dans les blocs de roches immergées réserve des surprises de belle taille. Pour éviter les accrochages, un montage texan sera l’idéal. Quoi qu’il en soit, la pointe du Raz offre l’occasion de pêcher dans un décor exceptionnel : un lieu offrant aussi de belles possibilités de promenade, où les voitures sont interdites de séjour. Face à la mer, en compagnie des mouettes tridactyles et des cormorans huppés, le pêcheur est assuré de passer un moment unique.

Entre les roches, ce sont des vieilles d’un bon kilo qui prennent le leurre.
Crédit photo : Erwan Balança

L’équipement de circonstance

Notre ami utilise un matériel robuste, car soumis à rude épreuve : air marin, frottements avec la roche, remontées des poissons... La canne est une fibre de verre capable de lancer des leurres de 200 grammes, et suffisamment raide pour remonter les poissons à flanc de falaise. Les leurres sont fabriqués maison, ou de la marque Ragot ; cuiller à jigger Yann, en fonction des conditions de pêche, poids entre 100 et 200 grammes ; mitraillettes modèles mer Ragot, mitraillette originale ou raglou. Il n’existe pas de bonne canne à tout faire, il faut choisir le modèle qui correspond le mieux aux postes que nous allons pêcher. Mais en règle générale, pour la pêche du bord, il faut une canne capable de lancer loin. Il arrive souvent que les poissons viennent chasser très près du bord, parfois dans si peu d’eau que leurs nageoires dorsales dépassent. Mais il est aussi très fréquent de voir des poissons en pleine chasse à plusieurs dizaines de mètres du bord, et il n’est pas possible de s’en approcher. Il faut alors une canne capable de propulser un leurre à cette distance.

La pointe du Raz offre l’occasion de pêcher dans un décor exceptionnel.
Crédit photo : Erwan Balança

Misez sur une canne longue

Dans certaines conditions, comme pour pêcher les bars depuis des falaises, avec un fort vent de face, ou pour envoyer des gros castings jigs à longue distance depuis une plage, il n’y a pas d’autres choix possibles qu’une canne longue et puissante. Mais même si le modèle varie en fonction des conditions, les cannes utilisées ont une longueur comprise entre 2,40 et 2,70 m. La puissance de la canne sera choisie en fonction des techniques et des leurres, mais rarement en dessous de 10 à 40 g. L’action de la canne sera, elle aussi, dépendante du type de leurre utilisé, un leurre à bavette pour pêcher juste sous la couche d’eau ou pour aller chercher les bars dans la mousse en bordure de roche ; les castings Jig (Sakura, Flashmer, etc.), incontournables pour le pêcheur du bord, évitent bien des frustrations quand les poissons chassent hors de portée de lancer. Ces derniers leurres sont capables de dépasser les bornes et sont parfaits pour aller chercher les chasses lointaines, mais aussi pour s’attaquer à de nombreuses espèces, comme les maquereaux, bonites, lieus… Si vous passez dans le coin, tentez votre chance au leurre, vous ne serez pas déçus !

Quelques orphies prendront les teasers montés au-dessus du jig.
Crédit photo : Erwan Balança

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